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Dimanche 06 Septembre 2026
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Élections 2026 : le PPS aspire à plus qu’un rôle d’appoint (Benabdellah)

Mohamed Nabil Benabdallah veut faire du PPS plus qu’une force partisane d’appoint : une force capable de peser sur les choix du prochain gouvernement. Invité de «L’Info en Face» de Matin TV, en marge de la présentation officielle du programme politique du parti, le secrétaire général du PPS a défendu une alternative qui touche aussi bien à l’exercice du pouvoir qu’aux choix économiques et sociaux. En adoptant le slogan «Osons ensemble», le parti entend redonner à l’Exécutif la pleine responsabilité de ses décisions, faire de l’industrie et de l’investissement des moteurs de la croissance, renforcer les services publics et replacer l’éthique au cœur de l’action publique. Sur le terrain électoral, cette ambition se traduit par l’objectif de dépasser les 50 députés, contre 22 en 2021, et de rejoindre les trois premières forces politiques du prochain Parlement. Une progression que M. Benabdallah veut convertir en capacité d’infléchir la prochaine majorité, dans laquelle le PPS conditionnera sa participation à la prise en compte de ses principaux engagements.

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Pour le Parti du progrès et du socialisme, l’enjeu désormais n’est plus seulement de défendre une identité politique, mais de démontrer qu’elle peut se traduire en force parlementaire et, au-delà, en capacité gouvernementale. Face à une majorité souvent qualifiée d’hégémonique, Mohamed Nabil Benabdallah fixe un objectif qui marque un changement d’échelle : plus de 50 sièges, avec l’ambition de placer le PPS parmi les trois premières formations politiques du pays.

Le chiffre est d’autant plus significatif qu’il dépasse le double du score des dernières législatives : 22 sièges en 2021. M. Benabdallah ne présente toutefois pas cette progression comme une fin en soi. La bataille électorale doit, selon lui, permettre au PPS de disposer d’un rapport de force suffisamment solide pour influer sur la prochaine majorité et, surtout, pour ne pas entrer dans un gouvernement sans avoir la possibilité d’orienter ses choix. «Nous considérons que nous pouvons arriver à plus de 50 sièges», affirme-t-il. Et d’ajouter que le parti se considère «probablement» en mesure de figurer «parmi les trois forces principales». La perspective d’une première place est même évoquée, mais sous la condition d’une mobilisation citoyenne suffisamment forte. Cette ambition électorale conduit à la question essentielle : que ferait le PPS d’une telle force parlementaire ?

Un mandat pour gouverner autrement

La réponse de Mohamed Nabil Benabdallah tient moins à la mécanique des alliances qu’à leurs logiques politiques. Le PPS ne se présente pas comme une formation disposée à participer à n’importe quelle coalition. Sa participation à un gouvernement, dit son secrétaire général, dépendra des engagements pris par ses partenaires. «Notre participation à un gouvernement, quel qu’il soit, est liée à ses engagements», explique-t-il.

Derrière cette condition se dessine une certaine conception de l’action politique que le PPS présente clairement. L’ancien parti communiste marocain affirme accorder une importance primordiale aux questions de démocratie, libertés, autonomie des formations politiques, égalité entre les femmes et les hommes et détente du climat politique. Sur ce dernier point, le parti demande notamment la libération de détenus, en particulier les jeunes de la génération Z.

Toujours en rapport avec la conception que le PPS se fait de l’action politique, M. Benabdallah insiste sur l’usage des prérogatives constitutionnelles, notamment l’article 89 de la Constitution. Selon lui, en vertu de cet article, l’Exécutif doit s’atteler à la mise en œuvre des politiques publiques et son chef doit user de ses pleines prérogatives en matière de conduite de l’administration, des établissements publics et entreprises publiques. «Nous voulons un gouvernement qui soit réellement responsable du pouvoir exécutif», affirme-t-il. Un gouvernement, poursuit-il, «qui prend des décisions, les assume et rend des comptes».

Produire davantage pour redistribuer davantage

C’est sur ce terrain institutionnel que vient se greffer le projet économique. Sous le titre «Osons ensemble», le PPS présente un programme élaboré pendant dix mois avec ses propres compétences et le concours d’experts extérieurs – économistes, politologues, sociologues, anthropologues et représentants de la société civile – en s’appuyant également sur ses précédents travaux, notamment ceux liés au nouveau modèle de développement.

M. Benabdallah refuse de réduire cette offre à un catalogue de promesses. Il veut en faire un projet de transformation, articulé autour d’un État capable d’orienter l’investissement, de soutenir l’entreprise nationale et de faire de l’industrie un moteur de croissance. Ainsi, dans le volet industriel, le PPS ambitionne de faire passer la contribution de l’industrie de 15% à plus de 20% du PIB, de créer plus de 500.000 emplois industriels en cinq ans et de faire émerger plus de 50 «champions nationaux». «Nous voulons réellement faire en sorte que l’industrie soit le moteur de l’économie nationale».

Pour accompagner cette ambition, le PPS propose de créer une banque publique d’investissement, appelée à réunir les instruments de financement déjà disponibles et à mieux orienter les ressources vers les projets publics comme privés. Dans cette vision, l’entreprise nationale occupe ici une place centrale. De la très petite entreprise aux grandes structures, M. Benabdellah revendique une gauche qui ne se construit pas contre l’entreprise, mais autour d’une politique de production, d’industrialisation et de création de richesse. La fiscalité doit, dans cette architecture, accompagner cette transformation plutôt que l’obérer. Le PPS propose notamment un taux de 10% pour les TPME et veut favoriser la formalisation progressive de l’économie informelle, qu’il estime à environ deux millions d’entreprises, en usant de l’incitation plutôt que de la contrainte. Il défend également une contribution accrue des secteurs qu’il considère comme quasi monopolistiques.

La confiance comme condition de l’investissement

Mais de l’avis du secrétaire général du PPS, cette politique économique est inséparable d’une question éminemment politique : la confiance. Sans mâcher ses mots, il établit un lien direct entre conflits d’intérêts, climat des affaires et faiblesse de l’investissement. Il fait de la transparence dans l’accès aux marchés publics, de la lutte contre la corruption et de l’encadrement des conflits d’intérêts des conditions essentielles de restauration de cette confiance. La formule est lapidaire mais significative : «En retrouvant la confiance, on retrouve l’investissement.»

C’est là qu’intervient la «rupture éthique» que M. Benabdallah présente comme la première des ruptures voulues par son parti. Le principe ne relève donc pas, dans son argumentation, d’une simple profession de foi. Il est présenté comme une condition du fonctionnement économique : retrouver la confiance, c’est recréer les conditions de l’investissement, de la croissance et de l’emploi. Dans cet esprit, le PPS veut notamment lutter juridiquement contre les conflits d’intérêts et l’enrichissement illicite. Pour M. Benabdallah, il s’agit surtout de réinstaller la confiance dans le jeu économique, en garantissant une concurrence plus saine et un accès plus transparent à la commande publique.

L’État social comme prolongement de l’État productif

S’agissant de la question sociale, M. Benabdallah cherche à relier les engagements plutôt qu’à les juxtaposer : produire davantage, créer des emplois, mais aussi améliorer les services publics et réduire les vulnérabilités. L’école publique constitue, à ses yeux, le premier levier de l’égalité des chances. Il défend alors une amélioration des conditions du personnel, un renforcement des effectifs, une évolution des contenus pédagogiques et des réponses plus efficaces à la déperdition scolaire. Le même principe vaut pour la santé, avec une volonté clairement affichée de réhabiliter l’hôpital public et de renforcer ses ressources humaines. Le PPS promet à cet égard 165.000 recrutements supplémentaires sur cinq ans dans l’éducation et la santé, de manière progressive.

Tout en reconnaissant l’effort du gouvernement sortant en matière d’amélioration des salaires des enseignants et des personnels de santé, M. Benabdallah considère ces avancées insuffisantes. Tout en se gardant de remettre en cause l’existence du secteur privé, il insiste sur «l'importance de restaurer la qualité et l’attractivité du service public». À cette politique de renforcement des services collectifs s’ajoutent des mesures directement destinées aux ménages précaires. Le PPS propose notamment 1.000 dirhams par enfant à la rentrée scolaire pour les catégories concernées. Les retraites constituent une autre facette de cette politique sociale. M. Benabdallah évoque la situation de pensions particulièrement faibles, notamment celles comprises entre 300 et 800 dirhams, et fixe à l’horizon 2031 l’objectif d’un minimum supérieur à 3.000 dirhams.

Un programme chiffré, un financement revendiqué

Reste la question primordiale des moyens à mobiliser pour donner corps à ces engagements. Nabil Benabdallah assure que le programme prévoit un dispositif de financement précis qu’il estime à près de 570 milliards de dirhams, sur cinq ans, avec les ressources supplémentaires nécessaires à sa mise en œuvre. «Il ne s’agit pas de faire peser une quelconque charge supplémentaire sur le contribuable», précise-t-il. Les fonds nécessaires proviendront selon lui de l’élargissement de l’assiette fiscale, la formalisation de l’économie informelle, une contribution accrue de certains secteurs à fort potentiel. Les dépenses nouvelles doivent ainsi aller en priorité vers le capital humain, la production nationale et les infrastructures économiques, afin d’élargir progressivement la base productive et de créer le «cercle vertueux» que le PPS appelle de ses vœux.

Le politique, point de départ et point d’arrivée

Mais plus que les chiffres, les engagements et les propositions sectorielles, Mohamed Nabil Benabdallah affirme que la vraie bataille sera celle de la place du politique dans la vie des citoyens. Pour lui, les problèmes du pays ne tiennent pas seulement à certains choix opérés dans les différents domaines de l’action publique. Ils sont liés, dit-il, à la confiance, à la représentation et à la place que la politique occupe encore dans la vie collective. Il décrit une scène politique qui «manque de crédibilité» et un lien avec les citoyens «considérablement distendu pour ne pas dire rompu». Les changements de couleurs partisanes, les «mercatos» partisans, l’absence de dialogue et ce qu’il appelle le «vide politique» nourrissent, selon lui, cette défiance croissante. Selon M. Benabdallah, la responsabilité est partagée entre partis, État et citoyens.

L’État se doit de garantir la crédibilité du champ politique et la neutralité du processus électoral. Les partis doivent retrouver leur autonomie, leur identité et leur capacité à mobiliser. Les citoyens, enfin, doivent reprendre leur place dans les institutions et dans les élections. L’engagement c'est «se battre, c’est se battre au sein des institutions, se battre lors des élections.» Le scrutin devient ainsi, dans sa conception, un moment où le citoyen peut reprendre le contrôle du choix de ceux qui gouverneront et de l’orientation qui sera donnée au pays.

La participation électorale prend dès lors une importance particulière dans la vision du PPS. M. Benabdallah estime que la faiblesse de la participation laisse davantage de place aux pratiques malsaines et contribue à maintenir en place les mêmes acteurs politiques. Pour lui, le changement qu’il appelle de ses vœux ne peut donc venir des seuls partis : il suppose aussi que les citoyens s’impliquent dans le jeu démocratique.

«Le PPS est une nécessité»

Redonner son sens à la politique, c’est la bataille que le PPS a faite sienne. Il se propose comme une alternative. «Osons ensemble» ne se résume pas, dans le discours de son secrétaire général, à une signature de campagne. Le mot d’ordre renvoie au courage de prendre des décisions, de les assumer et d’en répondre devant les citoyens. Il traduit aussi la volonté de rompre avec certaines pratiques et de donner à la gauche une véritable possibilité d’exercer le pouvoir.

La gauche que défend M. Benabdallah se veut «responsable». Elle ne se définit ni par la nationalisation ni par une opposition de principe au secteur privé. Elle entend agir sur la démocratie, l’entreprise, l’industrie, l’emploi, les services publics et les inégalités sociales et territoriales, avec une place assumée pour l’État et pour l’initiative privée. Pour Nabil Benabdallah, le PPS a un rôle à jouer dans cette mise à niveau du paysage politique marocain. Selon lui, «le PPS est une nécessité aujourd’hui pour notre pays parce que tout ce qui a été essayé jusqu’à présent n’a pas mené à de grands résultats».
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