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Élections 2026 : le PPS propose un «Pacte de dignité» pour 575 milliards de DH

Le PPS a présenté mercredi à Rabat le «Pacte de dignité», une offre politique, économique et sociale pour 2027-2031. Car, selon lui, les transformations profondes qu’a connues le Maroc n’ont pas fait disparaître les fractures sociales, territoriales et démocratiques qui nourrissent la défiance. Le parti propose d’y répondre par une plateforme électorale recentrée sur le développement humain, mais aussi par une nouvelle politique productive, fiscale, écologique et institutionnelle. Les 220 engagements et 996 mesures du programme sont accompagnés d’un chiffrage précis : 575 milliards de dirhams de dépenses supplémentaires sur cinq ans, 622 milliards de recettes additionnelles et un excédent cumulé annoncé de 47 milliards.

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Le choix des mots n’est pas anodin. En plaçant la «dignité» au centre de son projet, le PPS cherche à relier des préoccupations qui sont souvent traitées séparément : la qualité des services publics, le niveau de vie, l’accès à l’emploi, la capacité du pays à produire et à décider de ses choix stratégiques, mais aussi la confiance dans les institutions. Introduisant le programme électoral du parti aux destinées duquel il préside, Nabil Benabdallah met en avant les attentes d’une jeunesse qu’il décrit comme «jeune et impatiente», mais aussi «capable» et «avec des exigences légitimes». Il cite notamment l’accès à des emplois à la hauteur des qualifications, une université qui ouvre des perspectives, un système de santé qui protège et une véritable méritocratie dans tous les domaines. Le «Pacte de Dignité» entend répondre à ces attentes en agissant à la fois sur les services publics, l’emploi, la protection sociale, la production et le fonctionnement de l’État.



Dans cet ordre d’idées, le PPS plaide pour un hôpital public renforcé et une école publique favorisant l’égalité des chances. Il souligne la nécessité de faire de la création d’emplois et de la protection sociale des priorités, mais aussi de revoir les ressorts de la production nationale, la fiscalité, le financement de l’économie et la gestion des ressources stratégiques. La même exigence concerne le fonctionnement de l’État, la lutte contre les situations de rente et les conflits d’intérêts, l’égalité entre les citoyens et la place du Maroc dans son environnement régional et international.

La dignité commence par l’hôpital, l’école et l’emploi

Ainsi, pour le PPS, le premier visage de cette dignité est celui des services essentiels. Santé, éducation, emploi, protection sociale, culture et sport sont réunis dans un même choix : faire du développement humain la première responsabilité de l’État. Le PPS prévoit ainsi 47 milliards de dirhams pour la santé, avec 15.000 médecins et 33.500 infirmiers supplémentaires, 9.000 lits additionnels et la généralisation de l’AMO, d’ici fin 2028, aux 8,5 millions de personnes qui en sont encore exclues. Le programme vise également à ramener le reste à charge des ménages à 25% maximum et à permettre à 90% de la population d’accéder à un établissement de santé en moins d’une heure.

L’école publique occupe une place centrale dans cette conception de la dignité. Le PPS prévoit le recrutement de 18.000 enseignants par an et 30.000 classes supplémentaires, en donnant la priorité aux territoires ruraux, avec l’objectif de réduire de moitié le décrochage scolaire. Il veut également renforcer les filières professionnelles certifiées, porter l’effort de recherche et développement à 1,5% du PIB et faire entrer une université publique marocaine dans le Top 500 mondial. Le budget que le parti promet de consacrer à l’éducation s’élève à 118 milliards de dirhams.

Pour ce qui est de l’emploi, le programme vise la création d’un million de postes en cinq ans et de ramener le taux de chômage à moins 10%. Le taux d’activité féminin devrait atteindre 25%. Le SMIG, le SMAG et les salaires des fonctionnaires progresseraient de 15%, en deux étapes et avec indexation sur l’inflation. Le dispositif prévoit également un bouclier social de 1.000 DH par mois, une allocation de rentrée de 1.000 DH par enfant pour les ménages à faibles revenus et une indemnité de perte d’emploi pouvant atteindre 7.500 DH par mois pendant douze mois.

La culture et le sport complètent cette vision du développement humain. Le programme prévoit 300 équipements culturels de proximité et 5.000 terrains de sport, avec, dans les deux secteurs, des objectifs de développement de l’emploi et d’élargissement de l’accès aux pratiques culturelles et sportives.

Produire pour pouvoir redistribuer

Pour le PPS, le volet économique part d’un principe simple : une politique sociale durable suppose une économie capable de créer davantage de richesse, d’emplois et de valeur au Maroc. Il s’agit donc d’agir sur la structure productive. L’objectif fixé à l’industrie est de représenter 20% du PIB, avec 500.000 emplois industriels nets et un taux d’intégration locale de 60%. Le déficit commercial devrait être ramené à 10% du PIB, tandis que les accords de libre-échange feraient l’objet d’un audit, promet le PPS. Pour y parvenir, le programme veut faire monter l’économie marocaine dans les chaînes de valeur, développer les intrants produits localement, renforcer la recherche et l’innovation et favoriser l’émergence d’entreprises capables de conquérir les marchés africains. Il prévoit 15.000 TPME créées par an, le doublement du nombre de moyennes entreprises et l’intégration progressive de 20% des unités informelles. S’y ajoutent l’identification fiscale de 300.000 entités informelles et une lutte renforcée contre la contrebande, la sous-facturation et les situations oligopolistiques.

L’entreprise est appelée à prendre une place plus importante dans cette stratégie, avec moins de contraintes administratives, moins de rentes et un soutien public davantage orienté vers celles qui investissent, innovent et créent des emplois de qualité. L’État, lui, conserverait un rôle actif dans l’orientation de l’investissement, la régulation des marchés et la protection des secteurs stratégiques. Et pour soutenir le financement de l’économie, le PPS table sur la création d’une Banque publique d’investissement capable de mobiliser 50 milliards de dirhams par an.

Le financement, test de crédibilité du Pacte

Quid du financement de ces projets ? car c’est sur ce terrain que l’ambition du programme rencontre son principal test. Le PPS annonce 574,417 milliards de dirhams de dépenses budgétaires supplémentaires sur cinq ans et 621,539 milliards de recettes fiscales supplémentaires, soit un solde budgétaire cumulé positif de 47,122 milliards de dirhams. Le programme prévoit par ailleurs une stabilisation de la dette publique à 70% du PIB.

Les principales ressources supplémentaires identifiées viennent de la rationalisation des dépenses fiscales, évaluée à 30 milliards de dirhams, de la lutte contre la fraude fiscale, à hauteur de 19,625 milliards, de la fiscalisation de la rente, pour 28,754 milliards, et des recettes supplémentaires d’IS et d’IR, estimées à 172,210 milliards. Le document table aussi sur 300 milliards de dirhams issus de l’élasticité fiscale de l’économie.

Mais pour le parti, l’optimisation de la fiscalité peut rimer avec une meilleure protection des catégories les plus exposées et des secteurs productifs. Le PPS prévoit un seuil d’exonération de l’IR fixé à 60.000 DH, une tranche à 40% au-delà de 500.000 DH annuels, un IS à 10% pour les TPE selon le dispositif prévu, un IS à 40% pour certains opérateurs et un impôt sur le patrimoine compris entre 0,3 et 0,5%.

La souveraineté comme fil conducteur économique

Le renforcement des piliers de la souveraineté nationale figure par ailleurs en bonne place dans le programme du PPS. Cette dernière concerne aussi bien l’énergie, l’eau et l’agriculture, que l’alimentation et le numérique. Le parti du livre vise 55% de renouvelables dans la capacité électrique installée, une réduction de la dépendance énergétique de 90 à 80% et l’ajout de 4 GW de capacités renouvelables. Il prévoit également de porter la capacité de dessalement à 1,7 milliard de m³ par an et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici 2031.

Dans l’agriculture, l’accent est mis sur les petits exploitants, avec comme objectif une augmentation de 50% de leurs revenus et un soutien ciblé à 400.000 exploitations de moins de cinq hectares. Le programme prévoit aussi de réduire de 25% la consommation d’eau agricole et de porter de 40 à 50% la couverture des besoins alimentaires de base par la production nationale.

Le numérique n’est pas en reste. Le PPS veut faire passer la contribution du secteur au PIB de 5 à 10 %, créer 300.000 emplois numériques, développer 3.000 startups et former 100.000 agents publics ainsi que 100.000 professionnels aux métiers du numérique et de l’intelligence artificielle. Trois grands data centers nationaux et un cloud souverain pour l’administration sont également prévus.

Rééquilibrer les territoires et élargir les sources de croissance

À travers son programme, le PPS entend aussi s’attaquer aux déséquilibres territoriaux. Le déficit de logements devrait passer de 350.000 unités à moins de 200.000, tandis que 10% des logements salubres vacants seraient remis sur le marché. Le PPS vise également une réduction de 20% du temps domicile-travail et le doublement de la part des transports collectifs. Sur le plan économique, il fixe un objectif de rééquilibrage du PIB entre les trois régions dominantes et le reste du territoire, ainsi qu’une réduction de 30% de l’écart d’investissement public par habitant entre les régions.

L’artisanat, le tourisme et l’économie sociale et solidaire participent de cette volonté de faire du territoire un espace de production et de création de valeur. Le PPS vise une hausse de 50% des revenus des artisans, une progression de la couverture sociale et une réduction de leur dépendance aux intermédiaires. Pour le tourisme, la cible est de passer de 20 à 30 millions de visiteurs, d’augmenter les recettes de 50% et d’ajouter 200.000 lits, tout en développant le tourisme rural, écologique et culturel.

Réformer l’État pour restaurer la confiance

Pour matérialiser son «Pacte de la dignité», le PPS n’omet pas de proposer des réformes pour renforcer la bonne gouvernance et consolider le processus démocratique. Il propose d’élargir les libertés publiques et individuelles, de renforcer le pluralisme médiatique, de revoir certaines dispositions pénales relatives à l’expression et d’activer les institutions constitutionnelles qui ne fonctionnent pas encore pleinement. Il veut également renforcer les mécanismes de lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts. À ce titre, le PPS mise sur «La charte éthique» que tout responsable appelé à exercer une haute fonction publique ou politique devrait s’engager à respecter. Le but est d’instaurer la transparence patrimoniale, renforcer le principe de la reddition des comptes et prévenir les conflits d’intérêts. La déclaration de patrimoine devrait être publiée à la prise de fonction puis renouvelée chaque année.

Le programme prévoit également une réforme de l’État fondée sur une décentralisation et une déconcentration effectives, un effort de simplification administrative, des guichets uniques et la numérisation des procédures. L’objectif affiché est de porter la satisfaction des usagers au-delà de 70%. À cette réforme institutionnelle s’ajoutent celles qui concernent l’égalité entre les femmes et les hommes, l’amazighité, la jeunesse, les MRE et le civisme. Le PPS veut notamment réduire de dix points le chômage des 15-29 ans et garantir à chaque jeune une première expérience professionnelle certifiée. Il défend aussi une représentation politique directe des Marocains résidant à l’étranger et un ministère de plein exercice chargé de leurs affaires.

L’ambition gouvernementale comme horizon politique

Pour mener à bien les réformes proposées, le PPS doit s’imposer lors du scrutin du 23 septembre. «Nous avons l’ambition d’être au gouvernement», a affirmé Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS, tout en refusant de préjuger des alliances qui pourraient se nouer après le scrutin. Pour lui, la prochaine majorité devra être le produit des résultats des urnes et de la possibilité de réunir une large majorité progressiste, démocratique et nationale. Le choix appartiendra aux électeurs : c’est de leur vote que dépendra la capacité du PPS à faire de son «Pacte de dignité» autre chose qu’un programme, en lui donnant la force politique nécessaire pour gouverner.

Doubler le budget du ministère des Affaires étrangères

Dans son programme, le PPS réaffirme son attachement à la cause palestinienne, au droit international et au multilatéralisme. Il soutient l’Initiative Atlantique, l’Initiative du Sahel et le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, tout en défendant une «Offre Maroc» destinée aux partenaires africains. Le parti souhaite parallèlement renforcer les relations avec l’Union africaine, l’Union européenne, les États-Unis et les pays du Golfe, tout en développant les liens avec les BRICS, les structures arabes et maghrébines, la CELAC et l’ASEAN. Le budget des Affaires étrangères devrait, selon le programme, doubler en cinq ans.
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