Dans les conversations aux terrasses des cafés, l'idée revient avec insistance. Le Parlement accueillerait nombre d'élus sans formation solide, parfois sans instruction du tout. Or il s'agit bien d'un préjugé qui ne s'appuie sur aucun chiffre. Au lendemain du scrutin, «Le Matin» avait déjà soumis cette assertion à un examen minutieux en passant au peigne fin le niveau d'instruction des 7.288 candidatures enregistrées pour les élections législatives du 23 septembre. Et il s'avère qu'un peu plus de la moitié d'entre elles émanaient de personnes ayant suivi des études supérieures. Restait une question que seuls les résultats pouvaient trancher. Quelle est la proportion des candidats les plus diplômés dans les choix faits par les électeurs ? La réponse figure sur le portail officiel des élections du ministère de l'Intérieur, «www.elections.ma». Le site y publie, pour l'ensemble du pays puis pour chacune des douze régions, la répartition des élus selon quatre niveaux d'instruction, à savoir le supérieur, le secondaire, le primaire et l'absence de niveau scolaire. Les élus des circonscriptions électorales locales et les élues des listes régionales, exclusivement réservées aux femmes, y font l'objet de graphiques distincts.
«Le Matin» a relevé ces graphiques un à un. Le portail n'affiche que des pourcentages, mais rapportés aux 305 sièges locaux et aux 90 sièges régionaux, ils permettent de retrouver le nombre exact d'élus dans chaque catégorie. Les totaux régionaux concordent avec les chiffres nationaux. Le constat est sans ambiguïté. Entre le dépôt des candidatures et la proclamation des résultats, le niveau d'instruction s'est nettement élevé, avec de fortes différences selon le mode de scrutin et selon les régions.
Du vivier à l'hémicycle, dix-neuf points de plus
Au niveau national, 276 des 395 députés ont un niveau d'études supérieur, soit 69,87%. Le secondaire concerne 93 élus (23,54%) et le primaire 24 (6,08%). Deux députés seulement, soit 0,51%, déclarent n'avoir aucun niveau scolaire. Le contraste avec la masse des candidats est frappant. Parmi les candidatures, la part du supérieur s'établissait à 50,83%, celle du secondaire à 36,43% et celle du primaire à 10,86%, les candidats sans niveau scolaire représentant un peu moins de 2%. Le supérieur gagne ainsi 19 points entre les candidats et les élus. Le secondaire en perd 13, et la part du primaire est presque divisée par deux. Autrement dit, les électeurs n'ont pas choisi au hasard dans le vivier qui leur était proposé. Un candidat sur deux avait un niveau supérieur. Parmi les élus, cette proportion atteint sept sur dix. À l'inverse, moins d'un député sur quinze n'a pas dépassé l'école primaire, alors que cette situation concernait près d'un candidat sur huit.
Les élues des listes régionales, les plus diplômées de l'hémicycle
Le détail par mode de scrutin fait apparaître un écart considérable. Parmi les 90 élues des listes régionales, 82 ont un niveau d'études supérieur, soit 91,11%. Cinq ont le niveau secondaire et trois le niveau primaire. Aucune ne figure dans la catégorie sans niveau. Dans les circonscriptions locales, la proportion est sensiblement plus faible. Sur 305 élus, 194 ont un niveau supérieur, soit 63,6%. Ils sont 88 de niveau secondaire (28,9%), 21 de niveau primaire (6,9%) et 2 sans niveau scolaire. Les élus locaux fournissent ainsi 88 des 93 députés de niveau secondaire et 21 des 24 députés de niveau primaire.
Dans six régions, toutes les élues des listes régionales ont un niveau supérieur. C'est le cas à Casablanca-Settat (12 élues), à Béni Mellal-Khénifra (7), à Souss-Massa (7), à Draâ-Tafilalet (6), à Laâyoune-Sakia El Hamra (5) et à Guelmim-Oued Noun (5). Rabat-Salé-Kénitra compte 9 diplômées du supérieur sur 10, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma 7 sur 8 et l'Oriental 6 sur 7. Fès-Meknès et Marrakech-Safi en comptent 8 sur 10, avec chacune 2 élues de niveau secondaire. Dakhla-Oued Eddahab ferme la marche avec 2 élues de niveau supérieur sur 3.Ces chiffres complètent le portrait dressé par les données sur l'âge et le sexe des élus, également publiées sur le portail du ministère (voir www.lematin.ma). Les listes régionales apportaient déjà à la Chambre 84% de ses femmes et 78% de ses députés de moins de 35 ans. Elles lui apportent aussi son contingent le plus diplômé.
Une carte régionale bouleversée
La comparaison entre candidats et élus des circonscriptions locales, région par région, révèle des évolutions très contrastées. Parmi les candidats, Casablanca-Settat se situe sous la moyenne nationale, avec 50,18% de niveau supérieur. Parmi ses 57 élus locaux, la proportion grimpe à 75,44%, soit 43 députés. En y ajoutant ses 12 élues régionales, toutes diplômées du supérieur, la région envoie à la Chambre 55 députés de ce niveau sur 69, soit près de huit sur dix.
Draâ-Tafilalet connaît la progression la plus spectaculaire. La région comptait 47,35% de candidats de niveau supérieur, l'une des parts les plus faibles du pays. Ses élus locaux atteignent 76,47%, soit 13 sur 17. Avec ses 6 élues régionales, elle totalise 19 députés diplômés du supérieur sur 23 (82,6%), la proportion la plus élevée du Royaume. Souss-Massa la suit de très près, avec 23 députés sur 28 (82,1%), dont 16 élus locaux sur 21. Rabat-Salé-Kénitra passe de 50,94% chez les candidats à 74,36% chez les élus locaux, et Béni Mellal-Khénifra de 48,83 à 68%.Trois régions suivent le mouvement inverse. Guelmim-Oued Noun, qui détenait parmi les candidats le record de diplômés du supérieur avec 60,77%, n'en compte plus que 4 sur 8 parmi ses élus locaux, les 4 autres ayant le niveau secondaire. L'Oriental passe de 52,36 à 43,48%. Avec 11 élus de niveau secondaire sur 23 (47,83%), c'est la seule région dotée de plus de dix sièges locaux où le secondaire devance le supérieur. Le cas de Laâyoune-Sakia El Hamra est le plus marqué. Parmi ses 9 élus locaux, un seul a un niveau d'études supérieur. Sept ont le niveau secondaire (77,78%) et un le niveau primaire. Les listes régionales y corrigent fortement le tableau, puisque les 5 élues de la région sont toutes diplômées du supérieur. Au total, 6 des 14 députés de Laâyoune-Sakia El Hamra ont ce niveau (42,9%), la part la plus faible du pays. Entre ces deux pôles, Fès-Meknès progresse de 48,68% à 62,16% chez les élus locaux, Marrakech-Safi de 50,35% à 55,56% et Tanger-Tétouan-Al Hoceïma de 53,01 à 55,17%. À Dakhla-Oued Eddahab, 2 des 4 élus locaux ont un niveau supérieur.
Primaire et sans niveau, des cas isolés
Au total, 26 députés n'ont pas dépassé l'école primaire ou ne déclarent aucun niveau scolaire, soit 6,6% de l'hémicycle. Leur répartition est très concentrée. Fès-Meknès, qui affichait déjà la plus forte proportion de candidats de niveau primaire (15,1%), compte 5 élus locaux de ce niveau sur 37 (13,51%). Tanger-Tétouan-Al Hoceïma en compte 4 parmi ses 29 élus locaux (13,79%), auxquels s'ajoute une élue régionale, soit 5 au total.
L'Oriental compte 3 députés de niveau primaire, dont une élue régionale. Marrakech-Safi, Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat et Draâ-Tafilalet en comptent 2 chacune parmi leurs élus locaux. Béni Mellal-Khénifra, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab en comptent un. Souss-Massa et Guelmim-Oued Noun sont les deux seules régions à n'avoir élu aucun député de niveau primaire ou sans niveau scolaire. Les deux seuls élus de la nouvelle Chambre qui ne déclarent aucun niveau scolaire ont été élus dans les circonscriptions locales de Marrakech-Safi. Ils représentent 5,56% des 36 élus locaux de la région, qui compte également 2 élus de niveau primaire. Parmi les candidats de Marrakech-Safi, la part des personnes sans niveau scolaire était inférieure à 1%.
Les graphiques du portail ne renseignent ni sur la nature des diplômes, ni sur les filières suivies, ni sur l'appartenance partisane des élus. Ils établissent en revanche que le vote du 23 septembre a opéré une sélection nette en faveur des candidats les plus instruits, et que les listes régionales ont renforcé cette tendance.
L'Oriental compte 3 députés de niveau primaire, dont une élue régionale. Marrakech-Safi, Rabat-Salé-Kénitra, Casablanca-Settat et Draâ-Tafilalet en comptent 2 chacune parmi leurs élus locaux. Béni Mellal-Khénifra, Laâyoune-Sakia El Hamra et Dakhla-Oued Eddahab en comptent un. Souss-Massa et Guelmim-Oued Noun sont les deux seules régions à n'avoir élu aucun député de niveau primaire ou sans niveau scolaire. Les deux seuls élus de la nouvelle Chambre qui ne déclarent aucun niveau scolaire ont été élus dans les circonscriptions locales de Marrakech-Safi. Ils représentent 5,56% des 36 élus locaux de la région, qui compte également 2 élus de niveau primaire. Parmi les candidats de Marrakech-Safi, la part des personnes sans niveau scolaire était inférieure à 1%.
Les graphiques du portail ne renseignent ni sur la nature des diplômes, ni sur les filières suivies, ni sur l'appartenance partisane des élus. Ils établissent en revanche que le vote du 23 septembre a opéré une sélection nette en faveur des candidats les plus instruits, et que les listes régionales ont renforcé cette tendance.
