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Mardi 01 Septembre 2026
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Élections 2026 : l’UC et la FGD, deux visions du changement économique et social

L’écart entre les promesses en matière de réduction du chômage et le bilan en fin de mandat interroge selon Omar El Hyani le choix du modèle économique et sa capacité à transformer la croissance en emplois. Pour ce membre du bureau politique de la Fédération de la gauche démocratique (FGD), il s’agit pour le prochain gouvernement de revoir les fondements de ce modèle et non pas d’y apporter des remèdes superficiels. El Hassan Abyaba, vice-secrétaire général de l’Union constitutionnelle (UC), plaide, lui pour une alternance qui ne signifie pas nécessairement une remise à zéro. Autrement dit, poursuivre les stratégies qui marchent et corriger et réorienter celles ayant montré leurs limites.

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Pouvoir d’achat, emploi, modèle économique : ces questions qui touchent la vie quotidienne des Marocains ont mis en regard les analyses d’El Hassan Abyaba, vice-secrétaire général de l’Union constitutionnelle (UC), et d’Omar El Hyani, membre du bureau politique de la Fédération de la gauche démocratique (FGD).



Le débat, conduit par Youssef Belhaïssi dans le cadre de l’émission «Lil Hadithi Bakia» diffusée la semaine dernière sur Al Oula, a permis de confronter la vision de deux formations politiques et de mettre en avant leurs priorités économiques et sociales. Derrière les propositions avancées, c’est aussi la conception même du changement qui différencie les deux formations. L’UC revendique un «libéralisme social», fondé sur l’initiative privée, la concurrence et une intervention publique destinée à préserver les équilibres sociaux. La FGD assume, elle, son ancrage «de gauche progressiste socialiste», avec la dignité, l’égalité et la justice sociale comme références.

Pouvoir d’achat : ce qui reste une fois le salaire versé

À cet égard, la FGD estime que le salaire n’est qu’une partie de l’équation. C’est en tout cas ainsi que M. El Hyani aborde le pouvoir d’achat. Car pour lui, le niveau de vie se joue aussi dans les dépenses auxquelles les ménages ne peuvent échapper. Le logement, la santé, l’éducation et le transport viennent directement absorber le revenu. C’est à partir de cette réalité qu’il avance l’idée d’une société nationale de location immobilière, avec des loyers accessibles et un mécanisme permettant progressivement d’accéder à la propriété. M. Abyaba place, lui aussi, le pouvoir d’achat parmi les priorités de l’UC, avec l’emploi, la santé et l’éducation. Il inscrit cette réflexion dans la continuité des politiques publiques déjà engagées, citant notamment le nouveau modèle de développement et la généralisation de la couverture sanitaire.

C’est ici que les deux approches commencent à diverger. M. El Hyani regarde le pouvoir d’achat à partir du revenu disponible et du coût des besoins essentiels. M. Abyaba le rattache davantage à la capacité de l’économie à créer de la richesse et des revenus durables. Deux entrées différentes pour une même préoccupation : ce que les ménages peuvent réellement faire avec les revenus dont ils disposent.

Emploi : derrière les chiffres, deux lectures du modèle économique

La question de l’emploi place le débat sur un terrain où les divergences deviennent mesurables. Pour M. El Hyani, l’écart entre l’objectif annoncé par le gouvernement sortant et les créations enregistrées révèle surtout une difficulté plus profonde : celle d’une croissance qui ne produit pas suffisamment d’emplois au regard des besoins du marché du travail. Son raisonnement l’amène à interroger les choix d’investissement public. M. El Hyani cite notamment les infrastructures sportives préparées pour le Mondial 2030 et évoque un coût supérieur à 10 milliards de dirhams pour le grand stade de Benslimane. Ce n’est pas tant le principe de ces équipements qu’il met en cause que leur place dans l’ordre des priorités. Face à l’arrivée de centaines de milliers de nouveaux entrants sur le marché du travail, la question devient celle du rendement économique et social des investissements engagés : quels projets sont les plus susceptibles de produire de l’activité, de soutenir l’emploi et de répondre aux besoins du pays ? Cette lecture conduit la FGD à remettre en discussion les mécanismes qui orientent la création de richesse. Mais elle ne signifie pas, dans le discours de M. El Hyani, la mise à l’écart de l’entreprise privée. Il défend au contraire «un secteur privé fort», à condition de renforcer l’innovation, de faciliter la place des PME et de réduire les situations de rente qui faussent, selon lui, le jeu de la concurrence.

C’est sur ce point que la conception de l’UC prend une autre direction. Pour M. Abyaba, le «libéralisme social» repose précisément sur l’entreprise et l’investissement privé comme moteurs de la création de richesse et d’emplois. L’État conserve une fonction de régulation et de protection des équilibres sociaux, mais ne doit pas se substituer durablement au secteur privé. Les deux approches ne s’opposent donc pas sur la nécessité d’un secteur productif capable de créer des emplois. Elles divergent sur ce qui doit en assurer le dynamisme. M. Abyaba fait davantage confiance à l’entreprise, à l’investissement et à la concurrence pour tirer la croissance ; M. El Hyani veut agir plus directement sur les conditions dans lesquelles les ressources sont orientées, en donnant davantage de poids aux PME, à l’innovation et à l’intervention publique.

À moins d’un mois des législatives du 23 septembre, les changements d’étiquette partisane s’accélèrent. Depuis le 25 juin, 27 députés ont quitté la Chambre des représentants, dont 25 démissionnaires. Derrière cette vague se cache un enjeu qui n’est pas anodin : celui des «candidats gagnables», c’est-à-dire ces élus sortants et/ou notables capables de convertir leur ancrage territorial, leur popularité ou leur influence local en sièges. Le PAM mène l’offensive, le RNI dénonce des pressions, tandis que l’Istiqlal et le Mouvement populaire avancent leurs propres prises. À mesure que les investitures se bouclent, les frontières partisanes deviennent de plus en plus poreuses. Pour les politologues Abderrahim El Allam et Meryem Belhoussine, cette «transhumance saisonnière» traduit les fragilités d’un système partisan où le capital électoral personnel tend à supplanter l’appartenance, le militantisme et la fidélité à un projet. Les partis privilégient de plus en plus les profils capables de «rapporter des voix», au risque de devenir dépendants de candidats disposant de réseaux et d’un ancrage local. Sauf que ce «mercato» brouille la lisibilité de l’offre politique : à force de voir les mêmes personnalités circuler d’une formation à l’autre, l’électeur y perd son latin. Il ne sait plus s’il vote pour un programme, une étiquette ou un individu. Dans cette course effrénée aux profils à fort potentiel électoral, les militants de longue date, les jeunes, les femmes et les nouvelles compétences peinent à trouver leur place.

Santé, alimentation, hydrocarbures : les frontières de l’action publique

La santé constitue l’un des points où la divergence entre les deux conceptions économiques devient la plus visible. Pour M. El Hyani, le retrait de l’État de certains secteurs a progressivement laissé trop de place au privé. Dans cet esprit, il souhaite redonner aux pouvoirs publics un rôle plus important, notamment lorsque sont en jeu des services directement liés aux conditions de vie des ménages. S’agissant de la santé, M. El Hyani illustre ses propos en s’appuyant notamment sur la situation de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale des organismes de prévoyance sociale (CNOPS), dont 92% des fonds iraient, selon lui, vers les établissements privés. À travers cette proportion, c’est le poids du privé dans le système de soins et, plus largement, l’équilibre entre intervention publique et logique marchande qu’il remet en question.

La même préoccupation apparaît lorsqu’il aborde l’alimentation. Dans ce sens, il rappelle que l’État doit pouvoir agir lorsque l’accès aux produits essentiels devient difficile pour les ménages. Sa critique du marché des hydrocarbures rejoint cette préoccupation : lorsque la concurrence ne suffit pas, selon lui, à protéger le consommateur, l’autorité publique doit pouvoir reprendre la main. En face, El Hassan Abyaba ne défend pas pour autant un retrait de l’État. Son «libéralisme social» repose sur une autre articulation entre régulation publique, initiative privée et concurrence. L’État doit pouvoir corriger les déséquilibres, mais sans se substituer aux acteurs économiques ni remettre en cause le fonctionnement d’une économie ouverte.

Investissement et territoires : où faire circuler la croissance ?

La question de l’investissement ne se résume pas à son montant. Elle renvoie aussi à sa capacité à faire circuler l’activité, à créer des emplois là où ils manquent et à réduire les écarts entre les territoires. C’est dans cette perspective que M. Abyaba défend son projet de «Maroc des régions» : une régionalisation plus effective doit, selon lui, permettre de mieux répartir les investissements et de faire émerger davantage d’activité dans les territoires qui restent en retrait des principaux pôles économiques. L’enjeu, est de rapprocher l’investissement des besoins locaux et, par là même, de donner aux territoires une capacité plus grande à retenir leur population active. Le développement régional devient ainsi un levier de création d’emplois autant qu’un instrument de rééquilibrage économique. Chez M. El Hyani, la réflexion emprunte un autre chemin. Ce qui est en jeu n’est pas d’abord la géographie de l’investissement, mais l’accès à la création de valeur. Il met en avant les PME, leur accès aux marchés et au financement, ainsi que la lutte contre les situations de rente qu’il considère comme un frein à une concurrence véritable.

Cette différence est importante. Dans le premier cas, la question est de savoir où l’investissement doit aller pour que la croissance profite davantage aux territoires. Dans le second, elle porte sur les conditions économiques qui permettent à davantage d’entreprises, notamment les PME, de prendre part à cette croissance. Derrière ces deux approches, le même problème apparaît sous deux angles : une croissance ne produit pleinement ses effets que si elle crée de l’activité au-delà de ses pôles les plus favorisés et si les entreprises qui peuvent la porter disposent réellement d’un accès aux marchés, au financement et à la concurrence.

Fiscalité : quand les promesses rencontrent la contrainte budgétaire

Une politique sociale ne se mesure pas seulement à l’ampleur de ses ambitions. Elle se juge aussi aux ressources qu’elle est capable de mobiliser. C’est à cet endroit que la fiscalité prend une dimension politique : derrière les prélèvements, c’est la capacité à financer durablement les engagements annoncés qui est en jeu. M. El Hyani défend une fiscalité plus redistributive et formule des propositions précises. Il envisage notamment une tranche d’imposition pouvant atteindre 55% pour les revenus les plus élevés, ainsi qu’un impôt sur les successions au-delà de 20 millions de dirhams. Dans son approche, ces recettes doivent contribuer à financer des politiques sociales plus ambitieuses et à renforcer la redistribution.

Cette orientation ne repose toutefois pas sur une hausse générale de la pression fiscale. La FGD entend parallèlement alléger la charge qui pèse sur certaines petites entreprises et renforcer les moyens de contrôle contre la fraude et l’évasion fiscales. L’enjeu est donc aussi celui de l’élargissement et de la réorganisation de l’assiette fiscale, avec une exigence que M. El Hyani souligne lui-même : les mesures proposées doivent être chiffrées et leur financement clairement identifié. Cette exigence donne au débat fiscal une portée qui dépasse le seul niveau des impôts. Elle renvoie à la question de la soutenabilité d’un programme : quelles recettes supplémentaires peuvent être dégagées, quelles catégories doivent contribuer davantage et quelle marge reste-t-il pour financer de nouvelles politiques sans fragiliser les équilibres budgétaires ?

C’est précisément sur ce terrain que la réflexion de M. Abyaba introduit une autre contrainte. Un programme partisan ne se transpose pas automatiquement dans l’action gouvernementale. Une fois aux responsabilités, une formation doit composer avec les politiques déjà engagées, les ressources disponibles et, lorsqu’elle gouverne avec d’autres formations, les arbitrages inhérents à une coalition. La question fiscale devient ainsi un test de cohérence du projet politique. Plus les engagements sont ambitieux, plus leur financement doit être explicite.

Politiques publiques : prolonger, corriger ou changer de direction ?

Une alternance ne signifie pas nécessairement une remise à zéro. Elle pose aussi la question de ce qui doit être conservé, corrigé ou réorienté lorsque de nouvelles forces politiques accèdent aux responsabilités. C’est sur cette continuité de l’action publique que M. Abyaba place une partie de sa réflexion. Pour l’UC, un programme électoral ne peut être construit en faisant abstraction des politiques déjà engagées. Le nouveau modèle de développement et la généralisation de la couverture sanitaire figurent ainsi parmi les grands chantiers que M. Abyaba entend prendre en considération. Il ne s’agit pas de les reconduire mécaniquement, mais de les poursuivre lorsqu’ils produisent les effets attendus et de les corriger lorsqu’ils appellent des ajustements. Cette conception introduit une distinction importante entre l’alternance politique et la rupture avec l’action de l’État. Gouverner suppose aussi d’hériter de politiques, d’évaluer leurs résultats et de décider ce qui mérite d’être poursuivi. Le programme électoral se trouve ainsi confronté à une réalité qui le dépasse : celle des politiques publiques déjà engagées et des contraintes liées à leur mise en œuvre.

La lecture de M. El Hyani est plus exigeante sur la nature du changement à apporter. Les difficultés qu’il relève dans l’emploi, les services publics ou la répartition des richesses ne lui paraissent pas relever de simples ajustements. Elles renvoient à des choix économiques qu’il estime nécessaire de réexaminer. L’enjeu n’est donc plus seulement de savoir ce qu’une nouvelle majorité ferait différemment, mais jusqu’où elle entend revenir sur les mécanismes existants. C’est là que la notion d’alternance prend une portée différente : corriger une trajectoire, pour M. Abyaba, peut suffire lorsque les politiques engagées restent pertinentes ; pour M. El Hyani, certaines trajectoires doivent être réinterrogées à la source lorsque leurs résultats ne répondent pas aux attentes.

Deux conceptions de l’alternance

À mesure que le débat avance, les mêmes préoccupations reviennent sous des angles différents : pouvoir d’achat, emploi, services essentiels, investissement, fiscalité et participation politique. Elles conduisent pourtant à deux appréciations différentes de ce qu’il faudrait changer. Pour l’UC, l’entreprise, l’investissement et la concurrence doivent rester les principaux ressorts de l’économie, avec un État chargé de réguler et de préserver les équilibres sociaux. Pour la FGD, le secteur privé conserve sa place, mais les déséquilibres constatés appellent une intervention publique plus forte, davantage de redistribution et une révision de certains choix économiques et institutionnels.

La divergence tient finalement à la profondeur de l’alternance envisagée. Faut-il principalement corriger le modèle existant ou revoir plus profondément les mécanismes qui organisent la création de richesse, sa répartition et le rapport entre l’État, l’entreprise et les citoyens ? C’est à cette question que renvoient, au-delà des mesures annoncées, les deux lectures confrontées dans le débat.
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