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Driss Lachgar : la prédominance de la majorité l’empêche d’écouter les voix divergentes

C’est un épisode politique inédit qu’expérimente le Maroc actuellement, avec une majorité composée des trois partis arrivés en tête du classement des élections législatives de 2021, souligne le premier secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires, Driss Lachgar. Cette prédominance numérique de la majorité a pour conséquence que, pour la première fois dans l’histoire du Royaume, l’opposition se trouve incapable de déposer une motion de censure ou de constituer des commissions d’enquête, fait observer le chef de file du parti de la rose.

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La prédominance numérique de la majorité a mis à mal l’équilibre institutionnel. Tel est le constat du premier secrétaire de l’USFP lors de son passage à l’émission «L’invité de la semaine» sur Medi1 TV. Pour que la démocratie soit effective, explique M. Lachgar, il faut qu’il y ait une majorité et une opposition. «Or ce gouvernement est composé des partis arrivés en première, deuxième et troisième positions lors des élections législatives de 2021, et ce qui a été laissé à l’opposition ne lui permet même pas de déposer une motion de censure ou de créer des commissions d’enquête», affirme-t-il, ajoutant que «cette prédominance du gouvernement l’empêche d’écouter toute voix discordante et cette situation concerne aussi bien le niveau central que les régions et les provinces».



La formation du gouvernement s’est faite, d’après M. Lachgar, «au détriment de tous les concepts démocratiques que nous avons érigés», faisant remarquer que malgré cela, «nous nous étions engagés, depuis les élections de 2021 et notre positionnement dans l’opposition, à lui procurer toutes les conditions pour qu’il puisse mener à bien sa mission, mais aujourd’hui, à mi-mandat, il n’a pas tenu bon nombre de ses promesses, dont certaines devaient être honorées en 2022».

Le gouvernement a échoué dans la gestion du dossier de l’enseignement

Des promesses faites par la première formation de la majorité lors de la campagne électorale, M. Lachgar cite celle d’augmenter les salaires des enseignants à 7.500 dirhams. «Aujourd’hui, il est arrivé à la moitié de son mandat, alors quand compte-t-il concrétiser son engagement ?» se demande le premier secrétaire de l’USFP. Et de poursuivre que «lorsque le portefeuille de l’Éducation nationale a été confié au président de la Commission spéciale sur le nouveau modèle de développement, nous pensions que les choses allaient évoluer dans le bon sens. Mais aujourd’hui, nous pouvons dire que le gouvernement n’a pas su mener à bien le dialogue avec le corps enseignant». M. Lachgar considère même qu’il y a un désaccord au sein de la majorité elle-même et, à cet égard, il rappelle que lors du passage du ministre de l’Éducation nationale à la Chambre des conseillers, le discours qui lui a été adressé par la majorité et les syndicats qui lui sont apparentés a été plus acerbe que celui de l’opposition». Et ces dissonances au sein de la majorité, soutient-il, ne se limitent pas au domaine de l’éducation, comme on peut le voir aujourd’hui avec les démêlés au sujet du Fonds de développement rural.

L’USFP n’est-elle pas responsable de l’affaiblissement de l’opposition actuelle ?

Quand on lui demande si l’USFP fait en sorte d’affaiblir l’opposition actuelle en se désolidarisant d’elle et en s’attaquant notamment à l’une de ses composantes (le PJD) à travers une guerre de déclarations, M. Lachgar répond qu’ «il y a un jeu qui se fait et nous avons remarqué que l’opinion publique allait être leurrée par ces gens (le PJD) qui ont dirigé le gouvernement pendant 10 ans». «Comment peut-on diriger le gouvernement et descendre chaque semaine pour s’y opposer comme on l’entend, tout en se vantant d’être le seul à détenir la vérité et en accusant l’ensemble du spectre politique et les médias d’avoir tort ?» s’intérroge Driss Lachgar. Et pourtant, poursuit-il, «nous avons décidé de dépasser cela et d’ouvrir nos bras à la coordination (de l’opposition), mais ce parti a continué à tenir un discours visant uniquement ses pairs de l’opposition, et pis encore, il a salué le gouvernement et a appelé ses adhérents à le ménager». «Alors, que voulez-vous que nous fassions avec une opposition où il n’y a pas un minimum d’éthique en termes de concertation?» se demande encore le premier secrétaire de l’USFP. Et d’affirmer que «pour parvenir à garantir un certain équilibre, parce que l’USFP seule ne peut le faire, le bureau politique appelle l’ensemble du paysage politique, syndical, sociétal, culturel et autres, à constituer un front national pour contrebalancer la prédominance de la majorité et restaurer l’équilibre entre celle-ci et l’opposition».