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Le Maroc possible (Tribune)

Le Maroc réunit l’essentiel de ce qui peut faire son succès : leadership, vision, capital humain, réformes, infrastructures, crédibilité internationale, chantiers qui avancent. Ce qui fera désormais la différence tient à la manière dont il saura préserver, entretenir et faire fructifier ce qui a déjà été accompli. La discipline, individuelle et collective, devient alors le dernier levier décisif. Le Maroc possible n’est plus une promesse lointaine, il est à portée de main. Il attend simplement que chacun choisisse d’en être l’acteur responsable plutôt que le simple spectateur.

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L’histoire n’ouvre pas toujours des autoroutes au succès. Elle propose, le plus souvent, des chemins étroits, sinueux, parfois à peine visibles. Les trajectoires de développement se construisent rarement dans le confort ou la fluidité. Elles se frayent un chemin dans la contrainte, au milieu de résistances internes, de pressions externes, d’équilibres fragiles à préserver et de lignes rouges à ne pas franchir. C’est dans cet entrelacs de tensions, de compromis et de choix difficiles que certains pays parviennent, à un moment précis, à accélérer. Le Maroc se trouve aujourd’hui dans cette zone critique de l’histoire, là où la réussite devient possible sans jamais être acquise. Un Maroc possible, ni rêvé, ni idéalisé, mais tangible, perceptible, presque à portée de main.

L’organisation de la CAN 2025 en est une manifestation éclatante. Plus qu’un rendez-vous sportif, c’est une démonstration de maîtrise collective, de coordination institutionnelle et de crédibilité internationale. Infrastructures, mobilité, sécurité, hospitalité, le Maroc ne se limite plus à satisfaire des standards établis ailleurs. Il cherche à les dépasser, à les redéfinir parfois et il le fait avec un brio inédit, assumé et sans complexe. Mais s’arrêter à cette réussite serait une lecture superficielle. Réduire le Maroc à une performance événementielle reviendrait à ignorer la profondeur du mouvement en cours.

Une Nation à l’épreuve des pressions

Pendant que les projecteurs se braquent sur les pelouses et les tribunes, une autre réalité se joue, plus discrète, mais infiniment plus déterminante. Le Maroc continue d’évoluer dans un monde sous tension, où chaque position compte et où l’erreur se paie cher. L’environnement régional et international est instable, fragmenté, parfois brutal. Pourtant, le Royaume maintient une ligne claire. Diplomatie active sans surenchère, partenariats stratégiques diversifiés et capacité de médiation assumée. Le Maroc avance sans tapage, mais avec une constance qui force le respect. Cette conduite sage et constructive, lisible dans la durée, lui vaut aujourd’hui la considération de partenaires multiples, parfois aux intérêts divergents, qui reconnaissent au Maroc une parole fiable et une posture équilibrée. Ici, la retenue n’est pas une faiblesse, mais un choix stratégique.

Cette même logique irrigue l’économie nationale. La croissance ne se fait pas en terrain dégagé, mais sous contraintes multiples : chocs exogènes, inflation importée, tensions sur les chaînes de valeur et pression sociale. Pourtant, le cap est tenu, le tissu productif se transforme, les dépendances se réduisent et les écosystèmes montent en gamme. Automobile, aéronautique, numérique et énergies renouvelables, autant de piliers qui traduisent une volonté claire de ne plus subir les cycles, mais de les amortir, puis de les dépasser.
Dans un monde fragmenté, où les grands pôles économiques peinent parfois à coopérer directement, le Maroc s’impose progressivement comme une solution industrielle crédible, un espace de production, d’assemblage et de co-développement où des synergies devenues difficiles ailleurs peuvent encore s’exprimer. Cette position d’interface, à la fois stable, compétitive et ouverte, lui permet de capter des investissements de complémentarité plutôt que d’alignement exclusif. Le pays absorbe les chocs, réajuste ses priorités et consolide son rôle de trait d’union productif, sans jamais renoncer à l’essentiel.

Sur le plan social, les défis sont connus, parfois douloureux. Santé, enseignement ou disparités territoriales : rien n’est dissimulé, rien n’est nié, mais rien n’est figé non plus. Les réformes avancent toujours au prix d’efforts considérables, quelquefois lentement mais sûrement. Elles s’inscrivent dans une vision de long terme où l’investissement humain cesse d’être un slogan pour devenir une nécessité stratégique. Former, soigner, et inclure est le triptyque de résilience et de cohésion identifié et adopté.

Ce qui se dessine, en filigrane, c’est une nation qui apprend à tenir sous pression, à encaisser sans rompre et à avancer sans céder à la facilité. Une nation qui comprend que le développement ne se décrète pas dans l’euphorie, mais se construit dans la durée, au contact permanent de ses propres contraintes et de celles du monde. Et cette capacité à tenir sous pression trouve son prolongement le plus visible dans un autre champ décisif, celui des infrastructures.

Des infrastructures qui racontent une ambition

Il suffit de parcourir le pays pour comprendre que le Maroc a fait un choix clair, celui de l’anticipation. Mais il serait illusoire de croire que tout est achevé. Les chantiers se multiplient, les projets s’enchaînent, d’autres restent à lancer, parfois urgents, notamment dans ce Maroc à plusieurs vitesses que Sa Majesté le Roi a Lui-même lucidement mis en lumière. L’effort est loin d’être terminé. Il est, en revanche, profondément engagé.

Routes, ports, aéroports, lignes ferroviaires à grande vitesse, infrastructures sportives et énergétiques : la dynamique est visible, soutenue et structurante. Elle ne gomme pas encore toutes les fractures territoriales, mais elle change l’échelle du possible. Pour ceux qui revisitent le Royaume après quelques années d’absence, ou pour ceux qui le découvrent, le contraste est saisissant. Le Maroc n’est plus perçu comme un pays en rattrapage permanent, mais comme un pays en transformation assumée.

Cette transformation est d’autant plus frappante que la comparaison ne se fait plus seulement avec d’autres économies africaines, mais de plus en plus avec des standards européens. Non par mimétisme, mais par exigence. Le référentiel a changé pour tout ce qui est services, équipements, connectivité, mobilité ou intégration des infrastructures dans l’espace urbain et économique. Mais cette accélération matérielle ne peut s’abstraire d’un autre facteur structurant, la nature elle-même, avec ses contraintes, ses équilibres et ses limites.

Affronter la nature sans la défier

Le Maroc est une terre de riches contrastes, grâce à ses déserts, chaînes montagneuses, plaines agricoles et façades maritimes. Cette diversité naturelle est une bénédiction, mais elle impose aussi une exigence permanente d’adaptation. Ici, la nature n’est ni uniforme ni docile. Elle façonne les territoires, conditionne les modes de vie et oblige à penser le développement avec nuance, précision et respect des équilibres.

Le Royaume ne ferme pas les yeux sur ses contraintes. Le stress hydrique s’impose comme l’un des défis les plus structurants du siècle, exacerbé par le changement climatique et la pression démographique. La réponse n’est ni incantatoire ni improvisée. Elle est pragmatique, graduelle et audacieuse à travers les barrages pour sécuriser l’approvisionnement, les autoroutes de l’eau pour assurer l’interconnexion des bassins et la solidarité hydrique entre territoires, le dessalement de l’eau de mer pour soulager les bassins les plus exposés, la réutilisation des eaux usées, la modernisation des réseaux et la généralisation du goutte-à-goutte pour une agriculture plus sobre et plus performante. La gestion de la nappe phréatique a été érigée aussi en enjeu central, appelant rigueur, contrôle et responsabilisation collective.

Cette relation repensée à l’eau s’inscrit dans une approche plus large de gestion responsable des ressources. Le littoral, longtemps perçu comme un espace à exploiter, est progressivement intégré dans une logique de protection et de valorisation durable. Les choix opérés traduisent une prise de conscience, car le développement ne peut plus se faire contre les écosystèmes, mais avec eux.

Dans le même esprit, le Maroc a fait le pari des énergies renouvelables, solaire, éolien et hydraulique. Le soleil et le vent, autrefois subis, deviennent des leviers de souveraineté énergétique, de compétitivité économique et de transition écologique. La bataille est rude, parfois asymétrique, mais elle est engagée avec lucidité. Car protéger la ressource naturelle, c’est garantir la stabilité sociale, la souveraineté alimentaire, la résilience économique et, au fond, la dignité collective. Ici encore, le Maroc ne cherche pas à dominer son environnement mais à composer avec lui.

L’atout décisif

Au-delà des indicateurs macroéconomiques, le Maroc se raconte d’abord par une profondeur historique et humaine que les tableaux statistiques ne savent pas saisir. Royaume séculaire, façonné par le temps long, il a appris à durer, à absorber les chocs, à intégrer sans se dissoudre. Cette continuité n’est pas figée, elle est vivante et irrigue encore aujourd’hui les institutions, les comportements et la manière singulière dont le pays se projette dans l’avenir.

Le Maroc est une terre de diversité au sens plein. Outre sa nature fantastique, il compte une diversité humaine et culturelle, amazighe, arabe, africaine, andalouse, juive, saharienne, patiemment tissée au fil des siècles. L’identité nationale ne s’est pas construite par effacement, mais par accumulation consciente, sans dilution ni reniement. Cette pluralité trouve un équilibre rare dans la dimension spirituelle du Royaume. Le fait que Sa Majesté le Roi soit Commandeur des croyants confère au Maroc un positionnement unique. Il ne s’agit pas seulement d’une fonction religieuse, mais d’un rôle de garant d’un islam du juste milieu, de protecteur des cultes et d’arbitre moral au-dessus des clivages. Cette singularité est profondément enracinée dans l’histoire du pays et largement reconnue, en Afrique et bien au-delà, comme un facteur de stabilité, de modération et de crédibilité.

Dans un monde traversé par les crispations identitaires et les radicalismes, le modèle marocain fait figure de repère. La croyance y cohabite avec l’ouverture, la foi avec la tolérance et la tradition avec la modernité. Mosquées, synagogues et églises ne racontent pas une exception folklorique, mais une culture du vivre-ensemble patiemment entretenue. Cette posture confère au Maroc une autorité morale discrète, mais réelle, qui renforce son rôle sur le continent africain et dans ses partenariats internationaux.

Cette richesse immatérielle est un capital stratégique qui façonne une identité nationale solide sans être rigide et inclusive sans être naïve. Elle nourrit une capacité rare à faire société, à maintenir la cohésion malgré les tensions du monde et les mutations rapides. Dans le Maroc possible, ce socle invisible est peut-être l’atout le plus décisif, celui qui permet d’avancer sans se renier, et de se moderniser sans se perdre.

Le défi majeur : la discipline

Alors, qu’est-ce qui manque encore pour concrétiser ce Maroc possible en réalité durable et indéniable ? La réponse est peut-être en un mot, simple en apparence, mais exigeant dans la pratique : la discipline. Tout commence par l’individu, par ces gestes ordinaires, presque invisibles, qui disent pourtant beaucoup d’une société. Ne pas jeter ses ordures dans la rue ou le long des routes. Respecter les files d’attente, les priorités, le temps de l’autre. Préserver les équipements publics comme on protège ce qui nous appartient. Accepter la règle, et la sanction lorsqu’elle s’impose, non comme une contrainte arbitraire, mais comme une condition de l’équité. C’est à ce niveau, discret mais décisif, que se construit la crédibilité du vivre-ensemble.

De l’individu, la discipline s’élargit naturellement au collectif. Dans l’école, elle structure l’apprentissage et restaure l’autorité du savoir. À l’hôpital, elle garantit l’équité d’accès et la dignité du soin. Dans l’administration, elle devient synonyme de rigueur, de continuité et de respect de l’usager. Devant le tribunal, elle s’incarne dans l’égalité devant la loi, la protection effective des droits et la confiance dans la justice rendue. Dans l’espace public, elle façonne le cadre commun, celui où se croisent toutes les différences sans s’entrechoquer. Sans cette discipline partagée, les meilleures politiques publiques se heurtent à l’usure, au désordre et à la défiance.

À l’échelle de la communauté nationale, la discipline prend une dimension stratégique. Elle est la constance dans l’action publique, la cohérence des décisions, le respect des engagements pris. Elle permet de protéger les acquis, d’éviter la dispersion des efforts et de donner du temps long aux réformes. Dans un pays en transformation rapide, elle devient le ciment qui relie l’ambition à la durée. Car la compétence existe, le développement est engagé, mais sans discipline collective, les progrès s’érodent, les ressources se gaspillent et les ambitions s’essoufflent. Les infrastructures se dégradent plus vite qu’elles ne se construisent. Les réformes perdent leur sens. Le potentiel reste latent.

La discipline n’est pas une entrave, mais un accélérateur silencieux. Elle permet de capitaliser sur l’existant, de transformer l’essai, de faire du progrès un réflexe plutôt qu’un effort. Elle est ce qui fait passer une société du possible au durable. Et c’est peut-être là, désormais, que se joue l’essentiel, dans la capacité de chaque citoyen, puis de chaque institution, à faire de la discipline non pas une obligation subie, mais une culture partagée.

Au fond, tout converge vers cette évidence que le Maroc a réuni l’essentiel. Le leadership est là, la vision aussi, les infrastructures se déploient, la crédibilité internationale s’affirme, les ressources humaines existent, les chantiers avancent, le palmarès des réalisations est riche. Ce qui fera désormais la différence ne tient plus uniquement à ce que le pays est capable de bâtir, mais à la manière dont il saura préserver, entretenir et faire fructifier ce qui a déjà été accompli. La discipline, individuelle et collective, devient alors le dernier levier décisif. Celui qui transforme l’ambition en constance, l’effort en culture de résultat et le progrès en réflexe quotidien. Le Maroc possible, celui qu’on désire, n’est plus une promesse lointaine ni un idéal abstrait. Il est déjà là, à portée de main. Il attend simplement que chacun, à son niveau, choisisse d’en être l’acteur responsable plutôt que le simple spectateur. Et dans cette responsabilité partagée, l’avenir cesse d’être une attente et devient un choix accessible.
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