Menu
Search
Mardi 13 Janvier 2026
S'abonner
close
Mardi 13 Janvier 2026
Menu
Search

Le RNI à la croisée des chemins au lendemain de l’annonce du départ d’Akhannouch

Dans une décision inattendue, Aziz Akhannouch a annoncé dimanche qu'il ne briguerait pas un troisième mandat à la tête du Rassemblement national des indépendants. Le Chef du gouvernement a opposé un refus catégorique à toute proposition visant à amender les statuts du parti pour prolonger son leadership. Cette annonce, faite lors de la réunion du bureau politique, ouvre officiellement la course à sa succession avec l'organisation d'un congrès extraordinaire fixé au 7 février prochain à El Jadida. Les candidatures sont recevables du 12 au 21 janvier. Ces évolutions interviennent à moins d'une année des échéances législatives, soulevant des interrogations sur le calendrier et les implications politiques d'une transition en période pré-électorale.

No Image
Après une décennie passée à la tête du Rassemblement national des indépendants, Aziz Akhannouch a choisi de passer le flambeau. Le président du parti a fait savoir dimanche dernier lors de la réunion du bureau politique qu'il ne se porterait pas candidat lors du huitième congrès national prévu le 7 février à El Jadida. «Le parti a ses structures et son parcours, il n'y a pas lieu que je sois éternellement à la présidence», a-t-il déclaré selon des sources concordantes, mettant fin aux spéculations sur une éventuelle modification statutaire qui lui permettrait de briguer un nouveau mandat.



Cette décision marque un tournant dans l'histoire récente de cette formation politique habituée aux transitions rapides de leadership. Depuis sa création en 1978 par Ahmed Osman, le RNI n'a connu qu'un nombre restreint de présidents, mais avec une particularité : rares sont ceux qui ont achevé leurs mandats dans la sérénité. M. Osman lui-même était resté à la tête du parti jusqu'en 2007, n'organisant qu'un seul congrès en 2001, malgré des statuts prévoyant une échéance quadriennale. Mustapha Mansouri, élu face à feu Mustapha Oukacha, avait été écarté en milieu de mandat dans des conditions ayant surpris les observateurs. Salaheddine Mezouar, qui lui avait succédé lors d'un conseil national extraordinaire, avait jeté l'éponge en 2016, ouvrant la voie à M. Akhannouch.

Un refus catégorique de la prolongation statutaire

Selon les sources proches du parti, le Chef du gouvernement a écarté d'emblée toute velléité de modification des statuts. Une posture qui contraste avec les pratiques observées dans d'autres formations ayant opté pour la modification de leurs textes fondateurs afin de maintenir leurs dirigeants. «Sa conviction est que la démocratie partisane repose sur l'alternance, le renouvellement des élites et le rejet de la logique des leaderships permanents», rapportent les mêmes sources, ajoutant que cette orientation vise à «renforcer la confiance des citoyens dans l'action politique et institutionnelle».

Le bureau politique, réuni dimanche au siège central à Rabat, a entériné cette orientation en fixant les modalités pratiques de la transition. Le congrès extraordinaire se tiendra le 7 février à El Jadida. La période de dépôt des candidatures s'est ouverte lundi 12 janvier pour se clore le 21 janvier à midi et demi, donnant aux prétendants une fenêtre de dix jours pour formaliser leurs ambitions. Une commission préparatoire, dont la composition a été validée par le bureau politique, supervisera l'organisation de ce rendez-vous décisif.

Entre capital politique et incertitudes organisationnelles

Dans son intervention devant le bureau politique, M. Akhannouch a dressé un état des lieux destiné à rassurer quant à la solidité de l'édifice qu'il laisse derrière lui. «Le RNI dispose aujourd'hui d'une solidité organisationnelle et d'un capital politique lui permettant de préserver sa position avancée sur l'échiquier national et d'aborder avec sérénité les prochaines échéances législatives», a-t-il affirmé. Un argumentaire qui s'appuie sur le parcours du parti depuis 2016 : victoire aux élections de 2021, formation d'une coalition gouvernementale stable, mise en œuvre d'un programme revendiqué comme réformateur.

Le communiqué du bureau politique est allé dans le même sens de cette lecture en saluant «le succès exceptionnel réalisé au cours de cette étape, particulièrement aux niveaux économique et social». Les indicateurs macroéconomiques avancés lors du Conseil national du 10 janvier – croissance attendue à 5%, déficit budgétaire ramené à 3,8%, extension de la couverture sociale – constituent désormais la matrice argumentative du bilan. «Ces acquis sont le fruit direct des choix réformateurs majeurs auxquels le gouvernement s'est engagé», précise le texte, citant la généralisation de la protection sociale et le soutien à l'investissement.

Mais cette assurance affichée ne dissipe pas les interrogations sur les implications d'un changement de leadership en année pré-électorale. Des observateurs politiques relèvent que «la pratique démocratique veut qu'un leader de parti annonce son retrait après les élections en cas d'échec, et non avant». Le calendrier choisi crée une pression organisationnelle inédite, le parti devant simultanément gérer une succession interne et préparer une campagne législative où il défendra son bilan gouvernemental. «Cette décision pourrait avoir des répercussions visibles sur la préparation des échéances à venir», estiment les mêmes sources.

Un leadership difficile à reproduire

En tout état de cause, la question de la succession soulève une problématique de fond : qui peut incarner la continuité tout en portant un projet distinctif ? «Personne au sein du RNI ne dispose actuellement de la stature d'Akhannouch qui a dirigé le parti pendant plus de deux mandats», constatent des analystes. Le président sortant a construit son autorité sur une double légitimité : celle du chef de parti ayant conduit sa formation à la victoire électorale, et celle du Chef de gouvernement pilotant une coalition jugée stable selon les standards marocains.

Le bureau politique a néanmoins tenu à séparer les deux fonctions dans son communiqué : «Le Bureau politique confirme la poursuite de son soutien à Aziz Akhannouch en tant que Chef du gouvernement, et son appui à la majorité gouvernementale à travers ses deux groupes parlementaires et ses différentes structures pour permettre au gouvernement de respecter ses engagements contractuels et de poursuivre la mise en œuvre de ses programmes jusqu'à la fin de son mandat constitutionnel». Une formulation qui distingue clairement la direction partisane de la responsabilité gouvernementale, M. Akhannouch demeurant à la tête du gouvernement, tandis qu'un nouveau président prendra les rênes du RNI.

La mémoire organisationnelle comme référence

L'histoire mouvementée des congrès du RNI offre un éclairage particulier sur cette séquence. Depuis le congrès constitutif de 1978, la formation n'en a organisé que sept, un rythme qui traduit les soubresauts d'une organisation où les transitions n'ont pas toujours obéi aux seules règles statutaires. Le sixième congrès, tenu en 2017, avait confirmé M. Akhannouch comme candidat unique dans un contexte post-électoral favorable. Le septième, organisé les 4 et 5 mars 2021 sous format hybride (dans le contexte de la Covid), s'était déroulé avec une fluidité remarquée : travaux lancés vendredi à dix-sept heures, validation de Aziz Akhannouch comme candidat unique le lendemain à treize heures, puis annonce de la composition du bureau politique. Un timing inhabituel dans le paysage partisan marocain où les congrès s'étirent généralement sur trois à quatre jours avec leur lot d'imprévus.

Le congrès extraordinaire s'annonce d'une tout autre nature. Pour la première fois depuis l'arrivée de M. Akhannouch, la présidence du parti sera disputée sans lui. Le bureau politique n'a communiqué aucune indication sur les candidatures potentielles, laissant le champ ouvert aux spéculations. La période de dépôt ouverte lundi devrait clarifier les contours de cette compétition interne.

Continuité programmatique et renouvellement partisan

Parallèlement à ces enjeux de succession, le bureau politique a validé la présentation par Mustapha Baïtas d'un nouvel ouvrage intitulé «Msar Al Injazat» (Parcours des réalisations). Ce document, qui synthétise les conclusions des douze tournées régionales ayant mobilisé plus de 38.000 participants, ainsi que les 44 rencontres «Niqach Al Ahrar» organisées dans 77 communes, s'inscrit dans la continuité de la vision du parti. Après «Msar Athiqa» (Parcours de la confiance), «Msar Al Moudoun» (Parcours des villes) et «Msar At Tanmia» (Parcours du développement), cette nouvelle publication vise à documenter les réalisations du parti. Cette production partisane traduit une volonté de capitalisation programmatique qui doit survivre au changement de leadership. Une manière aussi de signifier que la transition organisationnelle n'implique pas de rupture idéologique ou programmatique.

À trois semaines du congrès extraordinaire, le RNI entre dans une zone d'incertitude «maîtrisée». La décision de M. Akhannouch de respecter la lettre des statuts plutôt que de les modifier pour se maintenir constitue un précédent dans l'histoire récente du parti. Reste à déterminer si cette transition démocratique interne servira ou desservira les ambitions électorales d'une formation qui entend transformer quatre années de gestion gouvernementale en capital politique durable. La réponse viendra d'El Jadida le 7 février, puis des urnes lors des prochaines législatives.
Lisez nos e-Papers