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L’opposition et le gouvernement frôlent une nouvelle crise politique

La tension monte d'un cran au sein de la Chambre des représentants. L'absence répétée de certains ministres lors des séances de questions orales provoque l'ire de l'opposition parlementaire. Le 8 juillet 2024, la mésentente a atteint son paroxysme après que le ministre de l'Enseignement supérieur, attendu pour s’expliquer sur la crise qui paralyse les Facultés de médecine depuis sept mois, a été signalé absent. Considérant cette absence comme «un mépris flagrant de l'institution législative», l'opposition a quitté l'hémicycle en signe de protestation. Plus tard, elle a rendu public un communiqué où explique les raisons de la détérioration de la relation avec le gouvernement au sein du Parlement.

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La scène se déroule un lundi après-midi, lors de la séance des questions orales à la Chambre des représentants. L'atmosphère est électrique, les regards tendus et la crispation est palpable. L’opposition, qui avait émis avec insistance le souhait de voir le gouvernement s’exprimer au sujet de la crise dans la Faculté de médecine, s’impatientait et réclamait les explications du ministère de tutelle. Puis le président de séance prend la parole pour annoncer d'une voix grave : «Le gouvernement affirme qu'il n'est pas prêt à réagir à ces demandes». Ces mots résonnent comme un coup de tonnerre dans l'Assemblée. En quelques secondes, les bancs de l'opposition se vident, leurs occupants quittant la salle dans un geste de protestation collective. Ce 8 juillet 2024 marquera un nouvel épisode de tension dans les rapports entre les deux pouvoirs. L'absence du ministre de l'Enseignement supérieur, Abdellatif Miraoui, qui devait répondre à des questions cruciales sur la crise qui paralyse les Facultés de médecine depuis sept mois, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

Absence récurrente des ministres

L'absence récurrente du ministre Miraoui n'est pas un cas isolé. Depuis des mois, l'opposition dénonce ce qu'elle considère comme un mépris croissant du gouvernement envers l'institution parlementaire. Rachid Hamouni, chef du groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme (PPS), ne mâche pas ses mots : «Nous avons même fait part de notre intention de boycotter la prochaine séance plénière consacrée à l’évaluation des politiques publiques à laquelle assistera le Chef du gouvernement, ainsi que d'autres travaux de l’hémicycle. Mais nous nous sommes ravisés puisque le gouvernement a réagi en affirmant que le ministre de l’Enseignement supérieur viendrait bientôt s’expliquer au sujet de la crise opposant son département aux étudiants en médecine».

Cette volte-face du ministre, bien que tardive, semble avoir apaisé momentanément les tensions. Omar Hjira, président du groupe istiqlalien pour l'unité et l'égalitarisme, a tenté lors de la séance des questions orales de calmer les esprits en affirmant que «le ministre concerné a dû s'absenter pour des raisons impérieuses indépendantes de sa volonté». Mais sa justification n’a pas convaincu une opposition de plus en plus remontée. Il faut dire que l’incident de lundi dernier n’a fait que souligner le fossé qui se creuse entre le pouvoir exécutif et les forces de l’opposition du pouvoir législatif.

L'opposition monte au créneau

Face à ce qu'elle considère comme une «atteinte à ses prérogatives constitutionnelles», l'opposition n'a pas tardé à réagir. Dans un communiqué cinglant, les groupes parlementaires de l'opposition dénoncent le recours du gouvernement à des manœuvres afin de «marginaliser et discréditer (les députés) pour masquer son incapacité à mener un dialogue institutionnel et à apporter des réponses efficaces basées sur des arguments et des idées». Abderrahim Chahid, président du groupe socialiste (USFP), est allé plus loin en déclarant : «En refusant de réagir, le gouvernement nous incite à nous retirer, et c'est ce que nous ferons». Ces mots reflètent l'exaspération croissante de l'opposition face à ce qu'elle considère comme un dialogue de sourds avec le gouvernement.

Au-delà des joutes parlementaires, cette crise politique est révélatrice d’un malaise beaucoup plus profond. La crise qui paralyse les Facultés de médecine depuis sept mois, avec des étudiants qui boycottent cours, stages et examens, est symptomatique des défis auxquels le Maroc est confronté dans le domaine de l'enseignement supérieur. Mohammed Ouzzine, député MP de l'opposition, résume la situation avec amertume : «Notre retrait en tant qu'opposition aujourd'hui de la séance plénière de la Chambre des représentants peut être résumé ainsi : la coupe est pleine et la situation est devenue insupportable». Le sentiment d'impuissance ressenti par de nombreux parlementaires face à ce qu'ils perçoivent comme une «dérive autoritaire du gouvernement» est de plus en plus manifeste.

Vers une résolution de la crise ?

Malgré l'intensité de la crise, des signes d'apaisement se profilent. En effet, en vertu de l'article 104 du règlement intérieur de la Chambre, une session conjointe est prévue pour ce mercredi 10 juillet 2024 à 10 h. Cette réunion rassemblera la Commission des secteurs sociaux et la Commission de l'enseignement, de la culture et de la communication. Elle se tiendra en présence de deux membres clés du gouvernement : le ministre de la Santé et de la protection sociale, ainsi que le ministre de l'Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l'innovation. La programmation de cette réunion commune, en présence des ministres concernés, pourrait être un premier pas vers la désescalade.

C’est en tout cas ce qu’espère Rachid Hamouni qui se veut optimiste : «Nous avons appris que le ministre n'était pas au courant que nous l'avions interpellé pour assister à la séance du lundi 8 juillet 2024». Cette information, si elle se confirme, pourrait aider à désamorcer les tensions et ouvrir la voie à un dialogue constructif. Cependant, le chemin vers une «normalisation» des relations entre le gouvernement et l'opposition semble encore long. Les groupes parlementaires de l'opposition ont clairement exprimé leur détermination à «continuer à respecter les dispositions constitutionnelles et légales dans l'exercice de leurs rôles, pour faire entendre la voix des citoyens et porter leurs problèmes dans l'espace institutionnel». Mais respecter le délicat équilibre entre les prérogatives du gouvernement et celles de l'opposition n’est pas une mince affaire.
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