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Mezouari : L’USFP compte retrouver une place centrale dans l’équilibre des forces partisanes

Invité de «L’Info en Face» du 4 février dernier, Mehdi Mezouari, membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), a livré sa lecture du champ partisan et de ses dynamiques à l’approches des législatives de 2026. Tout en fustigeant le bilan du gouvernement, il a évoqué le parcours de l’USFP, ses choix et ses ambitions. Selon lui, le grand enjeu pour le parti est de rester fidèle à une tradition politique ancienne tout en cherchant à s’imposer dans un paysage en pleine recomposition.

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«Nous sommes devant un fait inédit dans l’histoire politique marocaine : un Chef du gouvernement qui se retire de la vie politique avant même la fin de son mandat.» Par cette phrase, Mehdi Mezouari, membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), donne le ton. Car, dit-il, comme souvent dans les périodes de transition, les signes les plus déterminants ne sont pas toujours les plus visibles. À l’approche d’échéances électorales appelées à redessiner les équilibres partisans, l’annonce du «retrait» du chef du Rassemblement national des indépendants (RNI) apparaît comme un révélateur des tensions et des recompositions à l’œuvre, ajoute l’invité de «L’Info en face».

Un retrait inédit aux implications politiques et démocratiques

Tout en rappelant qu’il ne lui appartient pas de commenter «le choix souverain» relevant de la vie interne d’une formation politique, Mehdi Mezouari estime néanmoins que cette décision soulève une question d’ordre démocratique. «Sur le plan de la norme démocratique, un retrait ne se fait qu’après reddition des comptes et présentation d’un bilan», souligne-t-il, regrettant l’absence d’une prise de parole directe devant les citoyens. À partir de cette lecture, l’invité insiste sur le caractère singulier de la situation : celui d’un Chef du gouvernement toujours en exercice, mais appelé à ne plus conduire son parti à l’approche des échéances électorales. Une configuration qui, selon lui, laisse les Marocains sans interlocuteur clairement identifié pour l’évaluation du bilan.

Une critique systémique du modèle politique

Au-delà de cet événement conjoncturel, Mehdi Mezouari élargit la réflexion et porte le regard vers une perspective plus vaste, attentive aux équilibres du champ politique et aux fragilités structurelles qui le traversent. «La stabilité institutionnelle sans fondement démocratique sain devient légère, voire dangereuse», avertit-il, estimant qu’une majorité issue des élections de 2021, forte d’une assise numérique considérable – plus de 4,5 millions de voix cumulées pour ses principales composantes – ne saurait, à elle seule, résoudre la question de la légitimité politique.



Dans cette perspective, il développe une critique plus globale d’une évolution qu’il juge préoccupante : celle d’une politique progressivement happée par la logique de l’instant, où l’événementiel tend à supplanter le temps long du débat et de la construction idéologique. À ses yeux, la scène politique risquerait ainsi de se réduire à une succession de séquences médiatiques, au détriment du patient travail d’organisation, d’ancrage militant et d’élaboration programmatique. «Un parti politique ne peut pas être réduit à des moments médiatiques ou à des opérations ponctuelles», martèle-t-il, défendant une conception fondée sur des structures solides, des relais syndicaux et associatifs actifs, une presse vivante et des espaces permanents de confrontation des idées.
Dès lors, à mesure que l’horizon électoral de 2026 se précise, son appel à «redéfinir le standard du parti politique» prend la forme d’une invitation à repenser les fondements mêmes de l’action partisane : non comme une réponse circonstancielle aux échéances à venir, mais comme un retour nécessaire à une culture politique structurée, capable de conjuguer représentativité sociale, cohérence idéologique et responsabilité démocratique.

Un bilan gouvernemental sévèrement critiqué

Mehdi Mezouari consacre une part importante de son intervention à l’évaluation du bilan de l’Exécutif, qu’il juge largement en deçà des attentes. Pour lui, le problème tient d’abord à l’incapacité du gouvernement à opérer le passage d’un modèle fondé sur la croissance à une véritable dynamique de développement. «Le gouvernement n’a pas réussi à transiter d’un modèle de croissance vers un modèle de développement», affirme-t-il, insistant sur un décalage persistant entre les annonces et leurs effets concrets.

Selon lui, les orientations du nouveau modèle de développement n’ont pas été pleinement prises en compte, l’action publique se limitant trop souvent à répondre aux urgences plutôt qu’à inscrire une vision structurée dans la durée. À ce titre, il évoque notamment le niveau d’endettement, l’absence de réformes structurelles majeures et une approche sociale qu’il décrit comme reposant davantage sur des aides ponctuelles que sur la reconnaissance de droits durables.

M. Mezouari concède toutefois que certains indicateurs avancés par les institutions témoignent d’une évolution jugée positive, avec une croissance attendue entre 4 et 4,5% et un taux de chômage en léger recul autour de 13%, selon les données du Haut-Commissariat au Plan. Mais, ajoute-t-il, ces chiffres ne se traduisent pas, à ses yeux, par une amélioration perceptible dans la vie quotidienne. «Les Marocains ne sentent pas réellement un changement», souligne-t-il, évoquant les difficultés persistantes liées au pouvoir d’achat et à l’accès aux opportunités économiques.

Les élections de 2021 en ligne de mire

Au fil de la conversation, Mehdi Mezouari revient sur les conditions ayant façonné la configuration actuelle du paysage institutionnel. Les résultats de 2021 ont consacré une majorité disposant d’un contrôle étendu sur les principales régions et grandes villes, traduisant une concentration significative des leviers de pouvoir. Selon lui, ceci est le résultat d’une compétition électorale malsaine dominée par «l’usage massif de l’argent», d’où la nécessité, souligne-t-il d’une moralisation plus rigoureuse du processus électoral et d’un encadrement effectif des pratiques susceptibles d’en altérer l’équité. M. Mezouari rappelle dans ce sens les scores : plus de deux millions de voix pour le RNI, plus d’un million pour l’Istiqlal et le PAM, contre environ 500.000 suffrages pour l’USFP et 34 sièges parlementaires. Pour lui, ces performances auraient été différentes si les règles du jeu électoral avaient été réellement équitables.

L’USFP revendique une alternative politique

S’agissant de la volonté de l’USFP d’intégrer la majorité, l’invité revendique la cohérence de la trajectoire suivie par son parti depuis 2021. «Aucun regret», répète-t-il, estimant que l’USFP aurait pu apporter une dimension plus politique à l’action de l’Exécutif. Pour lui, le travail engagé depuis l’opposition constitue aujourd’hui un prolongement naturel de l’identité et du positionnement de l’USFP. Il en veut pour preuve une série d’initiatives comme la tentative de faire voter une motion de censure, les recours constitutionnels portés contre certains textes, mais aussi une tournée nationale présentée comme une «motion de censure populaire», conçue comme un temps d’écoute et de confrontation directe avec des dizaines de milliers de citoyens à travers le pays.

Cap sur 2026 : ambition affichée et stratégie d’alliances

À l’évocation des prochaines échéances électorales, Mehdi Mezouari ne cache pas les ambitions de son parti. «Un parti qui se respecte aspire à arriver premier», affirme-t-il, formulant l’ambition de voir l’USFP franchir le seuil des cinquante sièges et retrouver une place centrale dans l’équilibre des forces. Cette projection s’accompagne d’une conception plutôt pragmatique des alliances. La priorité irait d’abord à la famille politique de gauche – le PPS et les formations progressistes – avant d’envisager des convergences plus étendues fondées sur des projets partagés. À ses yeux, la logique des coalitions semble désormais s’éloigner des clivages idéologiques rigides pour privilégier des rapprochements structurés autour de programmes et de capacités d’action communes. Mais au-delà des calculs électoraux, demeure une interrogation plus fondamentale : celle de la possibilité d’une alternative capable de dépasser les équilibres établis et d’offrir une réponse crédible aux attentes d’un paysage politique en quête de redéfinition.

Gouverner ou s’opposer : une continuité revendiquée

Et justement l’échange évoque la place que l’USFP entend occuper dans les équilibres politiques à venir. Mehdi Mezouari écarte l’idée qu’un maintien dans l’opposition puisse être synonyme d’effacement, rappelant que le parti s’est souvent consolidé dans ces périodes de retrait relatif, tout en conservant intacte l’aspiration à gouverner et gérer la chose publique. «Nous aspirons à être premiers et à porter un projet de changement», affirme-t-il, tout en reconnaissant que le dernier mot appartiendra aux urnes. Son propos laisse entrevoir une formation traversée par une double exigence : rester fidèle à une tradition politique ancienne tout en cherchant à réinvestir un espace central dans un paysage en recomposition.
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