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Mardi 13 Octobre 2026
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Majorité gouvernementale : de la proximité politique et idéologique à la cohérence programmatique

Le communiqué conjoint publié lundi 12 octobre à Rabat fixe la composition de la majorité issue des législatives du 23 septembre. Le Parti authenticité et modernité, arrivé en tête du scrutin, s'allie à l'Istiqlal, à l'USFP et au PPS pour soutenir le gouvernement que formera Fatima-Zahra El Mansouri, première femme désignée Cheffe du gouvernement par S.M. le Roi Mohammed VI. Cette configuration réunit, autour d'un parti fondé en 2008, les trois formations qui constituaient le cœur de la Koutla démocratique des années 1990. Elle acte aussi la sortie du Rassemblement national des indépendants, présent dans toutes les majorités depuis 2013 et pivot de la coalition sortante. Le politologue Rachid Lazrak y voit l'amorce d'un «bloc moderniste» face à une opposition renforcée.

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Dans un communiqué conjoint publié lundi 12 octobre, le Parti authenticité et modernité (PAM), le Parti de l’Istiqlal, l’Union socialiste des forces populaires (USFP) et le Parti du progrès et du socialisme (PPS) ont annoncé leur accord pour former une coalition de quatre partis. Le texte, qui met fin ainsi à plusieurs jours de suspense fébrile, tient en quelques paragraphes, mais il redessine la carte partisane du Royaume. En annonçant leur accord pour «former une coalition de quatre partis», le PAM, l'Istiqlal, l'USFP et le PPS referment les deux rounds de consultations conduits par la Cheffe du gouvernement désignée et ouvrent deux chantiers, la proposition des futurs ministres et l'élaboration du programme gouvernemental, que les partenaires entendent finaliser «dans les meilleurs délais».

Les signataires justifient leur choix par leur «proximité politique et idéologique» et par leur adhésion à «une vision réformatrice commune». Ils disent avoir tenu compte des «enseignements tirés des précédentes expériences gouvernementales», sans préciser lesquels. La formule mérite d'être prise au mot, car la nouvelle majorité rompt avec la coalition sortante sur deux points précis, la liste de ses membres et leur nombre.

Trois héritiers de la Koutla autour d'un parti né en 2008

L'Istiqlal, l'USFP et le PPS ne se retrouvent pas pour la première fois dans un même bloc. Dans les années 1970, la Koutla nationale réunissait l'Istiqlal, l'UNFP puis l'USFP dans une coalition d'opposition structurée autour d'un projet politique commun. Dans les années 1990, la Koutla démocratique s’est élargi en intégrant le PPS et l'Organisation de l'action démocratique et populaire. Sa raison d'être était idéologique avant d'être gouvernementale. L'USFP a ensuite conduit le gouvernement d'alternance de 1998 avant de s'institutionnaliser progressivement.

Pour le quatrième (et principal) acteur de cette coalition, l’histoire est tout autre. Fondé en 2008, le PAM est le plus récent des partis appelés au gouvernement depuis 2011. Son positionnement moderniste, sa base urbaine et sa culture organisationnelle le distinguent de ses trois alliés. Deuxième force en 2021 avec 87 sièges, il occupait une position pivot dans la coalition conduite par Aziz Akhannouch (2021-2026), où ses relations avec le RNI se sont tendues à l'approche des législatives de 2026. Fort de son score électoral lors des dernières législatives, il impose les termes du débat pour ainsi dire.

Le communiqué du 12 octobre ne parle ni de Koutla ni de rééquilibrage idéologique. Rachid Lazrak, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel et directeur du Centre nord-africain d'études, de recherches et d'évaluation des politiques publiques, franchit ce pas. Pour lui, l'annonce «dépasse la simple logique des alliances arithmétiques et du partage des portefeuilles ministériels» et s'inscrit dans un rapprochement politique et idéologique entre des partis aux héritages et aux référentiels pourtant différents. Cette alliance, estime-t-il, «ouvre la perspective d'une renaissance de l'esprit de la Koutla démocratique», dans l'optique d'un «bloc moderniste» articulant consolidation du choix démocratique, modernisation de la société et justice sociale. Le véritable défi, nuance-t-il, sera de transformer cette convergence en «une véritable cohérence programmatique» autour de l'éducation, de la compétence, du mérite et de l'égalité des chances.

Quatre, quatre, six, trois, puis de nouveau quatre

Depuis la Constitution de 2011, qui a lié la formation du gouvernement au résultat des urnes, le Maroc a connu quatre coalitions. Benkirane I (novembre 2011 à juillet 2013) réunissait quatre partis, le PJD, l'Istiqlal, le MP et le PPS, pour 217 sièges sur 395 à la Chambre des représentants. Après le retrait de l'Istiqlal, Benkirane II (octobre 2013 à avril 2017) a conservé le format à quatre, le RNI prenant la place laissée vacante. La coalition El Othmani (avril 2017 à octobre 2021) comprenait six partis, PJD, RNI, MP, USFP, UC et PPS, avec 39 portefeuilles ministériels. La coalition Akhannouch (octobre 2021 à septembre 2026) est redescendue à trois, RNI, PAM et Istiqlal, avec 270 sièges.

La nouvelle majorité revient donc au format des deux gouvernements Benkirane. Or le nombre de partenaires n'est pas une donnée neutre. Chaque partenaire supplémentaire ajoute un acteur capable de bloquer une décision, ce que le spécialiste de politique comparée et des institutions politiques, George Tsebelis, appelle un joueur de veto. La coalition El Othmani, à six partis et avec une majorité confortable, a connu la dissidence parlementaire et médiatique la plus visible de la période, ce que les politologues anglosaxons spécialistes de la formation des majorités, Lanny Martin et Georg Vanberg, observent dans toutes les coalitions élargies, où la coordination parlementaire se complique.

Le nombre ne suffit pourtant pas à tout expliquer. Benkirane I, quadripartite et idéologiquement hétérogène, du PJD au PPS en passant par l'Istiqlal et le MP, est restée relativement cohésive pendant près de deux ans. À l'inverse, la coalition Akhannouch, tripartite et composée de trois partis d'ancrage libéral et moderniste, a vu ses tensions croître à mesure que l'échéance de 2026 approchait. La proximité idéologique, loin de garantir l'entente, nourrit la compétition entre formations qui se disputent le même électorat. La nouvelle majorité, qui revendique précisément cette proximité, hérite de cette donnée.

Le RNI quitte la majorité après treize ans

Le grand absent du communiqué est le Rassemblement national des indépendants. Fondé en 1978, parti libéral et technocratique longtemps considéré comme proche des cercles du pouvoir, le RNI est entré au gouvernement en octobre 2013, à la faveur du remaniement qui a suivi le départ de l'Istiqlal de la coalition Benkirane. Il est resté dans la majorité El Othmani avant de remporter les législatives du 8 septembre 2021 avec 102 sièges et de prendre la direction de l'Exécutif. De partenaire puissant mais subordonné, il était devenu le pivot de la coalition sortante.

Le communiqué du 12 octobre ne le cite pas, ni pour expliquer son absence ni pour la commenter. Non membre de la majorité, le RNI est appelé à siéger dans l'opposition, une position qu'il n'a plus occupée depuis la première coalition Benkirane. Pour la première fois depuis 2013, le parti qui dirigeait le gouvernement se retrouve hors de la majorité au lendemain d'un scrutin, et c'est son ancien partenaire, le PAM, qui prend la tête de la nouvelle majorité.

Rachid Lazrak tire de ce basculement une conséquence directe pour le futur gouvernement. Celui-ci devra, selon lui, faire face à «une opposition parlementaire dont le poids politique se trouve renforcé par l'arrivée du RNI dans ses rangs», aux côtés du PJD et des autres formations qui la composent, malgré leurs divergences. Le politologue y voit une chance pour les institutions : cette configuration «pourrait insuffler une dynamique renouvelée aux rapports entre majorité et opposition, renforcer les mécanismes de contrôle et de reddition des comptes au Parlement» et soumettre chaque jour la coalition «à l'épreuve de la cohésion et de l'efficacité».

La viabilité des coalitions selon les sciences politiques

Combien de partis faut-il pour gouverner ? Un politologue américain, William Riker (connu pour son application de la théorie des jeux et plus généralement des mathématiques pures aux sciences politiques), a répondu dès 1962 par une règle d'arithmétique pure. Des acteurs rationnels forment la coalition «minimale gagnante», la plus petite qui suffise à obtenir la majorité, parce que chaque partenaire en moins laisse plus de portefeuilles à partager. Benkirane I, avec ses 217 sièges sur 395, en était l'illustration parfaite : juste assez de partis pour franchir la barre, pas un de plus. À ce compte, un quatrième allié ne se justifie que s'il est indispensable au décompte des voix.

Dix ans plus tard, le politologue Robert Axelrod (président de l’American Political Science Association) a ajouté une condition : la coalition la plus probable est la minimale gagnante formée de partis voisins sur l'axe idéologique. C'est la logique du trio Akhannouch, trois partis libéraux et modernistes assemblés en quelques semaines. Le sociologue Abram De Swaan est allé plus loin en renversant la hiérarchie des motifs : les partis entrent au gouvernement d'abord pour faire appliquer leurs orientations, les postes n'étant qu'un moyen. Le communiqué du 12 octobre, qui ne mentionne aucun chiffre de sièges et fonde le choix des partenaires sur leur «proximité politique et idéologique» et sur «l'intérêt supérieur du pays», s'inscrit dans ce troisième registre.

Reste que la règle de Riker est plus souvent démentie que vérifiée. Les auteurs de recherches sur le «Gouvernement multipartite : la politique des coalitions en Europe», Michael Laver et Norman Schofield, ont mesuré qu'un tiers seulement des coalitions nationales formées en Europe occidentale depuis 1945 sont minimales gagnantes, et que deux partis proches forment des alliances plus stables que deux partis divergents disposant pourtant d'une majorité arithmétique plus large. Wolfgang Müller et Kaare Strøm (auteurs de l’étude «Les gouvernements de coalition en Europe occidentale») expliquent pourquoi l'affinité ne règle pas tout : chaque parti de coalition rend des comptes à la fois à ses électeurs, à ses militants, à ses partenaires et au Parlement, et ce qui satisfait les uns déçoit les autres.

Un guide pratique destiné aux partis en tire une recommandation : fixer les procédures de règlement des différends dans un accord écrit, avant que le besoin ne s'en fasse sentir. Les quatre majorités précédentes l'ont fait sous la forme d'une charte de majorité. Celle-ci ne figure pas, à ce stade, parmi les chantiers annoncés par la nouvelle coalition dirigée par le PAM. Pour l'heure, les quatre partis s'engagent à proposer des personnalités réunissant «compétence, sens politique, intégrité et probité» et à rédiger un programme traduisant leurs orientations en engagements pour les cinq prochaines années. La répartition des portefeuilles reste à déterminer. Rachid Lazrak fixe déjà la mesure de la réussite : elle ne se jugera pas seulement à la stabilité politique, mais à l'aptitude de la majorité «à passer d'une modernité des symboles à une modernité des politiques publiques et des institutions».
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