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Maroc-Sénégal : Ousmane Sonko appelle à dépasser les «excès émotionnels» liées à la CAN et à relancer la coopération entre Rabat et Dakar

«L’objet de ma venue au Maroc, c’est aussi d'exprimer au peuple marocain frère toute l’amitié et l’affection inconditionnelles du peuple sénégalais. Cette rencontre est destinée à replacer cette amitié au cœur des politiques publiques, à redynamiser notre partenariat et à doter nos gouvernements d’une Feuille de route claire», a déclaré lundi à Rabat le Premier ministre sénégalais. Ousmane Sonko, qui n’a pas éludé les incidents regrettables survenus lors de la finale de la CAN et qui ont «mis à l’épreuve l’intensité de deux passions nationales», a souligné que sur le plan économique les deux pays pouvaient mieux faire. «Faire mieux, c’est également travailler à plus d’équité dans les relations commerciales. Une coopération n’est, en effet, viable que si chaque partie reçoit, en contrepartie de ce qu’elle apporte, une valeur équivalente».

En visite de travail au Maroc à l’occasion de la 15ᵉ session de la Grande Commission mixte de coopération Sénégal-Maroc, le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, a livré un discours à forte portée politique, soulignant la solidité du lien entre les deux peuples et appelant à franchir un nouveau cap dans la relation bilatérale. Plus qu’une simple séquence diplomatique de circonstance, cette rencontre, a-t-il insisté, doit constituer un moment de «reconfirmation» et de «refondation» du partenariat Rabat-Dakar, dans un contexte marqué, ces derniers jours, par une charge émotionnelle liée à des débordements observés en marge d’événements sportifs.



Sans minimiser les tensions, Ousmane Sonko a tenu à écarter toute lecture politique ou culturelle des incidents survenus dans le sillage de la finale de la CAN 2025. Pour lui, ces incidents relèvent davantage «d’excès émotionnels» que d’une rupture entre deux nations dont les relations dépassent largement l’actualité sportive. L’enjeu de cette visite, a-t-il insisté, n’est pas d’ «apaiser», mais de réaffirmer que l’amitié sénégalo-marocaine demeure intacte et doit se traduire par des choix politiques plus structurants.

«La visite de travail que je conduis ici, en terre amie marocaine, est un moment politique majeur, et non une simple séquence post-CAN à laquelle elle est antérieure dans sa conception. Elle intervient dans un contexte chargé d’émotions sportives, de débordements regrettés et d’images parfois douloureuses pour deux peuples profondément liés. Mais précisément, sa portée historique réside dans la capacité de deux États frères à ne pas laisser l’émotion surplomber le sens des décisions. Sous ce rapport, ce déplacement ne vise pas à calmer : il vise à affirmer, à réaffirmer. La CAN n’a pas divisé deux peuples, elle a éprouvé leur lien. Elle n’a pas opposé le Sénégal et le Maroc ; elle a mis à l’épreuve l’intensité de deux passions nationales dans un espace commun. Les dérapages observés, ici ou là, ne doivent être ni niés ni dramatisés. Ils doivent être requalifiés comme des excès émotionnels produits par la ferveur, et non comme des fractures politiques ou culturelles», a-t-il affirmé.



Plus que de clore un incident, les travaux la 15ᵉ session de la Grande Commission mixte de coopération doivent, selon M. Sonko, sceller un avenir commun et réaffirmer que «l’amitié sénégalo-marocaine est plus forte que l’émotion du moment» et que les «deux peuples frères peuvent traverser l’intensité sans se diviser».

Sonko veut une coopération «plus dense» et une relation commerciale mieux équilibrée

Au cœur de son intervention, le premier ministre sénégalais a ainsi défendu une vision plus ambitieuse de la coopération, fondée sur une communauté d’intérêts et un partenariat jugé essentiel à la trajectoire de transformation du Sénégal. Il a rappelé que le cadre juridique des relations bilatérales était déjà dense et devrait encore s’élargir, avec un ensemble de nouveaux accords venant s’ajouter à plus de 130 instruments de coopération existants.

Dans ce sens, le haut responsable sénégalais a placé cette relance dans la dynamique de «Sénégal 2050», présenté comme une feuille de route nationale pour les 25 prochaines années, axée sur une économie compétitive, le renforcement du capital humain, l’équité sociale, l’aménagement durable, la bonne gouvernance et l’engagement africain. Il a insisté sur la dimension sociale de ce programme, qui vise à réduire les inégalités et renforcer la cohésion nationale, tout en affirmant compter sur des partenaires historiques comme le Maroc pour accompagner cette transformation.

Mais le message le plus marquant du Chef du gouvernement sénégalais reste son appel à davantage d’équité dans les échanges économiques. Tout en saluant l’apport des entreprises marocaines installées au Sénégal – dont la banque, les assurances, l’agroalimentaire, les BTP, les mines, l’industrie pharmaceutique ou encore l’énergie – il a insisté sur la nécessité d’un accès plus réciproque aux opportunités économiques. Le Sénégal, a-t-il rappelé, constitue un marché ouvert pour les entreprises marocaines, les opérateurs sénégalais doivent pouvoir accéder, dans des conditions similaires, au marché marocain. «Notre coopération économique et commerciale est très dynamique. Mais nous pouvons faire mieux. Faire mieux, c’est également travailler à plus d’équité dans les relations commerciales. Une coopération n’est, en effet, viable que si chaque partie reçoit, en contrepartie de ce qu’elle apporte, une valeur équivalente. (...) Les déséquilibres notés dans les différents domaines de coopération sont préjudiciables, sur le long terme, à la qualité de nos échanges. Et indépendamment de toute recherche de responsabilité, nous devons discuter des causes de ces distorsions et envisager, ensemble, les solutions pouvant les traiter. Je sais que vous en êtes conscients. Notre responsabilité, à nous politiques, c’est de travailler à la prospérité de nos États», a-t-il insisté.

Dans cette perspective, Ousmane Sonko a présenté le Forum économique prévu ce mardi à Casablanca comme un cadre décisif pour aborder ces enjeux et corriger, selon ses termes, les déséquilibres susceptibles d’affaiblir la coopération sur le long terme. Au-delà du volet commercial, le Premier ministre sénégalais a également attiré l’attention sur les conditions de circulation et d’établissement des ressortissants marocains et sénégalais dans les deux pays. Il a reconnu les efforts déjà entrepris, tout en appelant à des règles plus claires et à des principes partagés afin de faciliter l’intégration des communautés et renforcer les liens humains, pilier historique de la relation bilatérale. Dans son intervention, M. Ousmane Sonko a conclu en réaffirmant la volonté du Sénégal d’élargir la coopération avec le Maroc dans l’esprit des liens culturels, spirituels et historiques unissant les deux peuples.

Aziz Akhannouch salue une relation «ancrée dans l’histoire» et appelle à une nouvelle dynamique économique

Pour sa part, le Chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch, a insisté sur la profondeur historique des relations maroco-sénégalaises, qualifiées d’anciennes et solidement enracinées dans des dimensions humaines, économiques et spirituelles. Il a rappelé que cette relation s’était construite au fil des siècles grâce aux routes commerciales historiques reliant le Maroc à sa profondeur africaine, et grâce à la dimension religieuse et soufie, notamment liée à la Tijaniya, qui a consolidé la proximité entre les deux sociétés.
M. Akhannouch a également mis en avant la densité du cadre juridique bilatéral, affirmant qu’il comprenait plus de 140 accords de coopération. Il a rappelé, dans ce sens, les huit visites effectuées par Sa Majesté le Roi Mohammed VI au Sénégal, qu’il a présentées comme un marqueur politique fort de la centralité de ce partenariat. Reconnaissant la nécessité d’adapter les accords existants aux mutations actuelles, le Chef du gouvernement marocain a estimé que le rythme accéléré de la coopération et le contexte international imposaient de renforcer et moderniser les instruments juridiques déjà en place. Il a défendu l’idée d’insuffler une nouvelle dynamique, en particulier au profit du secteur privé des deux pays, appelé à jouer un rôle plus actif dans l’investissement, le commerce et l’expansion économique bilatérale.

Sahel, Atlantique et intégration africaine : Rabat met en avant ses initiatives régionales

Sur le plan stratégique, Aziz Akhannouch a élargi son propos aux défis régionaux, notamment ceux du Sahel et de l’espace atlantique africain. Tout en décrivant l’Afrique comme une «source d’optimisme», il a souligné l’importance d’une vision commune accélérant l’intégration africaine et répondant aux défis géostratégiques par une approche solidaire. Il a surtout mis en avant plusieurs initiatives portées par S.M. le Roi Mohammed VI, destinées à structurer la coopération régionale. Parmi elles figure l’initiative visant à faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique, présentée comme un prolongement de la solidarité marocaine envers les États africains.
Le Chef du gouvernement marocain a également évoqué «l’Initiative atlantique», conçue comme un cadre de croissance partagée et de stabilité, autour de secteurs stratégiques tels que l’environnement, la sécurité alimentaire, la santé, l’énergie et la connectivité logistique. Autre projet structurant cité : le gazoduc africain atlantique reliant le Nigeria au Maroc, symbole de la coopération Sud–Sud, dans lequel le Sénégal est appelé à jouer un rôle jugé «central».

Le Sahara et le soutien diplomatique du Sénégal : un message politique assumé

Dans un passage explicite, Aziz Akhannouch a salué le soutien du Sénégal, dans les enceintes continentales et internationales, à la «cause nationale» du Maroc. Il a remercié Dakar pour son appui à la souveraineté marocaine sur le Sahara, ainsi qu’à l’initiative d’autonomie, citant le Conseil de sécurité comme cadre international de référence. Le Chef du gouvernement marocain a également consacré une partie de son discours à la place du sport dans la stratégie marocaine, le présentant comme un levier de rapprochement entre les peuples, mais aussi comme un outil de développement humain et économique. Il a évoqué la dernière Coupe d’Afrique des nations accueillie par le Maroc comme un moment révélateur du «bond qualitatif» du Royaume, avant de mettre en avant l’organisation de la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal comme une opportunité d’illustrer les capacités du continent africain à accueillir de grands rendez-vous mondiaux. Enfin, M. Akhannouch a salué le rôle des communautés marocaines au Sénégal et sénégalaise au Maroc, présentées comme des passerelles vivantes de cette relation bilatérale, avant de réaffirmer l’engagement du Royaume à renforcer le partenariat stratégique avec Dakar.

Une volonté commune de relancer la coopération sur des bases plus structurées

Au-delà du protocole, la 15ᵉ session de la Grande Commission mixte a mis en évidence la volonté claire de Rabat et Dakar d’élever la coopération à un niveau plus opérationnel, plus économique et plus stratégique. D’un côté, Ousmane Sonko a insisté sur l’impératif d’une relation plus équilibrée et plus bénéfique aux deux économies, en mettant l’accent sur la réciprocité et la mobilité des personnes. De l’autre, Aziz Akhannouch a défendu une lecture fondée sur la continuité historique du partenariat, tout en proposant de l’arrimer davantage à la dynamique d’intégration régionale, aux grands projets structurants et à une coopération renouvelée avec le secteur privé.

Entre un discours sénégalais tourné vers la refondation, l’équité économique et la protection du lien populaire, et une prise de parole marocaine axée sur la profondeur historique, l’intégration régionale et les grands chantiers stratégiques, la Grande Commission mixte Maroc-Sénégal s’annonce comme un rendez-vous de relance. Les deux Chefs de gouvernement ont, en tout cas, donné le ton : consolider l’amitié, mais surtout lui donner une traduction concrète, à travers les 17 accords ratifiés lors de cette rencontre ayant trait à divers domaines, notamment l’éducation, le transport, l’industrie et le commerce et les PME.
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