Cinq cent vingt-quatre. C’est le nombre de migrants morts ou portés disparus après avoir tenté la traversée de l’Afrique du Nord vers l’Europe au cours des six premières semaines de 2026. Un bilan qui fait de ce début d’année le plus meurtrier depuis 2014, selon les données de la Matrice de suivi des déplacements de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Derrière ce chiffre, des embarcations de fortune avalées par l’Atlantique, des corps que la mer ne rendra jamais, des familles sans nouvelles et des naufrages que personne n’a filmés. Car ces statistiques, prévient l’OIM, «sont des minimums». «Le total réel est plus élevé en raison des naufrages invisibles et des cas non vérifiables ou non déclarés». C’est ce qui a été exposé, du 24 au 26 mars, lors d’un «atelier de formation des journalistes» organisé par l’Organisation internationale du travail (OIT) et le Réseau marocain des journalistes des migrations (RMJM), avec la participation du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations. Cette formation à destination des journalistes a porté essentiellement sur les discours et les narratifs liés à la migration, avec un focus particulier sur la migration de main-d’œuvre.
Deux routes, deux dynamiques, une même hécatombe
L’année 2025 s’est achevée sur des tendances divergentes, mais également meurtrières. Sur la route atlantique ouest-africaine menant aux Îles Canaries, 75.788 arrivées ont été enregistrées, en hausse de 14% par rapport à 2024. Sur la route de la Méditerranée occidentale vers l’Espagne continentale, le mouvement inverse s’est produit : 18.987 arrivées, dont 15.137 par mer et 3.850 par terre, soit une baisse de 62% par rapport à l’année précédente. Depuis le début de 2026, les chiffres provisoires font état de 4.272 arrivées sur la route méditerranéenne et de 1.334 sur la route atlantique.
Le bilan humain reste effroyable sur les deux axes. En 2025, 1.215 migrants ont été portés disparus sur la route atlantique, contre 1.172 l’année précédente, soit une hausse de 3,5%. Sur la Méditerranée occidentale, 572 disparitions ont été recensées contre 483 en 2024, soit une augmentation de 15,6%. Rabab Talal, responsable communication et information publique au UNHCR, insiste sur un point essentiel : «Certaines routes migratoires comportent des risques importants, parfois invisibles dans les récits médiatiques».
Le bilan humain reste effroyable sur les deux axes. En 2025, 1.215 migrants ont été portés disparus sur la route atlantique, contre 1.172 l’année précédente, soit une hausse de 3,5%. Sur la Méditerranée occidentale, 572 disparitions ont été recensées contre 483 en 2024, soit une augmentation de 15,6%. Rabab Talal, responsable communication et information publique au UNHCR, insiste sur un point essentiel : «Certaines routes migratoires comportent des risques importants, parfois invisibles dans les récits médiatiques».
74% des migrants victimes de violences sur les routes
Les données de l’OIM sur les vulnérabilités liées aux exploitations et aux abus révèlent des niveaux de violence systémiques. Sur la route de la Méditerranée occidentale, 74% des migrants interrogés ont subi au moins une forme de violence, d’exploitation ou d’abus. Sur la route atlantique, ce chiffre atteint 41%. Les formes d’exaction sont multiples : travail forcé ou non rémunéré, séquestration et violence physique, tromperie sur les conditions du voyage, confiscation de documents, mariage forcé ou voyage contraint.
La dimension genrée de ces violences est particulièrement alarmante. Selon les enquêtes de l’OIM, 87,4% des femmes migrantes ont subi des violences basées sur le genre au cours de leur vie, et 76,2% durant le parcours migratoire lui-même. Violences sexuelles et domestiques, traite des êtres humains, exploitation économique, mariage forcé et mutilations génitales féminines composent un spectre d’exactions aggravé par l’isolement, l’absence de statut légal et les difficultés d’accès aux services et à la justice. Des réalités que Meryem Massaia, responsable communication à l’OIM, décrit comme des «vulnérabilités multiples, souvent invisibles dans les récits médiatiques».
La dimension genrée de ces violences est particulièrement alarmante. Selon les enquêtes de l’OIM, 87,4% des femmes migrantes ont subi des violences basées sur le genre au cours de leur vie, et 76,2% durant le parcours migratoire lui-même. Violences sexuelles et domestiques, traite des êtres humains, exploitation économique, mariage forcé et mutilations génitales féminines composent un spectre d’exactions aggravé par l’isolement, l’absence de statut légal et les difficultés d’accès aux services et à la justice. Des réalités que Meryem Massaia, responsable communication à l’OIM, décrit comme des «vulnérabilités multiples, souvent invisibles dans les récits médiatiques».
Le profil des migrants : loin des clichés médiatiques
Dans ce cadre, un rappel a été fait du Recensement général de la population et de l’habitat de 2024 qui livre un portrait des 148.152 migrants internationaux au Maroc qui tranche avec les représentations dominantes. La population migrante se compose de 56% d’hommes et 44% de femmes. La tranche des 15-64 ans représente 80,1%, les moins de 15 ans 13,9% et les plus de 65 ans 6%. Seulement 20,8% déclarent n’avoir aucune éducation, ce qui signifie que la grande majorité dispose d’un niveau d’instruction significatif.
Les parcours migratoires sont tout aussi diversifiés que les profils. Migration de travail, migration estudiantine, migration de transit, demande d’asile, retour volontaire et réintégration : autant de réalités qui coexistent sur le territoire marocain et que la couverture médiatique tend à réduire à une seule dimension. L’étude du Réseau marocain des journalistes des migrations confirme ce biais : 72% de la couverture médiatique analysée porte exclusivement sur la migration irrégulière, tandis que la migration régulière ne représente que 3% des articles et l’asile à peine 2%. La voix des migrants eux-mêmes est quasiment absente : moins de 3% des sources citées dans les médias marocains.
Les parcours migratoires sont tout aussi diversifiés que les profils. Migration de travail, migration estudiantine, migration de transit, demande d’asile, retour volontaire et réintégration : autant de réalités qui coexistent sur le territoire marocain et que la couverture médiatique tend à réduire à une seule dimension. L’étude du Réseau marocain des journalistes des migrations confirme ce biais : 72% de la couverture médiatique analysée porte exclusivement sur la migration irrégulière, tandis que la migration régulière ne représente que 3% des articles et l’asile à peine 2%. La voix des migrants eux-mêmes est quasiment absente : moins de 3% des sources citées dans les médias marocains.
Retour volontaire : 2.808 migrants assistés en 2025
Face à ces réalités, l’OIM déploie des programmes d’assistance au retour volontaire et de réintégration qui constituent l’autre versant, moins médiatisé, des dynamiques migratoires au Maroc. En 2025, 2.808 migrants ont été assistés, en provenance de 31 pays d’origine. Les cinq premières nationalités concernées sont la Côte d’Ivoire (753 personnes), le Sénégal (504), la Guinée (478), la Gambie (305) et le Mali (195). Parmi les bénéficiaires, on compte 1.716 hommes, 761 femmes et 331 enfants. L’assistance comprend le voyage, la documentation, un soutien économique et social, et une aide à la réintégration dans le pays d’origine.
La question concerne également les Marocains eux-mêmes. En 2025, 1.565 Marocains ont été accompagnés dans leur retour, principalement depuis la Turquie (1.421), les Pays-Bas (40), l’Allemagne (24), la Belgique (20) et la Grèce (14). Le profil de ces migrants revenus est significatif : 95% d’hommes et 85% de jeunes de 18 à 35 ans. Parmi eux, 461 ont bénéficié d’aides financières directes et 72 ont été accompagnés dans la création d’activités génératrices de revenus. Ces chiffres rappellent que le Maroc demeure un pays de forte émigration : la diaspora marocaine est estimée à 4,5 millions de personnes, dont 1,2 million en France, 550.000 en Espagne et 380.000 en Italie.
La question concerne également les Marocains eux-mêmes. En 2025, 1.565 Marocains ont été accompagnés dans leur retour, principalement depuis la Turquie (1.421), les Pays-Bas (40), l’Allemagne (24), la Belgique (20) et la Grèce (14). Le profil de ces migrants revenus est significatif : 95% d’hommes et 85% de jeunes de 18 à 35 ans. Parmi eux, 461 ont bénéficié d’aides financières directes et 72 ont été accompagnés dans la création d’activités génératrices de revenus. Ces chiffres rappellent que le Maroc demeure un pays de forte émigration : la diaspora marocaine est estimée à 4,5 millions de personnes, dont 1,2 million en France, 550.000 en Espagne et 380.000 en Italie.
Réfugiés : entre avancées institutionnelles et obstacles persistants
Du côté du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, les données présentées par Sarah Mokadader, chargée de l’unité des relations extérieure, et Rabab Talal de l’OIM témoignent d’avancées réelles dans le dispositif d’asile au Maroc. Au cours des cinq dernières années, le HCR a enregistré environ 25.000 nouveaux demandeurs d’asile, reconnu quelque 5.600 réfugiés, délivré plus de 105.000 certificats aux demandeurs d’asile et réfugiés, et conseillé plus de 100.000 personnes. Le nombre de programmations d’audiences devant le Bureau des réfugiés et apatrides (BRA) a triplé, passant de 189 réfugiés reconnus en 2023 à 660 en 2025, et la validité de la carte du BRA a été prolongée de un à trois ans.
Mais les obstacles demeurent considérables. L’absence de loi nationale sur l’asile intégrant la définition, les droits et les procédures d’obtention du statut reste le principal écueil. Seuls 4 réfugiés sur 10 ont un emploi, principalement précaire, et les femmes ne représentent que 20% des personnes employées. Plus de 8 réfugiés sur 10 ne bénéficient d’aucune prestation sociale, même avec un permis de séjour valide. Moins de 15% disposent d’un contrat ou d’une couverture sociale, et moins de 1% sont inscrits dans les registres sociaux marocains. Dans ce contexte, la campagne de sensibilisation portée par les syndicats et relayée par les médias prend tout son sens : sans pression sociale et médiatique, l’écart entre les engagements du Maroc et la réalité vécue par les travailleurs migrants risque de se creuser davantage.
Mais les obstacles demeurent considérables. L’absence de loi nationale sur l’asile intégrant la définition, les droits et les procédures d’obtention du statut reste le principal écueil. Seuls 4 réfugiés sur 10 ont un emploi, principalement précaire, et les femmes ne représentent que 20% des personnes employées. Plus de 8 réfugiés sur 10 ne bénéficient d’aucune prestation sociale, même avec un permis de séjour valide. Moins de 15% disposent d’un contrat ou d’une couverture sociale, et moins de 1% sont inscrits dans les registres sociaux marocains. Dans ce contexte, la campagne de sensibilisation portée par les syndicats et relayée par les médias prend tout son sens : sans pression sociale et médiatique, l’écart entre les engagements du Maroc et la réalité vécue par les travailleurs migrants risque de se creuser davantage.
