Menu
Search
Lundi 16 Février 2026
S'abonner
close
Lundi 16 Février 2026
Menu
Search

Mondial 2030 : le Maroc, l’Espagne et le Portugal se rêvent en destination sans frontières

Comment faire en sorte que la Coupe du monde 2030 ne soit pas qu'un feu de paille ? C'est la question centrale qui a animé le panel «Tourisme et divertissement» du Forum d'affaires Maroc-Espagne-Portugal, tenu la semaine passée au Complexe Mohammed VI de Salé. Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tourisme, Younes Boumahdi, vice-président de la Fédération des industries culturelles et créatives, et Pau Abelló, directeur général senior du groupe espagnol Roca, ont livré leur feuille de route pour transformer un mois de compétition en deux décennies de prospérité partagée. Leur credo : ne pas attendre 2030. Les premiers résultats sont déjà là, avec une hausse de 12% des arrivées de touristes espagnols dès 2024.

No Image
La crainte est sur toutes les lèvres, même si elle se dit à demi-mot. Que restera-t-il du Mondial 2030 une fois le coup de sifflet final donné ? «Il existe, dans l'inconscient collectif, une crainte légitime : celle que cet événement ne demeure qu'un temps fort ponctuel, sans héritage durable», a interpellé Hamid Bentahar, président de la Confédération nationale du tourisme (CNT). Cette inquiétude, les professionnels du tourisme, de la culture et de l'industrie réunis en début de semaine au Forum de Salé sur la Mondial 2030 entendent bien la dissiper. Non par des promesses, mais par des actes. Et ces actes, ils sont déjà engagés.

Le Mondial commence maintenant

La CNT n'a pas attendu 2030 pour passer à l'offensive. Dès 2024, la Confédération a invité au Maroc l'ensemble du congrès des agents de voyages espagnols. Le résultat a été immédiat : une progression de 12% des arrivées de touristes espagnols. «Cela démontre une chose simple mais essentielle : il suffit parfois de se rencontrer, de dialoguer et de créer des occasions d'échange pour générer des résultats tangibles», a souligné Hamid Bentahar.



Cette année, l'opération est dupliquée avec les agents de voyages portugais. Mieux encore, des startups marocaines de la travel tech participeront prochainement à des compétitions organisées au Portugal, pour proposer des solutions innovantes aux défis du secteur. La prochaine étape concernera les hôteliers et les fédérations professionnelles des deux pays ibériques. Le signal le plus révélateur de cette mobilisation anticipée vient des salons internationaux. Au FITUR de Madrid, le nombre de professionnels marocains présents est passé de 100 à plus de 300 cette année. «Les opérateurs marocains sont conscients des enjeux, déjà en action, déjà projetés vers 2030», a observé le président de la CNT.

Le piège du pic spectaculaire

Younes Boumahdi, vice-président de la Fédération des industries culturelles et créatives (FICC), a replacé ces initiatives dans une perspective plus large. Pour lui, le principal écueil des méga-événements est bien identifié : «Leur piège est de générer un pic spectaculaire... suivi d'une retombée brutale». Face à ce risque, le Maroc fait un pari inverse : «Transformer ce pic en palier, en socle durable de développement touristique, culturel et créatif».
Le vice-président de la FICC a décliné sa vision en trois temps. Avant 2030, il s'agit de construire des parcours culturels intégrés, car «le touriste contemporain ne se contente plus d'une liste de monuments à visiter. Il recherche une histoire, une narration, une immersion». Pendant la compétition, l'enjeu sera de créer de la valeur au-delà des 90 minutes de jeu. «La valeur se crée avant le match, après le match, le soir, le lendemain, et surtout au moment où le visiteur décide de prolonger son séjour... ou de partir», a-t-il analysé. Après 2030 enfin, viendra la phase décisive : transformer les infrastructures en industries pérennes.

Un stade qui vit est un stade qui rapporte

Sur ce dernier point, Younes Boumahdi a été catégorique : «Un stade qui vit uniquement des matchs est un centre de coûts. Un stade qui accueille concerts, spectacles, événements culturels et créatifs devient un générateur de richesse, d'emplois et de rayonnement, tout au long de l'année». Cette vision trouve un écho concret dans l'intervention de Pau Abelló, directeur général senior du groupe Roca. Le géant espagnol de l'équipement sanitaire, implanté au Maroc depuis plus de 30 ans avec son usine de Settat, dispose également de sept sites de production au Portugal. Plusieurs stades de référence évoqués lors du forum – El Sadar, le Metropolitano de Madrid, le Spotify Camp Nou de Barcelone – sont intégralement équipés par Roca.



«Des milliers de lavabos, d'infrastructures sanitaires, de robinetteries thermostatiques, conçus pour supporter une utilisation massive, continue et exigeante», a détaillé le dirigeant espagnol. La technologie a pris le relais de la simple robustesse industrielle : les équipements intègrent désormais des composants électroniques intelligents, connectés à une plateforme baptisée Roca Connect. Celle-ci permet aux exploitants de piloter en temps réel la consommation d'eau, la maintenance préventive et la détection des anomalies. «Cette couche digitale améliore considérablement la durabilité et l'optimisation des coûts d'exploitation», a précisé Pau Abelló.

La Méditerranée en ligne de mire

Hamid Bentahar a élargi la focale au bassin méditerranéen, «premier bassin touristique mondial avec près de 900 millions de visiteurs». Pour le président de la CNT, «cette Coupe du monde sera la fête de la Méditerranée, une célébration du bassin euro-méditerranéen». Les opportunités maritimes, encore sous-exploitées, figurent en bonne place dans sa feuille de route. Croisières, yachts, superyachts : les visiteurs fortunés viendront aussi par la mer. «Le Maroc dispose aujourd'hui d'une infrastructure de marinas en plein développement, aussi bien sur la Méditerranée que sur l'Atlantique», a-t-il rappelé. Les agents de voyages portugais se voient d'ailleurs proposer de venir au Maroc par avion ou en combinant train et autres modes de transport, pour explorer ces nouvelles expériences de mobilité.

Les objectifs chiffrés confortent cette ambition. Le Maroc a accueilli près de 20 millions de touristes l'an dernier et vise officiellement 26 millions en 2030. Mais Younes Boumahdi juge ce palier trop modeste : «Avec l'expertise de nos partenaires espagnols et portugais, dont les destinations touristiques sont matures – parfois même saturées –, nous pouvons raisonnablement viser plus de 30 millions de visiteurs».

Le rêve d'un corridor sans frontières

Le vice-président de la FICC a formulé une aspiration qui a traversé l'ensemble des débats : «Je rêve d'un corridor commun, d'un principe simple : un billet, trois pays, une expérience continue, sans rupture ni frontière dans le vécu du visiteur». Concrètement, cela pourrait passer par une mesure aussi simple qu'ambitieuse : permettre aux citoyens européens de voyager vers le Maroc avec une simple carte d'identité. L'impact estimé : une hausse immédiate de 10% du tourisme. «Nous devons dépasser les logiques strictement nationales et imaginer des projets conjoints, des expériences sans couture entre nos trois pays», a renchéri Hamid Bentahar. Cette aspiration s'appuie sur une réalité géographique et historique. Moins de 14 kilomètres séparent les deux rives au détroit de Gibraltar. «Nous sommes reliés par des siècles de circulation humaine, culturelle et économique», a rappelé Younes Boumahdi. Diasporas croisées, imaginaire partagé : les ingrédients d'une destination commune existent déjà.

Les Portugais veulent investir

Hamid Bentahar a relevé un changement de posture significatif chez les partenaires portugais. « qui est nouveau et particulièrement intéressant, c'est qu'ils ne souhaitent plus seulement vendre ou envoyer des touristes : ils veulent investir». Le groupe Pestana a déjà développé des projets hôteliers au Maroc et recherche activement de nouvelles opportunités. D'autres chaînes portugaises et espagnoles suivent la même trajectoire. Le président de la CNT en tire une conclusion opérationnelle : «De notre côté, au Maroc, nous devons libérer les énergies, faciliter l'accès au foncier dans les grandes destinations touristiques et accompagner davantage ces investisseurs.»

La culture comme ciment

Au-delà du tourisme stricto sensu, les intervenants ont plaidé pour une mobilisation des industries culturelles et créatives. «Pourquoi ne pas imaginer des festivals de cinéma ou des événements culturels coorganisés par les trois pays ?» a lancé Hamid Bentahar. «La culture, tout comme le tourisme, est une plateforme de rencontre et de coopération». Pau Abelló a conclu sur une note qui résume l'esprit du forum : «Cette Coupe du monde incarne avant tout l'union de deux continents et de trois pays. C'est, à mes yeux, la plus grande source de satisfaction et de fierté». L'héritage durable, a rappelé Hamid Bentahar, «ne se décrète pas. Il se construit, pas à pas, main dans la main avec nos partenaires espagnols et portugais». À Salé, cette construction a bel et bien commencé.
Lisez nos e-Papers