Le Matin : En mai 2025, Son Altesse Royale la Princesse Lalla Hasnaa a effectué une visite officielle en Azerbaïdjan, en tant que Présidente de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat. Comment avez-vous vécu ce moment en tant que diplomate ?
Ces dernières années, on a assisté à un rapprochement diplomatique fort entre les deux pays. Comment expliquez-vous cela ?
Ce rapprochement s’explique par plusieurs facteurs convergents. D’abord, nos deux pays partagent une identité de nations musulmanes, attachées à la souveraineté territoriale, à la stabilité et au développement. L’Azerbaïdjan et le Maroc entretiennent des relations diplomatiques depuis le 28 août 1992 et ont toujours soutenu mutuellement leurs causes justes au sein des organisations internationales (ONU, OCI, etc.). Ces dernières années, la dynamique s’est accélérée grâce à une vision stratégique commune : diversification économique, transition énergétique, renforcement des liens Sud-Sud et promotion d’un multilatéralisme efficace. Les visites de haut niveau, les commissions mixtes (notamment la deuxième session en novembre 2023 à Rabat), conclusion de plus de 40 accords, dont l’accord d’exemption de visa signé en 2024 (effectif depuis août 2024) ont créé un élan concret. Nos pays se perçoivent comme des partenaires fiables dans un monde en pleine mutation.
Quels sont les principaux axes de coopération et les priorités communes des deux pays ?
Les axes prioritaires de coopération englobent, sur le plan politique et diplomatique, la coordination sur les questions régionales et internationales. Sur le plan économique, la promotion du commerce, des investissements, et de la coopération en matière d’énergie et logistique. Pour ce qui est du volet culturel et humain, il s’agit d’intensifier la coopération dans les domaines de l’éducation, de la jeunesse et du patrimoine. Enfin, la transition verte et climatique est importante dans notre coopération. Nos priorités communes incluent la sécurité alimentaire, le développement durable, la connectivité (transport et logistique), et la valorisation de nos atouts culturels et touristiques.
Sur le plan économique, où en est aujourd’hui le niveau des échanges commerciaux entre les deux pays, et quels secteurs restent encore sous-exploités ?
Les échanges commerciaux connaissent une croissance encourageante : +5% en 2025 par rapport à l’année 2024. Cependant, le volume reste encore modeste par rapport à notre potentiel. Les secteurs sous-exploités incluent l’agriculture et l’agro-industrie (produits marocains et azerbaïdjanais), les phosphates et industries extractives, les technologies de l’information et l’innovation, le textile et l’artisanat (notamment les tapis) ainsi que les énergies renouvelables et les équipements. Mais nous travaillons activement sur un accord de promotion et de protection des investissements pour accélérer cette dynamique.
Le tourisme, l’énergie et la logistique sont souvent évoqués dans les partenariats bilatéraux. Existe-t-il aujourd’hui des projets concrets ou des accords récents dans ces domaines ?
Oui, plusieurs initiatives sont en cours. En matière de tourisme, je cite l’accord d’exemption de visa (2024) qui facilite les voyages. En 2025 plus de 40 agences touristiques du Maroc ont commencé à promouvoir et vendre la destination Azerbaïdjan. Nous encourageons les agences à promouvoir les destinations complémentaires : mer Caspienne et montagnes du Caucase pour les Marocains ; océan Atlantique et villes impériales pour les Azerbaïdjanais. Concernant l’énergie : une coopération avec SOCAR (compagnie nationale pétrolière et gazière de la République d'Azerbaïdjan, NDLR) et des échanges d’expertise dans les hydrocarbures et les renouvelables font l’objet de discussions. L’Azerbaïdjan, avec son expérience dans le corridor gazier sud, peut être un partenaire pour la diversification énergétique du Maroc. Pour ce qui est de la logistique, un accord a été signé en 2023 à l’occasion de la Commission mixte. Les discussions avancent sur l’utilisation des infrastructures azerbaïdjanaises (port de Bakou) dans le cadre des nouvelles routes de la soie et de la connectivité Afrique-Eurasie. Par ailleurs, des projets concrets sont en négociation dans le cadre de la Commission mixte.
Quelles initiatives concrètes permettent aujourd’hui de renforcer les échanges culturels, académiques ou entre jeunes des deux pays ?
Au-delà du cadre institutionnel, pour renforcer les échanges culturels, académiques ou entre jeunes, nous multiplions des initiatives concrètes qui englobent le jumelage éducatif entre écoles de Rabat et de Bakou, lancé lors de la visite de la Princesse Lalla Hasnaa, les échanges universitaires et bourses et les expositions artistiques communes comme celle sur le tapis. Nous promouvons aussi les programmes jeunesse via les fondations (Heydar Aliyev Foundation et ONDE), les festivals culturels et la participation mutuelle à des événements (Salon du Livre, festivals folkloriques). À noter que le jumelage entre Bakou et Rabat est aussi sur la table des discussions. Ces initiatives créent des ponts humains durables.
L’Azerbaïdjan ayant accueilli la COP29 à Bakou. Quel bilan dressez-vous de cet événement ?
La COP29 a été un succès historique pour l’Azerbaïdjan et pour la diplomatie climatique mondiale. Nous avons adopté le «Baku Climate Unity Pact», avec un nouvel objectif de financement climatique (au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 des pays développés vers les pays en développement) et une feuille de route vers 1,3 trillion de dollars. L’accord sur l’article 6 du Paris (marchés carbone) a également été finalisé. L’Azerbaïdjan, en tant que pays producteur d’hydrocarbures en transition verte – notre objectif est d’atteindre 30% d’énergies renouvelables d’ici 2030 – a démontré qu’il était possible de concilier développement économique et ambition climatique. Cet événement a renforcé la voix des pays en développement et du Sud global.
Si vous deviez présenter en quelques mots votre pays, que diriez-vous aux Marocains ?
Je dirais : «L’Azerbaïdjan est un pays de feu et de lumière, où l’ancien et le moderne se rencontrent harmonieusement. Terre de tolérance multiculturelle, de richesses naturelles exceptionnelles (mer Caspienne, Caucase, forêts, vignobles), et d’une jeunesse dynamique et éduquée. Nous sommes un pont entre l’Europe, l’Asie et le monde musulman, fiers de notre patrimoine (tapis, musique mugham, poésie) et de notre renaissance après l’indépendance. Comme le Maroc, nous valorisons l’hospitalité, la famille et le progrès. On vous attend en Azerbaïdjan !»
Depuis votre arrivée au Maroc, qu’est-ce qui vous a le plus marqué, tant sur le plan humain que culturel ?
Sur le plan humain : la générosité et la chaleur du peuple marocain, cette «fraternité» naturelle qui fait qu’on se sent immédiatement chez soi. La spiritualité vivante, l’attachement aux traditions tout en embrassant la modernité. Sur le plan culturel : la richesse incomparable du patrimoine marocain – les médinas, l’artisanat (zellige, tapis, cuisine), la musique et cette capacité unique à synthétiser influences amazighes, arabes et africaines. J’ai été frappé par les similitudes avec l’Azerbaïdjan dans l’art du tapis et la préservation du patrimoine. Le Maroc est un modèle de stabilité et de vision ambitieuse qui inspire beaucoup dans notre région.
Nazim Samadov : Cette visite a été un moment particulièrement émouvant et significatif pour moi en tant que diplomate. La visite en Azerbaïdjan de Son Altesse Royale, en sa qualité de Présidente de la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine culturel de Rabat, sur invitation de S.E. Mme Mehriban Aliyeva, Première Vice-Présidente de la République d’Azerbaïdjan et Présidente de la Fondation Heydar Aliyev, a symbolisé le renforcement des liens culturels profonds entre nos deux nations.
J’ai été impressionné par la chaleur humaine et l’intérêt sincère manifestés par Son Altesse Royale lors de ses visites : l’Allée des Martyrs, l’Allée d’Honneur où elle a déposé une gerbe sur la tombe du leader national Heydar Aliyev, le Festival International du tapis à Bakou (dont elle a été invitée d’honneur), et l’inauguration de l’exposition numérique «L’Art du Tapis de Rabat» au Musée national du tapis d’Azerbaïdjan. Ces moments ont mis en lumière nos patrimoines communs en tant que nations aux riches traditions artisanales et historiques. Cette visite a non seulement consolidé les relations bilatérales, mais elle a également ouvert de nouvelles perspectives de coopération dans le domaine de la préservation du patrimoine culturel et de l’éducation des jeunes. Ce fut un véritable succès diplomatique et culturel.
J’ai été impressionné par la chaleur humaine et l’intérêt sincère manifestés par Son Altesse Royale lors de ses visites : l’Allée des Martyrs, l’Allée d’Honneur où elle a déposé une gerbe sur la tombe du leader national Heydar Aliyev, le Festival International du tapis à Bakou (dont elle a été invitée d’honneur), et l’inauguration de l’exposition numérique «L’Art du Tapis de Rabat» au Musée national du tapis d’Azerbaïdjan. Ces moments ont mis en lumière nos patrimoines communs en tant que nations aux riches traditions artisanales et historiques. Cette visite a non seulement consolidé les relations bilatérales, mais elle a également ouvert de nouvelles perspectives de coopération dans le domaine de la préservation du patrimoine culturel et de l’éducation des jeunes. Ce fut un véritable succès diplomatique et culturel.
Ces dernières années, on a assisté à un rapprochement diplomatique fort entre les deux pays. Comment expliquez-vous cela ?
Ce rapprochement s’explique par plusieurs facteurs convergents. D’abord, nos deux pays partagent une identité de nations musulmanes, attachées à la souveraineté territoriale, à la stabilité et au développement. L’Azerbaïdjan et le Maroc entretiennent des relations diplomatiques depuis le 28 août 1992 et ont toujours soutenu mutuellement leurs causes justes au sein des organisations internationales (ONU, OCI, etc.). Ces dernières années, la dynamique s’est accélérée grâce à une vision stratégique commune : diversification économique, transition énergétique, renforcement des liens Sud-Sud et promotion d’un multilatéralisme efficace. Les visites de haut niveau, les commissions mixtes (notamment la deuxième session en novembre 2023 à Rabat), conclusion de plus de 40 accords, dont l’accord d’exemption de visa signé en 2024 (effectif depuis août 2024) ont créé un élan concret. Nos pays se perçoivent comme des partenaires fiables dans un monde en pleine mutation.
Quels sont les principaux axes de coopération et les priorités communes des deux pays ?
Les axes prioritaires de coopération englobent, sur le plan politique et diplomatique, la coordination sur les questions régionales et internationales. Sur le plan économique, la promotion du commerce, des investissements, et de la coopération en matière d’énergie et logistique. Pour ce qui est du volet culturel et humain, il s’agit d’intensifier la coopération dans les domaines de l’éducation, de la jeunesse et du patrimoine. Enfin, la transition verte et climatique est importante dans notre coopération. Nos priorités communes incluent la sécurité alimentaire, le développement durable, la connectivité (transport et logistique), et la valorisation de nos atouts culturels et touristiques.
Sur le plan économique, où en est aujourd’hui le niveau des échanges commerciaux entre les deux pays, et quels secteurs restent encore sous-exploités ?
Les échanges commerciaux connaissent une croissance encourageante : +5% en 2025 par rapport à l’année 2024. Cependant, le volume reste encore modeste par rapport à notre potentiel. Les secteurs sous-exploités incluent l’agriculture et l’agro-industrie (produits marocains et azerbaïdjanais), les phosphates et industries extractives, les technologies de l’information et l’innovation, le textile et l’artisanat (notamment les tapis) ainsi que les énergies renouvelables et les équipements. Mais nous travaillons activement sur un accord de promotion et de protection des investissements pour accélérer cette dynamique.
Le tourisme, l’énergie et la logistique sont souvent évoqués dans les partenariats bilatéraux. Existe-t-il aujourd’hui des projets concrets ou des accords récents dans ces domaines ?
Oui, plusieurs initiatives sont en cours. En matière de tourisme, je cite l’accord d’exemption de visa (2024) qui facilite les voyages. En 2025 plus de 40 agences touristiques du Maroc ont commencé à promouvoir et vendre la destination Azerbaïdjan. Nous encourageons les agences à promouvoir les destinations complémentaires : mer Caspienne et montagnes du Caucase pour les Marocains ; océan Atlantique et villes impériales pour les Azerbaïdjanais. Concernant l’énergie : une coopération avec SOCAR (compagnie nationale pétrolière et gazière de la République d'Azerbaïdjan, NDLR) et des échanges d’expertise dans les hydrocarbures et les renouvelables font l’objet de discussions. L’Azerbaïdjan, avec son expérience dans le corridor gazier sud, peut être un partenaire pour la diversification énergétique du Maroc. Pour ce qui est de la logistique, un accord a été signé en 2023 à l’occasion de la Commission mixte. Les discussions avancent sur l’utilisation des infrastructures azerbaïdjanaises (port de Bakou) dans le cadre des nouvelles routes de la soie et de la connectivité Afrique-Eurasie. Par ailleurs, des projets concrets sont en négociation dans le cadre de la Commission mixte.
Quelles initiatives concrètes permettent aujourd’hui de renforcer les échanges culturels, académiques ou entre jeunes des deux pays ?
Au-delà du cadre institutionnel, pour renforcer les échanges culturels, académiques ou entre jeunes, nous multiplions des initiatives concrètes qui englobent le jumelage éducatif entre écoles de Rabat et de Bakou, lancé lors de la visite de la Princesse Lalla Hasnaa, les échanges universitaires et bourses et les expositions artistiques communes comme celle sur le tapis. Nous promouvons aussi les programmes jeunesse via les fondations (Heydar Aliyev Foundation et ONDE), les festivals culturels et la participation mutuelle à des événements (Salon du Livre, festivals folkloriques). À noter que le jumelage entre Bakou et Rabat est aussi sur la table des discussions. Ces initiatives créent des ponts humains durables.
L’Azerbaïdjan ayant accueilli la COP29 à Bakou. Quel bilan dressez-vous de cet événement ?
La COP29 a été un succès historique pour l’Azerbaïdjan et pour la diplomatie climatique mondiale. Nous avons adopté le «Baku Climate Unity Pact», avec un nouvel objectif de financement climatique (au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 des pays développés vers les pays en développement) et une feuille de route vers 1,3 trillion de dollars. L’accord sur l’article 6 du Paris (marchés carbone) a également été finalisé. L’Azerbaïdjan, en tant que pays producteur d’hydrocarbures en transition verte – notre objectif est d’atteindre 30% d’énergies renouvelables d’ici 2030 – a démontré qu’il était possible de concilier développement économique et ambition climatique. Cet événement a renforcé la voix des pays en développement et du Sud global.
Si vous deviez présenter en quelques mots votre pays, que diriez-vous aux Marocains ?
Je dirais : «L’Azerbaïdjan est un pays de feu et de lumière, où l’ancien et le moderne se rencontrent harmonieusement. Terre de tolérance multiculturelle, de richesses naturelles exceptionnelles (mer Caspienne, Caucase, forêts, vignobles), et d’une jeunesse dynamique et éduquée. Nous sommes un pont entre l’Europe, l’Asie et le monde musulman, fiers de notre patrimoine (tapis, musique mugham, poésie) et de notre renaissance après l’indépendance. Comme le Maroc, nous valorisons l’hospitalité, la famille et le progrès. On vous attend en Azerbaïdjan !»
Depuis votre arrivée au Maroc, qu’est-ce qui vous a le plus marqué, tant sur le plan humain que culturel ?
Sur le plan humain : la générosité et la chaleur du peuple marocain, cette «fraternité» naturelle qui fait qu’on se sent immédiatement chez soi. La spiritualité vivante, l’attachement aux traditions tout en embrassant la modernité. Sur le plan culturel : la richesse incomparable du patrimoine marocain – les médinas, l’artisanat (zellige, tapis, cuisine), la musique et cette capacité unique à synthétiser influences amazighes, arabes et africaines. J’ai été frappé par les similitudes avec l’Azerbaïdjan dans l’art du tapis et la préservation du patrimoine. Le Maroc est un modèle de stabilité et de vision ambitieuse qui inspire beaucoup dans notre région.
