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Dimanche 18 Octobre 2026
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Nouveau gouvernement : ce que révèlent les choix de Fatima Ezzahra El Mansouri

Des figures politiques qui signent leur retour, de nouveaux visages qui arrivent, une majorité élargie, des portefeuilles réaménagés... La composition du gouvernement El Mansouri livre plusieurs indications sur les orientations du nouvel Exécutif. Contactés par «Le Matin», des universitaires et observateurs du champ politique se sont penchés sur ces choix. Ils y voient un mélange de continuité et de renouvellement, une place plus affirmée accordée aux profils politiques et l'apparition de nouvelles priorités dans l'organisation gouvernementale. Décryptage.

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La liste des ministres est désormais connue. Reste à regarder ce qu'elle révèle au-delà des nominations. Car les choix opérés ne concernent pas seulement les personnes appelées à siéger au gouvernement. Ils touchent aussi aux équilibres entre les partis de la majorité, à la place accordée aux profils politiques et à la répartition des responsabilités entre les différents départements. Il y a ceux qui restent, ceux qui reviennent et ceux qui font leurs premiers pas au gouvernement. Il y a aussi des ministères dont les contours ont été redessinés et des missions qui apparaissent pour la première fois dans les intitulés. Autant de choix qui, selon les universitaires et observateurs interrogés par «Le Matin», méritent d'être examinés au-delà de la simple distribution des portefeuilles.



La première tendance qui se dégage est que le renouvellement n'a pas été recherché partout. En effet, la continuité prévaut dans plusieurs départements. Abdelouafi Laftit conserve l'Intérieur, Nasser Bourita les Affaires étrangères, Ahmed Toufiq les Habous et les affaires islamiques et Abdeltif Loudyi reste chargé de l'Administration de la Défense nationale. Abdellatif Ouahbi, Azzeddine El Midaoui et Abdessamad Kayouh sont également reconduits, respectivement à la Justice, à l'Enseignement supérieur et au Transport. D'autres ministres gardent leurs fonctions, mais voient leurs attributions élargies, à l'image de Nizar Baraka, Ryad Mezzour et Mohamed Mehdi Bensaïd. Ces changements montrent que la reconduction de certains ministres s'accompagne aussi d'une redistribution des responsabilités au sein du gouvernement.

Des politiques aux commandes

Azzedine Hannoun, professeur de droit public à la Faculté des sciences juridiques et politiques de l'Université Ibn Tofaïl, relève un trait particulier de cette composition : la place accordée aux personnalités issues de la vie politique. «On relève la volonté d’ajouter une connotation politique à travers des personnalités connues pour leur tropisme de l’action politique comme Samir Belfkih, Najwa Koukouss, Nabil Benabdallah ou Mehdi Mezouari», souligne-t-il dans son analyse accordée au journal «Le Matin». Leur nomination donne ainsi une place importante à des responsables habitués au fonctionnement des partis et aux débats politiques. Pour les observateurs consultés, cette expérience peut être précieuse au sein d'un gouvernement appelé à défendre ses réformes devant un Parlement où siège une opposition forte. La connaissance des rapports de force politiques, la capacité à argumenter et l'habitude du débat public comptent aussi dans l'exercice des responsabilités ministérielles.

À côté des nouveaux, le retour d’anciens profils vient aussi renforcer l'expérience accumulée par les autres ministres. Le retour de Nabil Benabdallah et de Charafat Afailal, qui ont déjà exercé des fonctions ministérielles sous le gouvernement Benkirane, en est une illustration. L'équipe El Mansouri fait donc cohabiter plusieurs générations de responsables politiques, avec des parcours différents. Certains connaissent déjà les exigences de la fonction ministérielle. D'autres devront découvrir le fonctionnement de l'administration centrale et la conduite des politiques publiques.

Sur l'organisation générale du gouvernement, M. Hannoun invite toutefois à relativiser l'ampleur des changements. Il évoque des «reconfigurations légères qui ne touchent pas à la substance de la mission gouvernementale». Le constat permet de mieux comprendre la logique de cette composition : les changements concernent surtout les personnes, la répartition de certaines responsabilités et l'affichage de nouvelles priorités, plutôt qu'une transformation profonde de l'organisation de l'Exécutif.

Une majorité plus large et des responsabilités davantage partagées

La nouvelle équipe compte 32 membres. Elle repose sur une coalition réunissant le PAM, l'Istiqlal, l'USFP et le PPS, alors que la majorité sortante était composée de trois formations. Azzedine Hannoun établit un lien entre cet élargissement politique et la taille du gouvernement. «On remarque une composition assez élargie, soit 32 ministres. En comparaison, le gouvernement Akhannouch comptait 25 ministres avant la nomination en 2024 de 6 secrétaires d’État», relève l'universitaire.

Ce nombre ne constitue cependant pas, à ses yeux, la question essentielle. Dans son analyse, l’universitaire met surtout l'accent sur la cohésion des différentes composantes de la majorité et sur leur capacité à mener des politiques efficaces face aux défis du pays. La répartition des responsabilités dans le secteur de l'éducation illustre cette nouvelle configuration, note-il. Nabil Benabdallah, du PPS, prend la tête du département principal de l'Éducation nationale. Kamal Hachoumi, de l'USFP, est chargé du préscolaire et de la lutte contre la déperdition scolaire, tandis qu'Azzeddine El Midaoui, du PAM, conserve l'Enseignement supérieur.

Quatre responsables issus de quatre formations politiques interviennent ainsi dans des domaines qui se complètent. Pour certains observateurs interrogés par «Le Matin», cette répartition permet d'associer plusieurs composantes de la majorité à la gestion d'un secteur important, sans en laisser l'ensemble des responsabilités à une seule formation. Elle suppose, dans le même temps, une coordination étroite entre les départements concernés. Autre particularité relevée dans la nouvelle composition : la place accordée aux ministres délégués. Ils sont onze, alors qu'aucun secrétaire d'État ne figure dans la liste initiale. En tout cas pour le moment. Les experts consultés y voient une préférence pour une organisation dans laquelle des dossiers précis sont confiés à des responsables disposant directement du rang de ministre délégué.

À noter que le gouvernement Akhannouch avait lui aussi été constitué sans secrétaires d'État. Leur nomination ultérieure avait toutefois été expressément annoncée dans le communiqué officiel, avant de se concrétiser trois ans plus tard, à l'occasion du remaniement d'octobre 2024, avec l'arrivée de six secrétaires d'État. Par contre, aucune mention de ce type ne figure dans le communiqué annonçant la nomination du nouveau gouvernement. Faut-il y voir la volonté de s'en tenir à l'équipe actuelle, qui compte déjà onze ministres délégués ? Pour nos interlocuteurs, c’est fort possible, mais rien n'exclut de futures nominations.

Intelligence artificielle, souveraineté alimentaire, performance publique... ce que révèlent les nouveaux intitulés

Il n'y a pas que les nominations qui retiennent l'attention. Plusieurs ministères ont changé de nom, parfois pour accueillir de nouvelles missions, parfois pour récupérer des attributions jusque-là confiées à d'autres départements. Des réaménagements qui donnent quelques indications sur les priorités du nouvel Exécutif. L'intelligence artificielle fait ainsi son apparition dans le portefeuille confié à Ahmed Rahhou, aux côtés de la transformation numérique et de la réforme de l'administration. La souveraineté alimentaire figure désormais dans l'intitulé du ministère de l'Agriculture, dirigé par Khalid Hatimy.

Pour Azzedine Hannoun, ces changements sont à rapprocher des orientations exprimées dans le dernier Discours Royal devant le Parlement. «On relève de nouvelles nominations comme le ministère chargé de l’intelligence artificielle ou celle de la souveraineté alimentaire dans la suite du derniers Discours Royal devant le Parlement qui avait insisté sur ces deux objectifs-mission», explique-t-il dans son analyse accordée au «Matin». Les départements économiques connaissent, eux aussi, plusieurs réaménagements. La Performance publique fait son entrée dans les attributions du ministère de l'Économie et des finances, confié à Fouzi Lekjaâ. Le portefeuille de Ryad Mezzour s'élargit à l'Investissement et à l'Inclusion économique, tandis que l'Emploi et le Dialogue social sont réunis dans un département distinct, dirigé par Abderrahim Chahid.

D'autres changements concernent la répartition des responsabilités entre ministères. Les Forêts rejoignent l'Équipement et l'eau, sous la responsabilité de Nizar Baraka. L'Énergie et les Mines sont regroupées dans le département confié à Charafat Afailal. La formation professionnelle et la qualification sont, quant à elles, rattachées à l'Éducation nationale, avec un ministre délégué chargé de ces questions. Le périmètre du ministère de Mehdi Bensaïd évolue également. Celui-ci conserve la Jeunesse et la Culture, auxquelles vient désormais s'ajouter le Sport. Autre nouveauté : l'Égalité apparaît explicitement dans le portefeuille de Najwa Koukouss, aux côtés de la Famille et du Développement social.

Tous ces changements n'ont pas la même portée. Certains donnent une visibilité particulière à des priorités, comme l'intelligence artificielle, la souveraineté alimentaire ou la performance publique. D'autres correspondent surtout à une nouvelle répartition de missions qui existaient déjà. C'est précisément sur cette distinction qu'insiste Azzedine Hannoun. Si l'universitaire relève l'intérêt de ces nouvelles appellations, il considère qu'elles doivent s'accompagner de moyens concrets. Dans son analyse livrée au «Matin», il souligne la nécessité de créer les structures administratives nécessaires, notamment des départements et des directions, pour prendre en charge les missions nouvellement affichées. Pour le professeur de droit public, ces changements restent des réaménagements relativement limités de l'architecture gouvernementale. Leur intérêt résidera surtout dans la manière dont les responsabilités seront organisées et les nouvelles priorités prises en charge.

La disparition de la Communication, un signal pour le secteur de la presse ?

La nouvelle architecture gouvernementale se distingue également par la disparition du portefeuille de la Communication. Le changement retient particulièrement l'attention d'Azzedine Hannoun, qui y voit une possible évolution dans la manière d'envisager la régulation du secteur de la presse. «La suppression du département de la communication dénote une volonté de donner au Conseil national de la presse toute la latitude pour effectuer pleinement sa mission régulatrice de ce secteur», analyse-t-il. Pour lui, cette nouvelle configuration pourrait donc renforcer la place accordée au Conseil national de la presse dans la gestion des affaires professionnelles du secteur. La lecture de M. Hannoun porte ici sur le sens politique et institutionnel qu'il attribue à cette disparition. Les modalités pratiques de la nouvelle organisation, notamment la répartition des anciennes attributions du département de la Communication, devront encore être précisées.

Une femme à la tête de l'Exécutif, mais une parité encore lointaine

La place des femmes dans le nouvel Exécutif constitue un autre sujet sur lequel se sont arrêtés les experts interrogés par «Le Matin». Pour El Abbas El Ouardi, politologue et professeur de sciences politiques à la Faculté de droit de Rabat-Souissi, la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement et la présence de femmes à la direction de plusieurs départements portent un message important. L'universitaire y voit une expression de la Volonté Royale de renforcer la participation féminine à la gestion des affaires publiques et de permettre aux femmes de prendre davantage part aux décisions qui concernent le développement du pays.
Dans son analyse, M. El Ouardi cite notamment les responsabilités confiées à des femmes dans les domaines de l'énergie, de la solidarité, de la formation et de l'insertion professionnelle. Il rattache cette évolution à une conception du développement qui repose sur la mobilisation de toutes les compétences, féminines comme masculines. Pour le politologue, la participation des femmes à la conduite des politiques publiques constitue une dimension importante de la construction d'un Maroc plus inclusif. Une lecture qui prend un relief particulier avec l'arrivée, pour la première fois, d'une femme à la tête de l'Exécutif.

La composition de l'équipe montre néanmoins que la représentation féminine reste limitée en nombre. Le gouvernement compte sept femmes sur 32 membres, Cheffe du gouvernement comprise, soit près de 22% de l'effectif. Les observateurs politiques consultés par «Le Matin» relèvent ce contraste entre la portée symbolique de la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri et la proportion de femmes dans l'ensemble de l'équipe. Certains auraient souhaité une représentation féminine plus importante, tout en saluant les efforts consentis par des formations politiques, notamment le PAM, pour proposer des profils féminins. La nomination de femmes à des postes de responsabilité et l'apparition de l'Égalité dans les attributions ministérielles constituent ainsi deux aspects distincts de la nouvelle composition, que les experts invitent à examiner ensemble.

Hassan Tariq, une nomination qui retient l'attention des observateurs

Parmi les personnalités appelées à exercer de nouvelles fonctions, Hassan Tariq occupe une place particulière dans les analyses recueillies par «Le Matin». Sa nomination au secrétariat général du gouvernement est présentée par certains observateurs comme l'un des changements les plus significatifs de cette composition. Le parcours de l'intéressé explique cet intérêt. Universitaire, ancien parlementaire, ancien ambassadeur du Maroc en Tunisie et actuellement Médiateur du Royaume, Hassan Tariq a exercé des responsabilités dans plusieurs domaines liés au fonctionnement des institutions.

Les observateurs consultés mettent notamment en avant sa connaissance du droit, du travail législatif et des relations institutionnelles. Le poste de secrétaire général du gouvernement exige précisément une bonne maîtrise de ces questions. Cette institution intervient dans la préparation des textes législatifs et réglementaires, la coordination juridique de l'action gouvernementale et l'organisation des travaux du Conseil du gouvernement. Pour les experts qui ont commenté cette nomination, le parcours de Hassan Tariq correspond donc aux missions qui l'attendent. Ils y voient le choix d'un profil disposant à la fois d'une expérience politique et d'une connaissance approfondie des mécanismes institutionnels.

Au-delà des profils, l'enjeu des grands chantiers nationaux

El Abbas El Ouardi invite, pour sa part, à replacer l'ensemble de ces nominations dans le contexte des défis auxquels le Maroc est confronté. Le politologue rappelle d'abord que la formation du gouvernement s'inscrit dans le cadre constitutionnel établi en 2011, qui prévoit la nomination de ses membres par le Souverain sur proposition du Chef du gouvernement. Mais son analyse ne s'arrête pas à cette dimension institutionnelle. Pour lui, la composition de la nouvelle équipe doit aussi être appréciée à la lumière des grands chantiers engagés par le Royaume.

L'emploi, la lutte contre le chômage, le développement humain durable et la réduction des disparités territoriales et sociales figurent parmi les priorités qu'il met en avant. M. El Ouardi insiste notamment sur la nécessité de poursuivre les projets déjà lancés, en tenant compte des échéances fixées et des besoins des citoyens. Il souligne également l'importance d'une bonne coordination de l'action gouvernementale et de mécanismes permettant de suivre et d'évaluer les politiques publiques. Cette attention portée à la mise en œuvre rejoint l'une des principales préoccupations exprimées par Azzedine Hannoun. Pour ce dernier, la cohésion entre les quatre partis de la majorité et la capacité de l'équipe à conduire des politiques efficaces seront déterminantes.

Cela étant, l’ensemble de nos interlocuteurs s’accordent sur un point : les prochaines étapes donneront une première indication sur la manière dont ces choix se traduiront dans l'action. La présentation du programme gouvernemental, les premières décisions de l'Exécutif et les arbitrages entre départements permettront notamment de voir quelle place seront appelées à occuper les nouvelles priorités affichées dans cette composition.
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