L’enjeu n’était pas d’annoncer de nouvelles politiques, ni d’en dresser l’inventaire. Il se situait plus en amont, dans un registre moins visible, celui des conditions mêmes de fabrication de la décision publique agricole, de ses contraintes et de ses conséquences. Organisée à Rabat le 12 janvier à l’initiative de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), avec la participation de J-PAL et d’OCP Nutricrops, la rencontre tenue sur le thème «Faire converger recherche, action publique et pratique de terrain pour un avenir agricole guidé par l’évidence scientifique» a placé cette interrogation au centre des échanges. Responsables publics, chercheurs et acteurs de terrain y ont confronté leurs analyses, non pour juxtaposer des expériences, mais pour examiner comment la recherche scientifique, l’évaluation et l’expérience opérationnelle peuvent effectivement façonner l’action publique agricole.
De fil en aiguille, une exigence s’est progressivement dégagée : la solidité des politiques agricoles tient moins à l’énoncé de leurs objectifs qu’à la rigueur de leur méthode. À la capacité de produire une connaissance opérante, de l’éprouver au réel, puis d’en tirer des ajustements durables. C’est à ce niveau – celui de la méthode, du temps long et de la responsabilité institutionnelle – que la rencontre a trouvé sa portée.
Replacer la méthode au cœur de la décision publique
Dès l’ouverture des travaux, Hicham El Habti, président de l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), a tenu à rappeler un fait : l’agriculture se trouve au cœur des équilibres structurants du continent. «L’agriculture se situe aujourd’hui au centre des grandes équations de développement de l’Afrique», a-t-il indiqué, soulignant qu’il s’agit d’un secteur qui représente près de 23% du produit intérieur brut continental et mobilise environ 60% de la population active. Cette centralité, a-t-il aussitôt nuancé, s’accompagne de fragilités profondes : «près de 65% des terres cultivées en Afrique sont affectées par la dégradation des sols, tandis que les rendements demeurent inférieurs de deux à trois points à la moyenne mondiale», a-t-il fait observer, relevant également l’intensification de chocs climatiques récurrents, qui exercent une pression continue sur des systèmes de production déjà soumis à nombre de contraintes.
De ce diagnostic, le propos s’est déplacé vers un enjeu plus décisif encore : celui de la responsabilité propre de l’action publique. «L’agriculture est un domaine où les décisions publiques produisent des effets directs, mesurables et parfois irréversibles sur des millions de vies», a-t-il noté. Dès lors, la question se reformule. Il ne s’agit plus uniquement de déterminer les orientations à suivre, mais d’interroger les ressorts mêmes de la décision. «La question n’est plus seulement de savoir quoi faire, mais comment décider», a-t-il insisté, appelant à examiner les bases d’apprentissage mobilisées, la robustesse des instruments d’évaluation et la capacité des politiques publiques à s’inscrire dans un processus d’ajustement continu, attentif au temps long comme aux réalités du terrain.
C’est justement dans cette perspective que s’inscrit la réflexion portée par cette rencontre, pensée comme un espace de dialogue exigeant entre chercheurs, décideurs publics et acteurs opérationnels. À ce titre, M. El Habti a plaidé pour un changement de statut de l’évaluation : «L’évaluation ne doit plus être reléguée au rang d’exercice a posteriori, mais devenir une composante stratégique du pilotage des politiques agricoles», a-t-il affirmé, soulignant qu’elle ne produisait de valeur qu’à la condition d’être intégrée dès la conception des programmes et étroitement connectée aux réalités opérationnelles.
Cette exigence méthodologique irrigue, a-t-il précisé, le projet institutionnel de l’UM6P lui-même. «Notre ambition n’est pas seulement de produire du savoir, mais de construire des écosystèmes capables de transformer ce savoir en action », a-t-il déclaré, rappelant que cette articulation entre connaissance et décision structure les choix d’investissement, les partenariats et les priorités de recherche de l’université. Dans le champ agricole, cette orientation se traduit par des travaux consacrés à la fertilité des sols, à la nutrition des cultures, à la gestion de l’eau, à la durabilité des systèmes de production et à l’économie agricole, mais aussi par des dispositifs opérationnels destinés à traduire les résultats de la recherche en recommandations concrètes à destination des agriculteurs.
De ce diagnostic, le propos s’est déplacé vers un enjeu plus décisif encore : celui de la responsabilité propre de l’action publique. «L’agriculture est un domaine où les décisions publiques produisent des effets directs, mesurables et parfois irréversibles sur des millions de vies», a-t-il noté. Dès lors, la question se reformule. Il ne s’agit plus uniquement de déterminer les orientations à suivre, mais d’interroger les ressorts mêmes de la décision. «La question n’est plus seulement de savoir quoi faire, mais comment décider», a-t-il insisté, appelant à examiner les bases d’apprentissage mobilisées, la robustesse des instruments d’évaluation et la capacité des politiques publiques à s’inscrire dans un processus d’ajustement continu, attentif au temps long comme aux réalités du terrain.
C’est justement dans cette perspective que s’inscrit la réflexion portée par cette rencontre, pensée comme un espace de dialogue exigeant entre chercheurs, décideurs publics et acteurs opérationnels. À ce titre, M. El Habti a plaidé pour un changement de statut de l’évaluation : «L’évaluation ne doit plus être reléguée au rang d’exercice a posteriori, mais devenir une composante stratégique du pilotage des politiques agricoles», a-t-il affirmé, soulignant qu’elle ne produisait de valeur qu’à la condition d’être intégrée dès la conception des programmes et étroitement connectée aux réalités opérationnelles.
Cette exigence méthodologique irrigue, a-t-il précisé, le projet institutionnel de l’UM6P lui-même. «Notre ambition n’est pas seulement de produire du savoir, mais de construire des écosystèmes capables de transformer ce savoir en action », a-t-il déclaré, rappelant que cette articulation entre connaissance et décision structure les choix d’investissement, les partenariats et les priorités de recherche de l’université. Dans le champ agricole, cette orientation se traduit par des travaux consacrés à la fertilité des sols, à la nutrition des cultures, à la gestion de l’eau, à la durabilité des systèmes de production et à l’économie agricole, mais aussi par des dispositifs opérationnels destinés à traduire les résultats de la recherche en recommandations concrètes à destination des agriculteurs.
Parallèlement, l’université investit dans les sciences des données, la modélisation, l’intelligence artificielle et les sciences comportementales appliquées à l’agriculture. «L’agriculture de demain ne saurait se concevoir sans une intégration résolue du numérique», a insisté Hicham El Habti, évoquant le lancement imminent de la Digital Farming School, destinée à former des profils capables de relier données technologiques et décisions agricoles dans des contextes africains concrets.
L’État et la recherche : une articulation assumée
La séquence consacrée à la méthode et au pilotage de l’action publique a été marquée par l’intervention du représentant le ministre de l’Agriculture, de la pêche maritime, du développement rural et des eaux et forêts, le secrétaire général du département. Redouane Arrach a réaffirmé à cet égard l’inscription de l’action ministérielle dans une approche fondée sur la science, la donnée et l’expérimentation de terrain, en cohérence avec les orientations de la stratégie Génération Green. Il a en effet souligné l’importance de mieux articuler production scientifique et mise en œuvre opérationnelle. «Les résultats de la recherche scientifique se transforment en solutions concrètes, testées sur le terrain et adaptées aux réalités des agriculteurs», a-t-il déclaré, insistant sur une approche ancrée dans les contextes locaux et orientée vers l’efficacité.
Pour illustrer ses propos, Redouane Arrach a cité le programme du semis direct, développé depuis plus de quatre décennies par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Ce dispositif, a-t-il rappelé, contribue à préserver la fertilité des sols, à améliorer l’efficience de l’utilisation de l’eau et à renforcer la résilience des régions céréalières face aux aléas climatiques. Au-delà de cet exemple, le secrétaire général a ainsi mis en avant une orientation stratégique clairement assumée : faire de la recherche et de l’évaluation des leviers structurants de l’action publique agricole, adossés à des résultats mesurables et inscrits dans la durée.
Pour illustrer ses propos, Redouane Arrach a cité le programme du semis direct, développé depuis plus de quatre décennies par l’Institut national de la recherche agronomique (INRA). Ce dispositif, a-t-il rappelé, contribue à préserver la fertilité des sols, à améliorer l’efficience de l’utilisation de l’eau et à renforcer la résilience des régions céréalières face aux aléas climatiques. Au-delà de cet exemple, le secrétaire général a ainsi mis en avant une orientation stratégique clairement assumée : faire de la recherche et de l’évaluation des leviers structurants de l’action publique agricole, adossés à des résultats mesurables et inscrits dans la durée.
Accompagner à l’échelle, apprendre en continu
Pour Youssef El Bari, président-directeur général d’OCP Nutricrops, le soutien durable aux agriculteurs ne peut procéder que d’une compréhension fine de leurs réalités agronomiques et des cadres concrets dans lesquels s’exercent leurs choix. «Accompagner durablement les agriculteurs suppose de partir de leur sol, de leur culture et des contextes très concrets dans lesquels ils prennent leurs décisions», a-t-il rappelé, posant ainsi un principe fondateur de l’action du groupe.
Cette orientation se traduit par des investissements structurants dans la connaissance des sols, la recherche agronomique et le développement de solutions adaptées aux contextes locaux. OCP Nutricrops privilégie, dans cette optique, une approche de fertilisation responsable, fondée sur l’adéquation entre la source des nutriments, la dose, le moment et le lieu d’application, afin d’optimiser l’efficience des apports et d’améliorer durablement la santé des sols.
Mais à mesure que ces approches sont déployées à grande échelle, la nature de la responsabilité se transforme. «Lorsque ces dispositifs concernent des centaines de milliers, voire des millions d’agriculteurs, la responsabilité change de nature», a souligné Youssef El Bari. D’où une exigence centrale : maintenir un lien constant entre connaissance scientifique, évaluation rigoureuse et choix opérationnels. «Il s’agit de piloter l’action par l’apprentissage, et non par l’intuition ou la simple reproduction des pratiques», a-t-il insisté, appelant à inscrire l’intervention agricole dans une dynamique d’apprentissage continu.
Cette orientation se traduit par des investissements structurants dans la connaissance des sols, la recherche agronomique et le développement de solutions adaptées aux contextes locaux. OCP Nutricrops privilégie, dans cette optique, une approche de fertilisation responsable, fondée sur l’adéquation entre la source des nutriments, la dose, le moment et le lieu d’application, afin d’optimiser l’efficience des apports et d’améliorer durablement la santé des sols.
Mais à mesure que ces approches sont déployées à grande échelle, la nature de la responsabilité se transforme. «Lorsque ces dispositifs concernent des centaines de milliers, voire des millions d’agriculteurs, la responsabilité change de nature», a souligné Youssef El Bari. D’où une exigence centrale : maintenir un lien constant entre connaissance scientifique, évaluation rigoureuse et choix opérationnels. «Il s’agit de piloter l’action par l’apprentissage, et non par l’intuition ou la simple reproduction des pratiques», a-t-il insisté, appelant à inscrire l’intervention agricole dans une dynamique d’apprentissage continu.
Produire une évidence utile à la décision
La question de l’utilité effective de la recherche pour la décision publique a été au cœur de l’intervention de Tavneet Suri, responsable du secteur agricole au sein du J-PAL et professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT). L’experte a rappelé que «l’augmentation de la productivité agricole constitue un levier central de la réduction de la pauvreté à l’échelle du continent», soulignant que plus d’un tiers des populations les plus pauvres au monde vivent directement de l’agriculture.
Les travaux conduits par le J-PAL mettent en lumière le caractère systémique de toute transformation agricole. Contextes locaux, modalités de déploiement des technologies, environnement institutionnel et accès aux marchés forment un ensemble étroitement interdépendant, qui rend toute réponse isolée inopérante. «Il n’existe pas de solution unique. Il n’y a pas de “silver bullet”», a-t-elle rappelé, insistant sur la complexité croissante à laquelle sont confrontés les décideurs publics.
C’est à ce niveau que Tavneet Suri a situé l’apport d’un laboratoire appliqué comme UJALA. Le partenariat établi avec OCP Nutricrops offre, selon elle, un cadre particulièrement propice à l’intégration de l’évaluation au cœur de programmes déployés à grande échelle, permettant de produire une connaissance directement mobilisable, à la fois pour les acteurs économiques et pour l’élaboration des politiques publiques.
Les travaux conduits par le J-PAL mettent en lumière le caractère systémique de toute transformation agricole. Contextes locaux, modalités de déploiement des technologies, environnement institutionnel et accès aux marchés forment un ensemble étroitement interdépendant, qui rend toute réponse isolée inopérante. «Il n’existe pas de solution unique. Il n’y a pas de “silver bullet”», a-t-elle rappelé, insistant sur la complexité croissante à laquelle sont confrontés les décideurs publics.
C’est à ce niveau que Tavneet Suri a situé l’apport d’un laboratoire appliqué comme UJALA. Le partenariat établi avec OCP Nutricrops offre, selon elle, un cadre particulièrement propice à l’intégration de l’évaluation au cœur de programmes déployés à grande échelle, permettant de produire une connaissance directement mobilisable, à la fois pour les acteurs économiques et pour l’élaboration des politiques publiques.
Former, évaluer, institutionnaliser l’apprentissage
Dans le même ordre d’idées, Hicham El Azami, directeur de l’Évaluation et de l’apprentissage d’OCP Nutricrops et directeur du laboratoire UJALA, a rappelé que l’ambition portée par cette structure ne se limitait pas à la production de résultats empiriques. Elle s’inscrit dans une perspective plus structurante : celle de l’ancrage durable de l’évaluation au sein des systèmes agricoles. «UJALA a aussi pour vocation de former la prochaine génération de chercheurs africains aux méthodes d’évaluation», a-t-il souligné, évoquant le programme UJALA African Scholars, dont la première cohorte réunit dix jeunes chercheurs issus du continent.
Ainsi, il a précisé que les travaux accompagnés par le laboratoire s’étendent aujourd’hui à plusieurs terrains d’expérimentation. Menées notamment au Maroc, en Côte d’Ivoire et en Tanzanie, et prolongées par des évaluations en cours en Inde et au Brésil, ces recherches portent sur des problématiques directement liées aux conditions d’exercice de l’agriculture : accès aux intrants et au financement, santé des sols, adoption des innovations technologiques. Autant de chantiers qui traduisent la volonté d’articuler exigence méthodologique, pertinence opérationnelle et apprentissage institutionnalisé.
Ainsi, il a précisé que les travaux accompagnés par le laboratoire s’étendent aujourd’hui à plusieurs terrains d’expérimentation. Menées notamment au Maroc, en Côte d’Ivoire et en Tanzanie, et prolongées par des évaluations en cours en Inde et au Brésil, ces recherches portent sur des problématiques directement liées aux conditions d’exercice de l’agriculture : accès aux intrants et au financement, santé des sols, adoption des innovations technologiques. Autant de chantiers qui traduisent la volonté d’articuler exigence méthodologique, pertinence opérationnelle et apprentissage institutionnalisé.
Face au climat, repenser l’ambition de la recherche
La question climatique a servi de point d’appui à l’intervention d’Esther Duflo, professeure au Massachusetts Institute of Technology (MIT), cofondatrice du J-PAL et lauréate du Prix Nobel d’économie 2019, qui a inscrit les débats dans une perspective plus large. À cet égard, elle a d’abord rappelé une donnée structurante : l’augmentation de la productivité agricole demeure l’un des leviers les plus déterminants de la réduction de la pauvreté, dans un continent où plus d’un tiers des populations les plus vulnérables tirent directement leurs moyens de subsistance de l’agriculture.
À partir de ce constat, elle a insisté sur le fait que la transformation agricole ne pouvait être appréhendée par fragments ni réduite à une succession de réponses techniques. Les travaux conduits par le J-PAL montrent que «l’ensemble du système compte» : les contextes locaux, les modalités de diffusion des technologies, l’environnement institutionnel, l’accès à l’information, aux marchés et aux mécanismes de gestion du risque forment un continuum indissociable. Les technologies, a-t-elle insisté, ne déploient leur potentiel que lorsqu’elles sont économiquement accessibles, comprises par les agriculteurs et accompagnées d’informations adaptées à leurs situations concrètes.
À cette complexité structurelle s’ajoute désormais une contrainte déterminante : le changement climatique. Loin d'être un horizon abstrait, celui-ci constitue, selon ses termes, «le présent de nos vies». Il accentue des inégalités déjà anciennes, frappant plus durement les régions historiquement chaudes et les pays disposant des capacités d’adaptation les plus limitées. Dans le cas africain, cette exposition est aggravée par une agriculture majoritairement pluviale, des niveaux de productivité plus faibles et une forte dépendance des ménages ruraux aux aléas climatiques.
À partir de ce constat, elle a insisté sur le fait que la transformation agricole ne pouvait être appréhendée par fragments ni réduite à une succession de réponses techniques. Les travaux conduits par le J-PAL montrent que «l’ensemble du système compte» : les contextes locaux, les modalités de diffusion des technologies, l’environnement institutionnel, l’accès à l’information, aux marchés et aux mécanismes de gestion du risque forment un continuum indissociable. Les technologies, a-t-elle insisté, ne déploient leur potentiel que lorsqu’elles sont économiquement accessibles, comprises par les agriculteurs et accompagnées d’informations adaptées à leurs situations concrètes.
À cette complexité structurelle s’ajoute désormais une contrainte déterminante : le changement climatique. Loin d'être un horizon abstrait, celui-ci constitue, selon ses termes, «le présent de nos vies». Il accentue des inégalités déjà anciennes, frappant plus durement les régions historiquement chaudes et les pays disposant des capacités d’adaptation les plus limitées. Dans le cas africain, cette exposition est aggravée par une agriculture majoritairement pluviale, des niveaux de productivité plus faibles et une forte dépendance des ménages ruraux aux aléas climatiques.
Cette incertitude croissante, a relevé Esther Duflo, pèse directement sur les comportements d’investissement des petits exploitants. L’adoption de nouvelles technologies devient plus risquée lorsque des chocs climatiques peuvent anéantir des efforts déjà fragiles. Dans certains contextes, les arbitrages se font à court terme, au détriment de l’investissement productif, notamment lorsque la sécurité alimentaire immédiate des ménages est en jeu. Dès lors, aucune réponse simple ne saurait suffire. «Il n’existe pas de solution unique. Il n’y a pas de silver bullet», a-t-elle rappelé. Cette multiplicité de facteurs rend l’apprentissage plus exigeant, tant pour les chercheurs que pour les décideurs publics, et impose de produire des données probantes finement ajustées aux réalités nationales et locales.
C’est précisément à ce niveau qu’elle a situé le rôle des partenariats de long terme et des laboratoires appliqués. Des dispositifs comme UJALA permettent d’intégrer l’évaluation au cœur même des programmes agricoles, dans des conditions réelles de mise en œuvre, afin d’en mesurer non seulement les impacts, mais aussi les mécanismes par lesquels ces impacts se produisent. Le partenariat avec OCP Nutricrops, présent à grande échelle dans plusieurs pays du continent, offre ainsi un terrain privilégié pour produire des enseignements utiles, à la fois pour l’amélioration des programmes et pour l’orientation des politiques publiques.
Enfin, Esther Duflo a rappelé que l’évaluation d’impact ne relève pas d’un exercice académique détaché de l’action. Inspirée des essais cliniques et historiquement ancrée dans la recherche agricole, l’évaluation aléatoire permet de distinguer ce qui fonctionne effectivement, mais aussi d’identifier ce qui échoue. «Beaucoup de choses ne marchent pas, et il vaut mieux le savoir après un essai que l’apprendre après un déploiement à grande échelle», a-t-elle souligné, plaidant pour une décision publique fondée sur l’expérimentation, la lucidité et l’apprentissage continu.
C’est précisément à ce niveau qu’elle a situé le rôle des partenariats de long terme et des laboratoires appliqués. Des dispositifs comme UJALA permettent d’intégrer l’évaluation au cœur même des programmes agricoles, dans des conditions réelles de mise en œuvre, afin d’en mesurer non seulement les impacts, mais aussi les mécanismes par lesquels ces impacts se produisent. Le partenariat avec OCP Nutricrops, présent à grande échelle dans plusieurs pays du continent, offre ainsi un terrain privilégié pour produire des enseignements utiles, à la fois pour l’amélioration des programmes et pour l’orientation des politiques publiques.
Enfin, Esther Duflo a rappelé que l’évaluation d’impact ne relève pas d’un exercice académique détaché de l’action. Inspirée des essais cliniques et historiquement ancrée dans la recherche agricole, l’évaluation aléatoire permet de distinguer ce qui fonctionne effectivement, mais aussi d’identifier ce qui échoue. «Beaucoup de choses ne marchent pas, et il vaut mieux le savoir après un essai que l’apprendre après un déploiement à grande échelle», a-t-elle souligné, plaidant pour une décision publique fondée sur l’expérimentation, la lucidité et l’apprentissage continu.
Une exigence partagée
Sans fard, les échanges ont fait apparaître une convergence de fond. Face à l’accumulation des incertitudes climatiques, économiques et sociales, l’évidence ne relève ni de l’ornement méthodologique ni du dogme technocratique. Elle engage une responsabilité. «L’évidence doit être un outil au service des agriculteurs, et non une fin en soi», a rappelé Hicham El Habti, qui en a ainsi fixé clairement la portée.
Dans cette perspective, la rencontre, qui s’est prolongée tout au long de la journée, n’a pas cherché à produire une conclusion, mais à circonscrire une méthode. En mettant en dialogue l’université, l’Exécutif, la recherche et les acteurs économiques, elle a esquissé les conditions d’une action publique agricole plus attentive à ses effets, capable d’apprentissage et d’ajustement. Une action inscrite dans le temps long, guidée par l’exigence de rigueur et par la recherche d’un impact réel sur les agricultures africaines.
Dans cette perspective, la rencontre, qui s’est prolongée tout au long de la journée, n’a pas cherché à produire une conclusion, mais à circonscrire une méthode. En mettant en dialogue l’université, l’Exécutif, la recherche et les acteurs économiques, elle a esquissé les conditions d’une action publique agricole plus attentive à ses effets, capable d’apprentissage et d’ajustement. Une action inscrite dans le temps long, guidée par l’exigence de rigueur et par la recherche d’un impact réel sur les agricultures africaines.
