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Pourquoi le PPP est essentiel pour la transformation numérique au Maroc

Identité numérique, interopérabilité des administrations, paiements digitaux… pour Raïd Hergli, vice-président de Visa pour la région MENA, le Maroc dispose aujourd’hui de tous les leviers pour réussir sa transformation numérique. À condition d’ancrer cette dynamique dans des partenariats public-privé solides, une régulation agile et une approche résolument centrée sur le citoyen. Un cap clair, estime-t-il, qui peut permettre au Royaume de s’imposer comme un leader régional en la matière.

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La transformation numérique du Maroc avance désormais à une cadence soutenue. Elle n’est plus cantonnée aux discours sur l’innovation ou à la modernisation des outils administratifs : elle s’affirme comme un projet politique, économique et social à part entière. Et sans partenariats public-privé solides, sans cadre de confiance partagé entre l’État, les régulateurs, les entreprises et les citoyens, la promesse du numérique restera inachevée. C’est cette lecture stratégique qui traverse le dernier épisode du podcast du Policy Center for the New South, animé par Oumaïma El Azami El Hassani, avec Raïd Hergli, vice-président et chargé des relations gouvernementales pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord chez Visa. Dans un contexte marqué par le lancement de la stratégie Maroc Digital 2030, la discussion met en lumière les leviers concrets capables de transformer la relation entre l’administration et l’usager, tout en renforçant la crédibilité de l’action publique.

Maroc Digital 2030 : une ambition qui engage l’État et ses partenaires

Pour Raïd Hergli, la trajectoire marocaine se distingue par sa clarté. «Le Maroc a fixé un cap précis : améliorer radicalement la qualité de ses services publics numériques, créer près de 240.000 emplois dans le digital et l’intelligence artificielle, et générer une valeur économique durable. Ce sont des objectifs structurants, qui nécessitent une mobilisation collective», souligne-t-il. Cette mobilisation passe, selon lui, par une articulation intelligente entre le secteur public et le secteur privé. Le Royaume n’en est pas à son premier essai. De l’énergie solaire à la logistique portuaire, les grands projets nationaux ont souvent reposé sur des partenariats public-privé assumés. Le numérique s’inscrit dans cette continuité, avec une différence majeure : il touche directement le quotidien des citoyens. «Lorsqu’un État donne une direction claire, met en place un cadre réglementaire lisible et s’inscrit dans le temps long, le secteur privé n’est pas un simple prestataire. Il devient un accélérateur», insiste Raïd Hergli. À l’échelle mondiale, Visa accompagne plus d’une centaine de gouvernements dans cette logique, en apportant technologie, expertise et retour d’expérience.

Simplifier l’État : identité numérique, interopérabilité, paiements

Au-delà des orientations stratégiques, la discussion converge vers un constat partagé : l’expérience citoyenne est devenue le véritable indicateur de réussite de la transformation numérique. Trois leviers apparaissent comme décisifs. Le premier est l’identité numérique. «C’est un changement profond dans la relation entre l’État et le citoyen. Une identité numérique sécurisée permet d’accéder aux services publics sans friction, sans répétition inutile, sans perte de temps», explique Raïd Hergli. Dans les pays qui l’ont déployée à grande échelle, l’impact est immédiat : accès en ligne massif aux services, réduction des files d’attente, simplification des démarches... Le deuxième levier est l’interopérabilité des administrations. «Quand les plateformes publiques communiquent entre elles, l’administration cesse d’être un labyrinthe», fait-t-il observer. À Dubaï, l’intégration des systèmes a permis de réduire les délais administratifs d’environ 30%. Pour le Maroc, engagé dans la modernisation de ses services publics, cette logique ouvre la voie à un État plus lisible et plus efficace. Le troisième levier concerne les paiements digitaux, notamment dans les services essentiels. Dans les transports publics, l’adoption du paiement sans contact a entraîné une hausse de fréquentation comprise entre 20 et 40% dans plusieurs grandes métropoles. «Ce sont des chiffres qui traduisent une amélioration concrète de la vie quotidienne», souligne Raïd Hergli, citant des projets comme Rabat Mobilité. À l’approche de grands événements internationaux, la fluidité des paiements devient également un enjeu d’image et d’attractivité.

Confiance, inclusion et le moment marocain

Mais plus que la technologie, la question centrale reste celle de la confiance. «La confiance ne se décrète pas. Elle se construit autour de règles claires, d’une régulation agile et d’une approche centrée sur le citoyen», affirme Raïd Hergli. Dans les pays les plus avancés de la région MENA, les regulatory sandboxes, qui permettent de tester de nouveaux services numériques dans un cadre réglementaire sécurisé, ont favorisé l’innovation sans fragiliser le système. L’inclusion financière constitue un autre pilier de cette confiance. En Égypte, la digitalisation des paiements publics a intégré plus de 20 millions de personnes dans l’économie formelle. En Afrique, ces réformes ont réduit les fuites et les fraudes dans les programmes sociaux tout en élargissant l’accès aux services financiers. «La digitalisation des programmes sociaux n’est pas qu’un sujet technique. C’est un levier d’équité, de transparence et de dignité», insiste-t-il. Selon lui, l’éducation financière joue ici un rôle clé. Une étude de l’OCDE montre qu’elle augmente de 40% la probabilité d’adopter les services numériques. C’est dans cette optique que Visa multiplie les programmes de formation à destination des commerçants, des artisans et des jeunes au Maroc. Par ailleurs, à l’horizon de la Coupe du monde 2030, le Royaume se trouve à un moment charnière. «Le Maroc dispose d’une opportunité historique. Avec une identité numérique solide, des plateformes interconnectées, des paiements modernisés et des partenariats public-privé bien structurés, il peut devenir un leader régional du numérique», affirme Raïd Hergli. Une ambition qui dépasse la seule modernisation administrative. Elle engage une certaine idée de l’État, plus proche, plus efficace et plus digne de confiance. Au terme de l’échange, Raïd Hergli se montre confiant quant à la trajectoire du Royaume. Le Maroc, estime-t-il, dispose «d’une vision claire, d’une dynamique forte et de catalyseurs importants». Avec une identité numérique solide, des plateformes interconnectées, des paiements modernisés et des partenariats public-privé structurés, le pays peut, selon lui, consolider sa place dans la transformation numérique régionale.
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