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Jeudi 16 Juillet 2026
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Prix des médicaments : quand les baisses de prix provoquent des pénuries

Depuis 2014, les autorités ont engagé plusieurs vagues de baisse des prix des médicaments afin d’améliorer leur accessibilité. Mais cette politique a aussi eu des effets inattendus. Selon Abdelmajid Belaiche, expert en industrie pharmaceutique et analyste des marchés pharmaceutiques, certains médicaments du quotidien ont progressivement disparu des pharmacies, faute d’être encore rentables à produire.

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Trouver un antibiotique, un sirop ou un traitement contre l’hypertension est parfois devenu un véritable parcours pour certains patients. Si les difficultés d’approvisionnement s’expliquent en partie par les perturbations des chaînes logistiques mondiales, la politique de baisse des prix des médicaments a également joué un rôle dans ces pénuries, estime Abdelmajid Belaiche, invité de l’émission «L’Info en Face» sur Matin TV. L’expert rappelle qu’entre avril 2014 et janvier 2026, 69 listes de baisses de prix ont été publiées au Bulletin officiel. L’objectif était de rendre les traitements plus accessibles aux patients.



Mais, selon lui, ces réductions ont été appliquées de manière uniforme, sans distinguer les médicaments réellement coûteux de ceux dont les prix étaient déjà faibles. «Les médicaments qui avaient déjà des prix très bas ont continué à voir leurs tarifs diminuer. À un moment, il n’était tout simplement plus possible de les produire», explique-t-il. Cette baisse de rentabilité aurait conduit certains laboratoires à abandonner la fabrication de plusieurs médicaments, contribuant ainsi à leur disparition progressive du marché marocain. Abdelmajid Belaiche souligne toutefois que la politique tarifaire n’est pas la seule responsable des ruptures de stock. Les conséquences de la pandémie de Covid-19, les difficultés d’approvisionnement en matières premières et les perturbations logistiques internationales ont également pesé sur la disponibilité de nombreux traitements.

Une réforme appelée à changer de cible

Pour l’expert, la future réforme des prix ne doit plus reproduire cette logique de baisse généralisée. Les travaux préparatoires menés ces derniers mois auraient permis d’identifier les médicaments qui pèsent réellement sur les finances de l’assurance maladie. Selon les données citées par Abdelmajid Belaiche, environ 150 médicaments sur près de 7.000 concentrent à eux seuls 54% des remboursements de l’Assurance maladie obligatoire. Il s’agit principalement de traitements destinés aux cancers, aux maladies rares ou encore de biothérapies, dont le coût peut atteindre plusieurs dizaines de milliers de dirhams. «Tout le travail doit désormais se concentrer sur ces médicaments coûteux», plaide-t-il.



À l’inverse, les médicaments du quotidien représentent l’immense majorité des ventes en pharmacie. Selon l’expert, les traitements vendus à moins de 100 dirhams constituent près de 98% des volumes écoulés dans les officines. Une nouvelle baisse de leurs prix risquerait, selon lui, d’accentuer les difficultés d’approvisionnement.

Un décret toujours en attente

Cette réflexion s’inscrit dans le cadre du nouveau projet de décret sur la fixation des prix des médicaments, élaboré après une étude confiée au cabinet SouthBridge. Le texte, qui devait être examiné par le gouvernement, a finalement été reporté au début du mois de juillet. Les syndicats de pharmaciens ont demandé sa suspension, estimant que certaines dispositions pourraient fragiliser davantage les officines, déjà confrontées à des difficultés économiques.

Pour Abdelmajid Belaiche, l’enjeu dépasse toutefois les seuls pharmaciens. La réforme devra concilier plusieurs objectifs : améliorer l’accès aux traitements, préserver la viabilité économique des différents acteurs du secteur, renforcer la production locale et garantir la soutenabilité financière de l’Assurance maladie obligatoire. Selon lui, cibler prioritairement les médicaments les plus coûteux, plutôt que poursuivre des baisses généralisées, permettrait de mieux répondre à ces différents objectifs tout en limitant le risque de nouvelles pénuries.
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