Dès l’entame de l’échange, un constat s’impose : le football, et plus encore la CAN, n’est jamais un simple divertissement. Parce qu’il est le sport le plus populaire du continent, il concentre des émotions, des récits et des projections que les arènes politiques classiques peinent à susciter. Pour Mehdi Alioua, cette ferveur n’est ni spontanée ni irrationnelle. Elle relève de véritables rituels sociaux, inscrits dans le calendrier collectif, qui permettent aux sociétés de libérer tensions, frustrations et aspirations. «Le football n’est jamais seulement un jeu. À travers une compétition comme la CAN, ce sont des émotions, des identités, des rapports de force et une image du pays qui se jouent, bien au-delà de la pelouse», confirme l’invité.
Dans les tribunes comme dans l’espace médiatique, le match se joue donc aussi sur le terrain de l’image, de la reconnaissance et de la mise en scène. Le football devient un langage universel, un miroir grossissant des rapports de force, mais aussi un espace d’identification immédiate, là où les discours diplomatiques restent souvent abstraits ou éloignés du vécu quotidien des citoyens. «Une CAN parle souvent davantage aux populations qu’un sommet politique, parce que les gens s’identifient plus facilement à des joueurs qu’à des institutions ou à des diplomates», explique l’invité de «L’Info en Face».
Le football devient alors un révélateur de cette fragmentation. «On n’est pas la même personne dans un stade de football, dans un café ou dans la vie professionnelle, et c’est parfaitement normal», rappelle le sociologue. Les rivalités observées lors de certains matchs ne sont pas uniquement sportives : elles réveillent des mémoires, des contentieux diplomatiques, des solidarités ou des rejets, parfois inconscients, qui traversent les sociétés.
Mais cette mise en lumière n’est pas sans effets collatéraux. En s’affirmant comme vitrine du continent, le Maroc s’expose aussi à la comparaison, voire à la contestation. Certains saluent cette réussite comme un atout collectif pour l’Afrique, quand d’autres y voient l’expression d’une concurrence assumée entre puissances émergentes. La CAN devient alors un terrain symbolique où se mesurent non seulement les équipes, mais aussi les modèles de développement et les trajectoires de leadership. Dans cette configuration, la question du leadership africain s’impose naturellement. Pour Mehdi Alioua, elle ne saurait toutefois se réduire à une logique de domination ou de hiérarchie figée. «Le vrai leadership n’est pas celui de la supériorité affichée ou de l’humiliation de l’autre, mais celui qui accepte le doute, l’erreur et la coopération», affirme-t-il.
La CAN Maroc 2025 place ainsi le Royaume dans une position nouvelle : celle d’un acteur désormais perçu comme puissant, tant sur le plan sportif que symbolique. Une position qui génère une pression extra-sportive sur l’équipe nationale et ses encadrants. «Les joueurs ne portent pas seulement un maillot, ils portent aussi des attentes politiques, identitaires et symboliques très lourdes», rappelle le sociologue, soulignant le poids psychologique de cette responsabilité. Dans ce contexte, la performance sportive, aussi importante soit-elle, ne saurait résumer l’enjeu réel de la compétition. «Même si le Maroc ne gagne pas la CAN, son rayonnement régional et continental ne disparaîtra pas. L’histoire ne s’arrête pas à un match», insiste Mehdi Alioua. Le leadership, selon lui, se construit dans la durée, par la constance, la crédibilité et la capacité à fédérer plutôt qu’à dominer.
Au final, la CAN Maroc-2025 apparaît moins comme un aboutissement que comme une étape. Une étape dans la consolidation d’un positionnement africain assumé, dans un continent en recomposition, où le football sert de caisse de résonance aux transformations économiques, politiques et sociétales à l’œuvre. À mesure que la CAN Maroc 2025 approche de son dénouement, une certitude s’impose : le tournoi aura servi de catalyseur. Catalyseur d’émotions, de débats identitaires, de rivalités symboliques et de récits alternatifs sur l’Afrique. «À travers cette CAN, c’est aussi l’Afrique qui se donne à voir au monde, autrement que sous le prisme misérabiliste habituel», conclut Mehdi Alioua. Plus qu’un événement sportif, la CAN Maroc 2025 confirme ainsi que le football demeure, en Afrique, l’un des langages les plus puissants pour dire les sociétés, leurs tensions... et leurs ambitions.
Dans les tribunes comme dans l’espace médiatique, le match se joue donc aussi sur le terrain de l’image, de la reconnaissance et de la mise en scène. Le football devient un langage universel, un miroir grossissant des rapports de force, mais aussi un espace d’identification immédiate, là où les discours diplomatiques restent souvent abstraits ou éloignés du vécu quotidien des citoyens. «Une CAN parle souvent davantage aux populations qu’un sommet politique, parce que les gens s’identifient plus facilement à des joueurs qu’à des institutions ou à des diplomates», explique l’invité de «L’Info en Face».
La CAN, un rituel social où la société se raconte
Pour Mehdi Alioua, la ferveur populaire qui entoure la Coupe d’Afrique des nations ne relève ni de l’excès irrationnel ni de l’improvisation. Elle s’inscrit dans un rituel social structuré, profondément ancré dans les pratiques collectives. «Ce que l’on voit dans les stades ou dans les cafés n’est pas spontané : ce sont des rituels sociaux très codifiés, qui permettent à une société de relâcher des tensions accumulées», explique-t-il. Et d’ajouter que la CAN agit ainsi comme une soupape collective, un moment de suspension du quotidien où l’émotion devient un langage socialement accepté. Cris, débordements verbaux, célébrations parfois excessives ne sont pas des anomalies, mais l’expression d’un espace symbolique particulier. «Le football offre un espace où l’on peut exprimer des choses que l’on ne dit pas ailleurs, parfois de manière excessive, mais toujours très révélatrice», souligne M. Alioua. Dans ce théâtre social, le supporter devient acteur. Le stade, les terrasses de cafés et les réseaux sociaux se transforment en scènes où se rejouent frustrations sociales, hiérarchies implicites et aspirations collectives. «Le match se joue aussi dans les tribunes, dans les coulisses et dans l’image que l’on donne de soi au monde», résume le sociologue, rappelant que le football condense des enjeux bien plus vastes que le simple score final.Identités fragmentées et retour assumé de l’africanité
La CAN Maroc 2025 s’inscrit également dans une séquence identitaire particulière pour le Royaume. Longtemps dominée par le prisme de l’arabité et l’orientation euro-méditerranéenne, l’africanité marocaine revient au premier plan. «Jouer la CAN, c’est assumer pleinement son africanité. On ne peut pas vouloir gagner la Coupe d’Afrique des nations sans se reconnaître comme africain», affirme Mehdi Alioua. Mais cette africanité ne s’oppose pas aux autres appartenances. Elle s’ajoute à un ensemble plus large, fait de strates et de contradictions. «L’identité n’est jamais un bloc homogène. Nous sommes faits de fragments, d’expériences et d’appartenances multiples, qui s’expriment différemment selon les contextes», explique-t-il. Le même individu peut ainsi se sentir tour à tour marocain, africain, arabe ou panafricain, sans que ces dimensions ne s’annulent.Le football devient alors un révélateur de cette fragmentation. «On n’est pas la même personne dans un stade de football, dans un café ou dans la vie professionnelle, et c’est parfaitement normal», rappelle le sociologue. Les rivalités observées lors de certains matchs ne sont pas uniquement sportives : elles réveillent des mémoires, des contentieux diplomatiques, des solidarités ou des rejets, parfois inconscients, qui traversent les sociétés.
Une vitrine géopolitique et économique à ciel ouvert
La CAN Maroc 2025 dépasse largement le cadre d’un simple événement sportif. Par son organisation, la qualité de ses infrastructures et son exposition médiatique, elle s’impose comme une opération de visibilité stratégique pour le Royaume. Aux yeux de Mehdi Alioua, cette compétition constitue un moment clé de projection internationale. «Cette CAN est probablement la plus médiatisée et la mieux organisée de l’histoire, et elle projette une image très forte du Maroc à l’échelle internationale», souligne-t-il. Le football devient ici un instrument de narration politique. À travers les stades, les pelouses, la sécurité ou la logistique, le Maroc met en scène une capacité à accueillir, organiser et délivrer un événement continental d’envergure. «En organisant une CAN de ce niveau, le Maroc ne montre pas seulement son football, il montre sa capacité à faire fonctionner un système, à produire de la confiance et à rayonner», insiste le sociologue.Mais cette mise en lumière n’est pas sans effets collatéraux. En s’affirmant comme vitrine du continent, le Maroc s’expose aussi à la comparaison, voire à la contestation. Certains saluent cette réussite comme un atout collectif pour l’Afrique, quand d’autres y voient l’expression d’une concurrence assumée entre puissances émergentes. La CAN devient alors un terrain symbolique où se mesurent non seulement les équipes, mais aussi les modèles de développement et les trajectoires de leadership. Dans cette configuration, la question du leadership africain s’impose naturellement. Pour Mehdi Alioua, elle ne saurait toutefois se réduire à une logique de domination ou de hiérarchie figée. «Le vrai leadership n’est pas celui de la supériorité affichée ou de l’humiliation de l’autre, mais celui qui accepte le doute, l’erreur et la coopération», affirme-t-il.
La CAN Maroc 2025 place ainsi le Royaume dans une position nouvelle : celle d’un acteur désormais perçu comme puissant, tant sur le plan sportif que symbolique. Une position qui génère une pression extra-sportive sur l’équipe nationale et ses encadrants. «Les joueurs ne portent pas seulement un maillot, ils portent aussi des attentes politiques, identitaires et symboliques très lourdes», rappelle le sociologue, soulignant le poids psychologique de cette responsabilité. Dans ce contexte, la performance sportive, aussi importante soit-elle, ne saurait résumer l’enjeu réel de la compétition. «Même si le Maroc ne gagne pas la CAN, son rayonnement régional et continental ne disparaîtra pas. L’histoire ne s’arrête pas à un match», insiste Mehdi Alioua. Le leadership, selon lui, se construit dans la durée, par la constance, la crédibilité et la capacité à fédérer plutôt qu’à dominer.
Au final, la CAN Maroc-2025 apparaît moins comme un aboutissement que comme une étape. Une étape dans la consolidation d’un positionnement africain assumé, dans un continent en recomposition, où le football sert de caisse de résonance aux transformations économiques, politiques et sociétales à l’œuvre. À mesure que la CAN Maroc 2025 approche de son dénouement, une certitude s’impose : le tournoi aura servi de catalyseur. Catalyseur d’émotions, de débats identitaires, de rivalités symboliques et de récits alternatifs sur l’Afrique. «À travers cette CAN, c’est aussi l’Afrique qui se donne à voir au monde, autrement que sous le prisme misérabiliste habituel», conclut Mehdi Alioua. Plus qu’un événement sportif, la CAN Maroc 2025 confirme ainsi que le football demeure, en Afrique, l’un des langages les plus puissants pour dire les sociétés, leurs tensions... et leurs ambitions.
