De 60 à 320 membres : trois décennies d'un engagement continu
Un profil académique renforcé, reflet d'une stratégie assumée
Une carte d'implantation qui épouse les réalités de la diaspora
Un seul Ramadan, deux rives, une même tutelle spirituelle
Questions à Fatiha Amellouk, directrice du Pôle art, culture et communication à la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger : «Nous ne faisons que répondre à un besoin : les MRE veulent un islam de proximité, ancré dans leurs réalités»
La Fondation Hassan II travaille en coordination permanente avec les associations et les mosquées des communautés marocaines dans les différents pays de résidence, et ce tout au long de l'année. Le nombre de membres de la délégation se précise en fonction des demandes exprimées par les Marocains résidant à l'étranger : la Fondation répond à un besoin précis. L'augmentation de cette année est directement liée à la demande croissante des MRE et à l'intérêt grandissant qu'ils portent à l'accompagnement religieux, qui s'impose comme une priorité de plus en plus affirmée. Cette demande peut également porter sur le profil recherché : prédicateur ou prêcheur. La Fondation est là pour combler ce besoin.
On observe aussi une hausse sensible des professeurs universitaires – de 33 à 39 – et des docteurs – de 30 à 50. Cette orientation vers des profils plus académiques répond-elle à une demande spécifique des communautés ou à une stratégie délibérée de la Fondation ?
Les deux, en réalité. L'augmentation des professeurs universitaires s'inscrit dans une volonté d'ouvrir des voies de concertation avec l'Université et de valoriser les compétences marocaines auprès des MRE, mais aussi auprès des autres communautés musulmanes dans les pays d'accueil. Il s'agit de profils capables de s'ouvrir sur le monde particulier des MRE, avec ses défis et ses contraintes spécifiques. Ce sont des profils en mesure de comprendre les situations auxquelles ils seront confrontés et d'y apporter des réponses adaptées.
Quels sont les critères précis de sélection des membres de la délégation ? Y a-t-il des formations spécifiques sur le contexte européen et les enjeux du vivre-ensemble ?
La sélection s'effectue selon des critères stricts et cumulatifs. Le candidat doit être de nationalité marocaine et marié. Il doit disposer de recommandations des conseils scientifiques en matière de mémorisation du Coran et de prédication, être titulaire de diplômes scientifiques ou universitaires, et figurer parmi les trois premiers aux concours de mémorisation et de récitation du Coran organisés par le ministère des Habous et des affaires islamiques. Une expérience professionnelle en tant qu'imam, prédicateur ou prêcheur est également exigée. Pour les profils universitaires, la sélection s'appuie sur la spécialisation dans les études islamiques et l'expérience professionnelle. Le but de la Fondation à travers ses critères de sélection est de constituer une délégation de haut niveau, capable de diffuser les valeurs d'un islam d'ouverture, de tolérance et de convivialité, maîtrisant autant que possible la langue du pays d'accueil, et apte à traiter les questions religieuses propres au contexte migratoire.
Pourquoi certains pays européens de poids, comme le Royaume-Uni, ne reçoivent que 3 membres, alors que des pays comme les Pays-Bas en accueillent 35 ? Quels critères président à cette répartition ?
La répartition reflète strictement la demande formulée par les associations et les mosquées locales, qui précisent elles-mêmes le nombre de prédicateurs dont elles ont besoin. Le cas du Royaume-Uni s'explique ainsi par le nombre de demandes reçues de la part des structures communautaires sur place.
Comment la Fondation coordonne-t-elle l'envoi de la délégation avec les autorités religieuses et les acteurs associatifs des pays européens, dans un contexte marqué par des débats de plus en plus vifs sur l'islam en Europe ?
La coordination se fait en continu, tout au long de l'année. Elle couvre plusieurs volets : la distribution de livres du Coran et de manuels référentiels liés au rite malikite, le soutien aux mosquées et associations actives dans l’apprentissage de la langue arabe (manuels scolaires, formation de vacataires), l'appui aux mosquées qui organisent des concours de récitation du Coran pour les enfants, ainsi que la mise en place de tournées périodiques de groupes de musique sacrée. La Fondation développe également des partenariats avec les grandes mosquées, centres islamiques et associations pour l'organisation de rencontres et de colloques portant sur les grands défis de l'islam aujourd'hui : délinquance, citoyenneté, diversité, image de l'islam dans les sociétés d'accueil.
