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320 prédicateurs pour que la diaspora marocaine vive le Ramadan comme au pays

Trois cent vingt membres. C'est l'effectif de la délégation que la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger déploie pour le Ramadan 2026, un record depuis les premières missions lancées il y a près de trois décennies. Au-delà du chiffre, c'est la montée en exigence académique du dispositif qui retient l'attention : docteurs, professeurs d'université et spécialistes des études islamiques forment désormais le cœur d'un programme qui s'adresse tout autant aux défis identitaires de la diaspora qu'à ses besoins spirituels.

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Chaque année, aux premières heures du Ramadan, des milliers de Marocains établis en Europe, au Canada ou aux États-Unis retrouvent, le temps d'un mois, un imam venu du pays. Un visage familier, une langue partagée, une façon de réciter qui rappelle les mosquées de Fès, de Marrakech ou d'Oujda. Derrière ce rituel discret se cache un programme que la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger orchestre sans interruption depuis 1992, ou presque.

De 60 à 320 membres : trois décennies d'un engagement continu

Les données historiques de la Fondation racontent, à elles seules, l'ampleur du chemin parcouru. Soixante membres en 1998, 105 en 2002, 220 à partir de 2010 : la courbe n'a cessé de progresser, portée par une demande croissante des communautés marocaines dans les pays d'accueil. La parenthèse Covid – qui avait contraint la Fondation à suspendre le programme en 2020 et 2021 et à le basculer en format numérique sur YouTube – n'a pas cassé la dynamique. La reprise en 2022, avec 202 membres, a été suivie d'une montée régulière : 230 en 2023, 255 en 2024, avant un recul à 238 en 2025. Le bond de 2026, à 320 membres, soit une hausse de 34% en un an, marque une rupture nette avec cette phase de stabilisation.

Un profil académique renforcé, reflet d'une stratégie assumée

La composition de la délégation 2026 reflète une inflexion stratégique lisible dans les chiffres. La Fondation envoie cette année 50 prédicateurs titulaires d'un doctorat, contre 28 en 2025, et 39 professeurs universitaires, en hausse par rapport aux 33 de l'année précédente. À ces profils s'ajoutent 60 prêcheurs titulaires d'un master, 75 licenciés, 66 membres chargés d'assurer à la fois les prêches et la direction des prières des Tarawih, ainsi que 30 imams dédiés à ces mêmes prières. La délégation a pris la route le 16 février.

Une carte d'implantation qui épouse les réalités de la diaspora

La répartition géographique des 320 membres suit de près la carte des communautés marocaines en Europe et au-delà. La France, premier pays d'accueil, concentre à elle seule 82 membres. L'Espagne et l'Allemagne en reçoivent chacune 51, la Belgique 42, les Pays-Bas 35, l'Italie 26 et le Canada 14. Les États-Unis (6), la Suède (5) et l'Angleterre (3) complètent le dispositif, auquel s'ajoutent des présences d’un représentant en Hongrie, Norvège, Autriche, Finlande et Islande. Une présence qui témoigne de la volonté de la Fondation de ne laisser aucune communauté sans accompagnement, quelle que soit sa taille.

Un seul Ramadan, deux rives, une même tutelle spirituelle

Ce dispositif ne se déploie pas en silo. La délégation de la Fondation Hassan II s'inscrit dans un effort national plus large : au total, ce sont quelque 600 prédicateurs, psalmodieurs et universitaires que le Maroc mobilise chaque Ramadan, entre la Fondation et le ministère des Habous et des affaires islamiques, et ce, rappelle Abdellah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), dans un pays qui compte par ailleurs 52.000 mosquées à encadrer sur son propre territoire. «C'est un sacrifice», souligne-t-il, «mais c'est le Commandant des croyants qui veille à ce que les Marocains du monde bénéficient du même encadrement que les Marocains du Maroc.» Tous les participants, quelle que soit l'institution qui les envoie, sont validés par le Conseil supérieur des oulémas, témoignant de la profondeur de l'engagement du Royaume envers sa diaspora.

Questions à Fatiha Amellouk, directrice du Pôle art, culture et communication à la Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l’étranger : «Nous ne faisons que répondre à un besoin : les MRE veulent un islam de proximité, ancré dans leurs réalités»

La Fondation Hassan II pour les Marocains résidant à l'étranger vient d'annoncer l'envoi d'une délégation de 320 membres pour assurer l'accompagnement religieux et spirituel des MRE tout au long du mois du Ramadan. C'est une hausse de 34% par rapport aux 238 membres de l'an dernier, après plusieurs années de stabilisation autour de 230 à 255 membres. Quels facteurs expliquent ce bond ?

320 prédicateurs pour que la diaspora marocaine vive le Ramadan comme au pays



La Fondation Hassan II travaille en coordination permanente avec les associations et les mosquées des communautés marocaines dans les différents pays de résidence, et ce tout au long de l'année. Le nombre de membres de la délégation se précise en fonction des demandes exprimées par les Marocains résidant à l'étranger : la Fondation répond à un besoin précis. L'augmentation de cette année est directement liée à la demande croissante des MRE et à l'intérêt grandissant qu'ils portent à l'accompagnement religieux, qui s'impose comme une priorité de plus en plus affirmée. Cette demande peut également porter sur le profil recherché : prédicateur ou prêcheur. La Fondation est là pour combler ce besoin.

On observe aussi une hausse sensible des professeurs universitaires – de 33 à 39 – et des docteurs – de 30 à 50. Cette orientation vers des profils plus académiques répond-elle à une demande spécifique des communautés ou à une stratégie délibérée de la Fondation ?

Les deux, en réalité. L'augmentation des professeurs universitaires s'inscrit dans une volonté d'ouvrir des voies de concertation avec l'Université et de valoriser les compétences marocaines auprès des MRE, mais aussi auprès des autres communautés musulmanes dans les pays d'accueil. Il s'agit de profils capables de s'ouvrir sur le monde particulier des MRE, avec ses défis et ses contraintes spécifiques. Ce sont des profils en mesure de comprendre les situations auxquelles ils seront confrontés et d'y apporter des réponses adaptées.

Quels sont les critères précis de sélection des membres de la délégation ? Y a-t-il des formations spécifiques sur le contexte européen et les enjeux du vivre-ensemble ?

La sélection s'effectue selon des critères stricts et cumulatifs. Le candidat doit être de nationalité marocaine et marié. Il doit disposer de recommandations des conseils scientifiques en matière de mémorisation du Coran et de prédication, être titulaire de diplômes scientifiques ou universitaires, et figurer parmi les trois premiers aux concours de mémorisation et de récitation du Coran organisés par le ministère des Habous et des affaires islamiques. Une expérience professionnelle en tant qu'imam, prédicateur ou prêcheur est également exigée. Pour les profils universitaires, la sélection s'appuie sur la spécialisation dans les études islamiques et l'expérience professionnelle. Le but de la Fondation à travers ses critères de sélection est de constituer une délégation de haut niveau, capable de diffuser les valeurs d'un islam d'ouverture, de tolérance et de convivialité, maîtrisant autant que possible la langue du pays d'accueil, et apte à traiter les questions religieuses propres au contexte migratoire.

Pourquoi certains pays européens de poids, comme le Royaume-Uni, ne reçoivent que 3 membres, alors que des pays comme les Pays-Bas en accueillent 35 ? Quels critères président à cette répartition ?

La répartition reflète strictement la demande formulée par les associations et les mosquées locales, qui précisent elles-mêmes le nombre de prédicateurs dont elles ont besoin. Le cas du Royaume-Uni s'explique ainsi par le nombre de demandes reçues de la part des structures communautaires sur place.

Comment la Fondation coordonne-t-elle l'envoi de la délégation avec les autorités religieuses et les acteurs associatifs des pays européens, dans un contexte marqué par des débats de plus en plus vifs sur l'islam en Europe ?

La coordination se fait en continu, tout au long de l'année. Elle couvre plusieurs volets : la distribution de livres du Coran et de manuels référentiels liés au rite malikite, le soutien aux mosquées et associations actives dans l’apprentissage de la langue arabe (manuels scolaires, formation de vacataires), l'appui aux mosquées qui organisent des concours de récitation du Coran pour les enfants, ainsi que la mise en place de tournées périodiques de groupes de musique sacrée. La Fondation développe également des partenariats avec les grandes mosquées, centres islamiques et associations pour l'organisation de rencontres et de colloques portant sur les grands défis de l'islam aujourd'hui : délinquance, citoyenneté, diversité, image de l'islam dans les sociétés d'accueil.

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