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Récentes pluies : le pire est loin d'être derrière nous (Charafat Afailal)

Malgré les récentes pluies qui se sont récemment abattues sur des régions du Maroc, le pays traverse toujours l’une des plus difficiles saisons de sécheresse, a indiqué Charafat Afilal, ancienne ministre déléguée chargée de l’Eau. D’après la même responsable, ces précipitations auront certes un impact bénéfique, mais seulement sur les cultures printanières, alors que le déficit hydrique reste toujours présent, en raison de l’insuffisance des précipitations.

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Les dernières précipitations sont de bon augure, mais ne résorbent pas le déficit hydrique devenu structurel, a indiqué Charafat Afailal, ancienne ministre déléguée chargée de la gestion de l’Eau. Contactée par «Le Matin» pour recueillir son avis sur l’impact des dernières précipitations sur la situation hydrique au Maroc, l’experte a indiqué que ces pluies bienfaitrices ont certes améliorer la situation hydrique en insufflant une bouffée d’oxygène dans la lutte contre la pénurie d’eau, avec un niveau de remplissage des barrages atteignant 30% au 1er avril.



Néanmoins, «le pire est loin d’être derrière nous», car le Maroc continue de traverser l’une des périodes de sécheresse les plus difficiles, car ce qui caractérise particulièrement cette sécheresse, c’est sa durée exceptionnelle de six années consécutives, marquant ainsi la période de sécheresse la plus longue de l’histoire du pays. «Certes, la situation hydrique s’est améliorée, mais elle demeure alarmante, surtout lorsqu’on sait que le taux de remplissage des barrages reste globalement faible, alors que la saison agricole n’est pas encore terminée. Quant à la réouverture des hammams, je considère que cette mesure reste très marginale et ne pourra être interprétée comme le signe d’une amélioration globale de la situation hydrique, puisque ces structures consomment peu d’eau. En effet, la consommation ménagère en général ne représente que 13% de la consommation globale», note-t-elle.

Pour la même intervenante la solution pour pallier cette situation de stress hydrique devenue chronique serait l’adaptation des politiques publiques à la réalité actuelle. L’intervenante souligne dans ce sens l’urgence de limiter les surfaces irriguées destinées aux cultures gourmandes en eau qui avaient gagné beaucoup de terrain au détriment des cultures céréalières résistant à la sécheresse que le Maroc devait maintenir. «Il est devenu désormais indispensable que les politiques publiques dans les secteurs de l’agriculture et de l’irrigation soient conçues de manière à ne pas dépasser les capacités du Royaume, surtout lorsqu’on sait que les changements climatiques ont entraîné une diminution significative des précipitations», ajoute la même intervenante.

Déplorant les erreurs commises en matière de gestion de l’eau par le passé qui avaient entraîné l’épuisement des nappes phréatiques et la surexploitation des réserves au niveau des barrages, l’ancienne ministre met l’accent en outre sur l’importance aujourd’hui d’adopter des mesures préventives et de surveiller scrupuleusement chaque prélèvement d’eau du sol, en enregistrant précisément chaque quantité extraite afin de mieux gérer et préserver cette précieuse ressource.

«Tout observateur et connaisseur du domaine aurait admis à l’époque que le rythme d’exploitation des ressources en eau, lié à l’extension des surfaces irriguées, n’était pas une option durable. En effet, dans un pays au climat structurellement semi-aride à aride, la promotion d’un modèle d’agriculture marchande en grande partie destinée à l’exportation de biens de contre-saison a reposé sur l’intensification de l’irrigation jusqu’à atteindre des limites insoutenables. Ainsi, la solution aujourd’hui est de veiller à gérer cette ressource du mieux qu’on peut», conclut-elle.
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