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Ryad Mezzour : La CAN 2025 est un signal de fiabilité du Maroc adressé au monde

La Coupe d’Afrique des nations 2025 n’a pas seulement suscité l’ardeur des tribunes. Elle a, en l’espace de quelques semaines, exposé l’action publique marocaine au grand jour, avec un regard parfois admiratif, parfois plus exigeant. C’est dans ce contexte que Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du commerce, invité de «L’Info en Face» du 26 janvier, a pris la parole, non pour commenter un résultat, mais pour décrypter les enjeux réels de l’événement. Son intervention était moins le récit d’un moment que la mise en perspective d’une manifestation qui a cristallisé l’ambition de toute une nation.

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Il serait réducteur de lire la CAN 2025 à l’aune d’un score ou d’un trophée. L’événement, par son ampleur et par son intensité a déplacé le centre de gravité du débat. Il n’a plus seulement été question de football, mais de capacité collective, d’organisation publique, de rapport au monde et, en creux, de rapport à soi. À mesure que les projecteurs se multipliaient, le Maroc s’est retrouvé confronté à une double épreuve : celle de la performance sous contrainte, et celle de la cohérence des choix dans la durée. C’est ce que l’intervention de Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du commerce, a essayé de mettre en lumière dans l’émission «L’Info en Face» du 26 janvier. Ne cherchant ni à embellir la séquence ni à en atténuer les aspérités, elle a invité à relire la CAN comme le révélateur d’un État capable de tenir des engagements complexes et à afficher des ambitions somme toute légitimes.

Quand le sport révèle le politique

Dès le départ, la CAN 2025 a dépassé le cadre strict de la compétition pour ouvrir des débats plus profonds sur l’Afrique, son poids, ses ressources et son niveau de développement. En l’espace de quelques semaines, on était plus visibles et plus exposés. Au fil des rencontres, des symboles et des regards croisés, l’événement a ravivé l’idée d’une Afrique appelée à se penser et à se construire, au-delà des émotions du moment.



Car aux yeux de Ryad Mezzour, le sport n’est jamais un simple jeu : il porte en lui une charge politique que l’histoire n’a cessé de rappeler. Et cette compétition a souvent servi d’espace de substitution aux affrontements ouverts. Des jeux antiques aux grandes scènes sportives contemporaines, souligne-t-il, le sport concentre des rivalités que les sociétés ont appris à contenir dans un cadre réglé. «Les compétitions sportives ont été inventées pour remplacer les guerres de manière symbolique», dit-il, à la condition toutefois que cette tension demeure maîtrisée, circonscrite à l’espace du jeu.

Partant de là, le ministre évoque une fierté largement partagée : celle d’une équipe nationale revenue en finale après plus de vingt ans d’attente, portée par une génération jeune, âgée de 24 à 26 ans, qui «a laissé son sang et sa sueur sur le terrain». Il rappelle alors les résultats obtenus sous la conduite de Walid Regragui – demi-finale de Coupe du monde, finale de Coupe d’Afrique – avant de conclure : «il a fait le travail». Une manière de rappeler que les choix techniques relèvent des instances compétentes et ne sauraient être dictés par les emballements du moment.

La crédibilité à l’épreuve

Au-delà des scores, M. Mezzour souligne que le Maroc, devant le monde entier, a donné à voir des infrastructures opérationnelles, des dispositifs de sécurité éprouvés et une organisation maîtrisée. Pour le ministre, ce qui s’est joué là dépasse la réussite de l’événement : c’est un signal de fiabilité adressé aux investisseurs, aux institutions financières et aux partenaires industriels, parce qu’il réduit, concrètement, le risque perçu.

Les données avancées viennent étayer cette lecture. Les investissements strictement sportifs engagés pour la remise à niveau des stades sont évalués entre 12 et 14 milliards de dirhams, à mettre en regard d’un volume annuel d’investissement public avoisinant 400 milliards de dirhams. À ces montants se sont ajoutés des chantiers dans les transports, la santé et les services, accélérés pour répondre aux exigences de la CAN, mais inscrits de longue date dans la trajectoire de développement du pays.

En plus des investissements tangibles, l’événement a également produit un effet immatériel tout aussi déterminant. Environ 2,2 milliards de téléspectateurs pour les seuls matchs, près de 10 milliards de vues sur les réseaux sociaux : une exposition qu’aucune campagne classique n’aurait pu atteindre sans mobiliser des budgets considérables. «Pour parvenir à une telle audience par des moyens de communication traditionnels, il aurait fallu engager entre 450 et 500 millions de dollars», souligne Ryad Mezzour. Là encore, l’enjeu dépasse la visibilité : il tient à la reconnaissance, implicite mais puissante d’une capacité d’exécution désormais lisible à l’échelle internationale.

Économie politique : accélération et richesse créée

Interrogé sur le coût de la CAN, Ryad Mezzour a répondu qu’il n’avait pas «détourné l’investissement public de ses priorités», mais qu'il en avait «modifié la cadence». Des chantiers programmés de longue date ont été accélérés pour tenir les échéances, produisant un effet d’entraînement mesurable. À partir de données sectorielles croisées, consommation de ciment, dynamique du BTP, flux touristiques, transport aérien, commerce et publicité, la richesse additionnelle générée est aujourd’hui estimée entre 20 et 25 milliards de dirhams.

Cette accélération s’est traduite concrètement par la création de 52.000 à 60.000 emplois temporaires dans le BTP durant la phase de préparation, par un afflux touristique supplémentaire évalué à plusieurs centaines de milliers de visiteurs, ainsi que par une progression des recettes du transport aérien. À ces effets directs se sont ajoutés des retombées diffuses sur l’ensemble de l’économie de services, des cafés aux fan zones, de l’événementiel à la publicité. Ces ordres de grandeur restent des estimations, appelées à être consolidées par les comptes nationaux, mais ils dessinent déjà une tendance nette : celle d’un événement qui a agi comme un catalyseur plus que comme une parenthèse.

Dérapages «intolérables» sur les réseaux sociaux

Après le match final ayant opposé Maroc au Sénégal, et les incidents regrettables ayant ponctué cette séquence, la Toile s’est déchaînée de part et d’autre donnant lieu par moments à des dérapages déplorables. Selon M. Mezzour, les réseaux sociaux, par leur mécanique d’amplification, ont donné une visibilité accrue à des prises de parole qui ne reflètent ni la société marocaine dans sa profondeur ni dans ses valeurs intrinsèques. Mais le ministre invite à ne pas confondre ce tumulte numérique avec le réel. «On mesure aussi la grandeur d’un pays, ou d’un homme, à l’agressivité et au nombre de ses ennemis», rappelle-t-il, soulignant que le bruit des plateformes ne saurait tenir lieu de diagnostic social.

Pour autant, aucun relativisme n’est admis lorsque la ligne est franchie. Les propos racistes tenus par certains compatriotes sont condamnés sans détour. Les mots sont clairs, assumés, répétés : «inacceptables», «intolérables». Le ministre rappelle alors ce qui fonde le socle commun : un pays traversé par la pluralité des couleurs, des croyances et des héritages, une diversité constitutive de l’identité nationale et consacrée par la Constitution. Dans ce contexte, insiste-t-il, la réponse ne pouvait être ni impulsive ni dispersée. Elle s’est exprimée au plus haut niveau de l’État, comme une parole de sagesse, d’apaisement et de responsabilité. Une parole qui fixe le cadre, rappelle la profondeur africaine du Maroc et referme la porte contre les dérives de la surenchère et les tentations populistes.
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