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Sécurité des barrages : les contrôles bientôt soumis à des règles strictes

Classification et évaluation du niveau de sécurité des barrages, leur surveillance étroite et régulière, audits de sécurité programmés tous les cinq à dix ans et déclenchement immédiat d’un suivi renforcé dans les situations exceptionnelles (séisme, montée de la retenue, pluies intenses…) : le projet de décret examiné lors du Conseil du gouvernement, tenu ce jeudi 5 février 2026, veut installer une méthodologie normalisée et un dispositif solide de contrôle de ces ouvrages hydrauliques.

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Le projet de décret relatif à la classification des barrages et à l’évaluation de leur niveau de sécurité a figuré à l’ordre du jour du Conseil du gouvernement présidé par Aziz Akhannouch, jeudi 5 février 2026. Ce décret vient compléter la loi 30-15 sur la sécurité des barrages, promulguée en 2016, en en fixant enfin les modalités pratiques : comment classer un barrage, quand l’évaluer, selon quels critères et avec quelles responsabilités.

Pourquoi maintenant

Ces derniers jours, Ksar El Kébir et plus largement la province de Larache ont vécu au rythme des alertes hydrologiques. Les opérations d’évacuation des habitants des communes exposées aux risques d'inondations ont permis, à ce jour, de transporter et d'évacuer des milliers de personnes, dans le cadre des interventions préventives visant à protéger les vies et garantir la sécurité des citoyens. Dans le même temps, le ministère de l’Équipement et de l’eau a communiqué sur le caractère exceptionnel des apports enregistrés au barrage Oued El Makhazine : 972,9 millions de m³ depuis le début de la saison, dont 716,8 millions de m³ sur deux semaines, soit 184% de la moyenne annuelle habituelle (chiffres arrêtés au 4 février 2026). Le lien avec le décret examiné par le Conseil du gouvernement n’est peut-être pas mécanique, ce texte ne «répond» pas à un épisode à chaud, mais apportera certainement beaucoup de réponses aux citoyens inquiets.

Ce que change le décret

Le projet de décret repose sur une idée simple : un barrage ne se surveille pas «au feeling». Il se surveille selon une classe, déterminée par des critères objectifs, puis selon un niveau de sécurité qui doit être évalué, réévalué, archivé. Le décret introduit une classification en trois classes (A, B, C), basée principalement sur la hauteur et la capacité de stockage. La classe A vise les ouvrages les plus «grands», ceux dont la défaillance potentielle aurait les conséquences les plus lourdes, notamment quand la hauteur atteint 30 mètres ou quand la retenue dépasse 25 millions de m³. La classe B couvre les ouvrages intermédiaires (par exemple 15 à moins de 30 mètres, ou 1 à moins de 25 millions de m³), tandis que la classe C concerne les barrages plus modestes.

Évaluer le niveau de sécurité

Le décret ne permet pas seulement de classifier chaque ouvrage. Il encadre et normalise aussi l’évaluation du niveau de sécurité, en définissant le contenu attendu de cet examen. L’approche repose sur une lecture pluridisciplinaire : elle s’intéresse à l’état général du barrage, à la manière dont il fonctionne en situation normale et en situation de contrainte (notamment lors des crues), ainsi qu’à la fiabilité des équipements nécessaires à son exploitation et à sa sûreté. L’évaluation prend également en compte les facteurs liés au site, en particulier les paramètres géologiques et géotechniques susceptibles d’influencer la stabilité de l’ouvrage, sans oublier les conditions d’exploitation et l’organisation de la réponse en cas d’anomalie. L’ensemble doit déboucher sur un dossier et un rapport formalisés, accompagnés de pièces techniques, afin d’assurer la traçabilité des constats et la comparabilité des résultats dans le temps.

Une périodicité obligatoire

Le texte installe une logique de continuité en distinguant deux niveaux de suivi. D’une part, il impose une surveillance régulière, avec des fréquences qui dépendent de la catégorie du barrage : les barrages des catégories A et B doivent faire l’objet d’une surveillance quotidienne, tandis que ceux de catégorie C sont soumis à une surveillance hebdomadaire. Cette surveillance doit devenir systématique, et non liée à des initiatives ponctuelles. D’autre part, le décret prévoit un déclenchement immédiat de la surveillance renforcée pour l’ensemble des barrages dans des situations exceptionnelles. Il cite notamment le cas d’un séisme d’une magnitude au moins égale à 5 (échelle de Richter) survenant dans un rayon de 100 kilomètres autour du barrage. Il prévoit aussi des cas liés aux inondations, notamment lorsque le niveau de la retenue atteint 75% de la capacité maximale, ou lorsque des pluies intenses en 24 heures atteignent un seuil jugé anormal et susceptible de menacer la sécurité de l’ouvrage, en particulier si elles se traduisent par une hausse du niveau d’eau ou des apports enregistrés dans le bassin. En parallèle de ce suivi «au fil de l’eau», le décret fixe une périodicité pour la grande évaluation de sécurité : l’étude d’évaluation doit être réalisée au moins une fois tous les cinq ans pour les barrages des catégories A et B, et au moins une fois tous les dix ans pour les barrages de catégorie C. C’est cette articulation de surveillance régulière d’un côté et d’étude approfondie programmée de l’autre, qui structure le dispositif.

Qui réalise les études

Le décret encadre également les conditions de réalisation des évaluations. Il renvoie à des compétences spécialisées couvrant notamment le génie civil, l’hydraulique, la géologie et la géotechnique, ainsi que les équipements et dispositifs indispensables à l’exploitation et à la sûreté. L’idée est d’éviter des diagnostics incomplets ou trop dépendants d’une seule discipline, en imposant une méthode de travail structurée : un contenu minimal d’étude, des pièces à produire et des modalités de transmission clairement établies. En filigrane, le texte cherche à standardiser la qualité des évaluations et à réduire les disparités possibles entre régions, opérateurs ou maîtres d’ouvrage.

Enfin, le décret fixe les modalités d’entrée en vigueur et les dispositions transitoires. Il précise comment les barrages déjà en exploitation doivent être intégrés au nouveau régime de classification et d’évaluation, et selon quel enchaînement administratif. L’objectif est d’organiser le basculement de l’existant vers les nouvelles obligations sans créer de vide réglementaire, ni laisser certains ouvrages durablement en dehors du dispositif.
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