Le Matin : Qu’est-ce qui caractérise la participation de la France au SIAM 2026 ?
Un salon agricole à l’étranger est une occasion particulière pour les opérateurs du secteur : avec leurs partenaires habituels, c’est l’occasion d’approfondir les relations et d’identifier de nouveaux axes de partenariat. C’est aussi l’occasion d’apprécier comment le pays se transforme. Le Maroc avance vite et il est important de venir régulièrement «prendre la température». C’est aussi l’occasion de faire de nouvelles rencontres, souvent par le biais des partenaires que l’on a déjà. Les attentes du côté français sont donc variées : certains opérateurs privés sont là pour proposer leurs solutions à des clients ; d’autres cherchent plutôt à monter un réseau local de distribution pour leurs produits ; d’autres enfin viennent trouver des partenaires marocains pour initier des projets communs.
Pour les opérateurs publics, le salon est l’occasion de faire le point sur leurs partenariats. Il est également important de souligner le rôle important des régions françaises dans la mise en relation à l’occasion d’un salon aussi important que le SIAM. Cette année, la région Occitanie est présente sur le Pavillon France ; la région Pays de La Loire a organisé une importante délégation pour identifier des projets conjoints avec la région de Rabat-Salé-Kénitra dans le domaine de l’élevage ; la Chambre d’agriculture Auvergne-Rhône-Alpes, soutenue par son Conseil régional, est également présente sur le salon pour faire avancer ses partenariats avec l’ANOC (association marocaine ovine-caprine) et avec Maroc Bio (interprofession de l’agriculture biologique). Ce seront autant de rencontres qui sont préparées en amont. Le Salon est l’occasion de faire cristalliser les projets et de rencontrer en présentiel des partenaires et des amis que l’on avait hâte de retrouver.
En 2024, en marge de la 16e édition du Salon, les deux pays ont procédé à la signature d’une feuille de route pour le développement de la coopération et le partenariat dans les domaines agricole et forestier. Qu’est-ce qui a été fait depuis lors ? où en est-on s’agissant de la concrétisation de cette feuille de route ?
Cette feuille de route ne partait pas de rien. Elle reprenait des activités de coopération menées antérieurement. Toutefois, elle entendait renouveler l’ambition de la relation franco-marocaine, en développant nos activités de coopération, en reprenant les termes du partenariat d’exception renforcé signé par les deux Chefs d’État : un partenariat qui permette aux deux pays de mieux répondre à l’ensemble des défis auxquels ils sont conjointement confrontés, fondé notamment sur la confiance, la solidarité et la responsabilité de chacun envers l’autre, actif en particulier dans les domaines de l’eau et de la gestion des ressources hydriques, de l’agriculture, de la gestion forestière et de la sécurité alimentaire, de l’éducation, de la recherche scientifique et de la formation universitaire.
Beaucoup de choses ont été faites pour concrétiser cette feuille de route, dans le cadre des projets financés par l’Agence française de développement (AFD), d’une part, et dans le cadre du partenariat entre les ministères, d’autre part. Les projets récents ou en cours de l’AFD ont permis d’avancer de manière concrète dans les domaines de la gestion de l’eau agricole, de l’entrepreneuriat rural et de la transition écologique et climatique, tout en permettant de tester de nouveaux outils de politique publique, comme les contrats de nappe. L’appui de l’AFD à l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a par ailleurs permis de consolider la mise en place de la nouvelle agence.
La coopération entre les deux ministères et leurs opérateurs est une coopération de pair à pair, qui vise à développer des échanges autour de la mise en œuvre des politiques publiques. Ces échanges ont débuté sur les questions de la gestion de l’eau agricole et du développement de l’élevage, et sont appelés à se développer en 2026. Le comité mixte agricole est l’occasion d’ouvrir de nouveaux espaces de partenariat, prévus dans la feuille de route : le conseil agricole, l’insertion des jeunes en milieu rural, la numérisation des services aux agriculteurs et la formation continue des agents de nos ministères. Enfin, nombre d’avancées ont pu être mises en œuvre dans les domaines de l’enseignement et de la recherche, avec des partenariats solides qui se concrétisent par de nombreux projets de recherche ainsi que des mobilités de jeunes, d’enseignants et de chercheurs, et qui continuent à se développer.
Au-delà de la coopération bilatérale, le secteur agricole fait face à des défis inédits liés notamment au réchauffement climatique, au stress hydrique ou encore au renchérissement du coût des intrants. Comment le secteur peut-il gérer ces contraintes ?
Les défis auxquels fait face le secteur agricole sont en effet majeurs, avec une exposition croissante aux risques climatiques, géopolitiques et sanitaires. Ils nécessitent, pour y faire face, de mettre en œuvre des mesures à la fois de court terme et de long terme. À court terme, il s'agit de permettre aux producteurs de faire face aux accidents ou au renchérissement des intrants. En France, l’État y répond par divers instruments, en lien avec le secteur agricole, à travers par exemple des fonds de mutualisation. Mais il s'agit aussi d'investir dans l'avenir et dans la transition, en rendant le secteur plus résilient, moins dépendant aux intrants et mieux adapté au changement climatique. Cela répond à une demande, et aussi à un besoin de s'adapter à la baisse de la ressource en eau. Ce sont des adaptations de fond, que l’État accompagne.
Entre le souci de durabilité et l’impératif de la productivité, le secteur agricole est parfois confronté à des choix difficiles. Est-il possible selon vous de concilier les deux termes de cette équation ?
L'importance des enjeux de durabilité est liée au rôle central de l'agriculture dans la réponse aux grands défis mondiaux, comme la lutte contre le changement climatique, l'utilisation durable des ressources ou la protection de la biodiversité. Cependant, le producteur doit avant tout être en mesure de vivre de... sa production ! C'est pourquoi ces transitions doivent nécessairement être accompagnées d'une vision de long terme. C'est ce que nous faisons, par exemple avec les investissements dans l'innovation liés au programme France 2030 qui permettent à de nouvelles filières innovantes de se développer et d'apporter des solutions performantes aux agriculteurs comme aux entreprises agroalimentaires.
La souveraineté alimentaire est un enjeu primordial. Mais dans un monde de plus en plus instable et en proie aux incertitudes et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, cette souveraineté est-elle toujours possible ? comment la préserver ?
Nous considérons que le commerce mondial va au-delà du simple échange de produits : d'une part, il constitue un moteur essentiel pour le développement, la stabilité et la résilience du secteur. D'autre part, il contribue à relever le triple défi des systèmes alimentaires : garantir l'alimentation d'une population croissante, l'emploi de millions de personnes tout au long de la chaîne de valeur et, dans le même temps, assurer la durabilité économique, sociale et environnementale de la production et du commerce. Cependant, lorsqu’il n’est pas réglementé, le commerce mondial peut être source de difficultés économiques et sociales pour les agriculteurs, les populations et les États. Il peut également exacerber les pressions environnementales. Pour garantir la durabilité du commerce agricole et sa contribution à des systèmes alimentaires productifs, résilients et durables, il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur des règles multilatérales d’équité et de transparence. C’est pourquoi nous soutenons les accords de l’OMC. D’autre part, il est légitime et nécessaire que chacun s’efforce de renforcer son autonomie stratégique et sa souveraineté alimentaire, dans le respect de ses engagements internationaux.
Face à l'instabilité du marché, la sécurité alimentaire mondiale passe par la production d'aliments stratégiques dans plusieurs régions du monde et par la production d'aliments locaux adaptés au contexte de chaque pays. La souveraineté ne signifie pas l'autarcie, mais la capacité d'un pays ou d'une région du monde à rester maître du choix de ses approvisionnements alimentaires, que ce soit par le biais de la production nationale ou du commerce international. Ces exigences ne doivent pas conduire à la fermeture des marchés, ce qui aggraverait les difficultés, mais à une coopération renforcée et durable entre des partenaires stables et résilients. Cet objectif de souveraineté et de consolidation de la production nationale passe également par des politiques agricoles solides, par la reconnaissance du caractère stratégique de l’agriculture, par des investissements dans ces secteurs et par la valorisation du travail quotidien accompli par nos agriculteurs, dont on oublie trop souvent que, sans eux, il n’y a ni production agricole ni échanges. Ainsi, la souveraineté alimentaire peut être définie comme «la capacité de contrôler, de choisir et de maîtriser notre approvisionnement et nos dépendances». En définitive, il s’agit d’une question de souveraineté, car elle touche directement à la sécurité alimentaire de nos populations et, par conséquent, à la sécurité même de nos pays.
Les petites et moyennes agricultures ont-elles un avenir dans un contexte de haute compétitivité et de flambée des facteurs de production ? doit-on les sacrifier au nom de la logique commerciale et des intérêts des grands groupes nationaux ?
En France, nous avons une grande diversité de modèles de production, y compris des petites et moyennes exploitations agricoles. Celles-ci ont tout à fait leur place dans le jeu de la compétitivité, et si certaines rencontrent des difficultés dans un contexte défavorable, d'autres à l'inverse sont très performantes. L'enjeu est de favoriser la création de valeur ajoutée et sa répartition équitable entre les acteurs de la chaîne de valeur. Dans l'expérience française, les Indications géographiques, par exemple, se sont avérées constituer un outil performant, à même de garantir que la valeur ajoutée reste dans les territoires et chez les producteurs et les transformateurs locaux. Le renforcement des organisations de producteurs constitue également un puissant levier pour permettre le rééquilibrage du rapport de forces au sein de la chaîne de valeur.
Annie Genevard : La présence française au SIAM en 2026 fait suite à une année 2025 qui a été exceptionnelle en événements. En 2025, la France a été à l’honneur au salon Halieutis à Agadir, au SIAM à Meknès et à Grain and Milling Expo à Casablanca. Le Maroc a été à l’honneur au SIA à Paris et au Sommet de l’Élevage à Cournon-d’Auvergne. Les délégations de chaque pays ont été importantes, à chaque occasion ; elles comprenaient à la fois des opérateurs économiques et des responsables administratifs.
Le SIAM 2026 sera l’occasion de faire le bilan de cette «année croisée agricole» qui a permis aux deux pays de mieux se connaître et d’identifier de nouvelles occasions de travailler ensemble. Au-delà des entreprises présentes sur le Pavillon France, de nombreux professionnels français font le déplacement à Meknès. Leur objectif est de rencontrer leurs partenaires marocains et d'explorer de nouvelles opportunités de collaboration. Cette forte mobilisation illustre la solidité des liens entre la France et le Maroc, ainsi que l’importance accordée au marché marocain par les acteurs français des secteurs agricole et agroalimentaire.
Un deuxième élément important de cette participation française au SIAM 2026 est le lancement du Comité mixte agricole, en marge du Salon. Il a été mis en place entre nos ministères et a été signé à l’occasion de la visite d’État au Maroc du Président de la République, en octobre 2024. Cette réunion permettra de faire le point sur la mise en œuvre de la feuille de route ambitieuse qui avait été signée lors du SIAM 2024. Ce comité mixte agricole se déroulera en deux temps : un temps d’échanges entre nos deux ministères, que j’aurai le plaisir de co-présider avec Monsieur le Ministre El Bouari, et un temps d’échange entre les professionnels des différentes filières agricoles, qui sera coprésidé par le président de la COMADER, M. Rachid Benali, et M. Franck Sander, agriculteur et président du conseil d’administration de FranceAgriMer, établissement public chargé de la concertation entre les filières agricoles et l’administration française. Je suis donc accompagnée d’une délégation non seulement de cadres de mon ministère, mais aussi de responsables des interprofessions françaises. Ceux-ci comptent bien profiter du salon pour approfondir leurs relations avec leurs partenaires marocains.
Le SIAM 2026 sera l’occasion de faire le bilan de cette «année croisée agricole» qui a permis aux deux pays de mieux se connaître et d’identifier de nouvelles occasions de travailler ensemble. Au-delà des entreprises présentes sur le Pavillon France, de nombreux professionnels français font le déplacement à Meknès. Leur objectif est de rencontrer leurs partenaires marocains et d'explorer de nouvelles opportunités de collaboration. Cette forte mobilisation illustre la solidité des liens entre la France et le Maroc, ainsi que l’importance accordée au marché marocain par les acteurs français des secteurs agricole et agroalimentaire.
Un deuxième élément important de cette participation française au SIAM 2026 est le lancement du Comité mixte agricole, en marge du Salon. Il a été mis en place entre nos ministères et a été signé à l’occasion de la visite d’État au Maroc du Président de la République, en octobre 2024. Cette réunion permettra de faire le point sur la mise en œuvre de la feuille de route ambitieuse qui avait été signée lors du SIAM 2024. Ce comité mixte agricole se déroulera en deux temps : un temps d’échanges entre nos deux ministères, que j’aurai le plaisir de co-présider avec Monsieur le Ministre El Bouari, et un temps d’échange entre les professionnels des différentes filières agricoles, qui sera coprésidé par le président de la COMADER, M. Rachid Benali, et M. Franck Sander, agriculteur et président du conseil d’administration de FranceAgriMer, établissement public chargé de la concertation entre les filières agricoles et l’administration française. Je suis donc accompagnée d’une délégation non seulement de cadres de mon ministère, mais aussi de responsables des interprofessions françaises. Ceux-ci comptent bien profiter du salon pour approfondir leurs relations avec leurs partenaires marocains.
Dans quelle mesure ce Salon peut-il rapprocher les opérateurs agricoles marocains et français ? Quelles sont les attentes du côté français ?
Un salon agricole à l’étranger est une occasion particulière pour les opérateurs du secteur : avec leurs partenaires habituels, c’est l’occasion d’approfondir les relations et d’identifier de nouveaux axes de partenariat. C’est aussi l’occasion d’apprécier comment le pays se transforme. Le Maroc avance vite et il est important de venir régulièrement «prendre la température». C’est aussi l’occasion de faire de nouvelles rencontres, souvent par le biais des partenaires que l’on a déjà. Les attentes du côté français sont donc variées : certains opérateurs privés sont là pour proposer leurs solutions à des clients ; d’autres cherchent plutôt à monter un réseau local de distribution pour leurs produits ; d’autres enfin viennent trouver des partenaires marocains pour initier des projets communs.
Pour les opérateurs publics, le salon est l’occasion de faire le point sur leurs partenariats. Il est également important de souligner le rôle important des régions françaises dans la mise en relation à l’occasion d’un salon aussi important que le SIAM. Cette année, la région Occitanie est présente sur le Pavillon France ; la région Pays de La Loire a organisé une importante délégation pour identifier des projets conjoints avec la région de Rabat-Salé-Kénitra dans le domaine de l’élevage ; la Chambre d’agriculture Auvergne-Rhône-Alpes, soutenue par son Conseil régional, est également présente sur le salon pour faire avancer ses partenariats avec l’ANOC (association marocaine ovine-caprine) et avec Maroc Bio (interprofession de l’agriculture biologique). Ce seront autant de rencontres qui sont préparées en amont. Le Salon est l’occasion de faire cristalliser les projets et de rencontrer en présentiel des partenaires et des amis que l’on avait hâte de retrouver.
En 2024, en marge de la 16e édition du Salon, les deux pays ont procédé à la signature d’une feuille de route pour le développement de la coopération et le partenariat dans les domaines agricole et forestier. Qu’est-ce qui a été fait depuis lors ? où en est-on s’agissant de la concrétisation de cette feuille de route ?
Cette feuille de route ne partait pas de rien. Elle reprenait des activités de coopération menées antérieurement. Toutefois, elle entendait renouveler l’ambition de la relation franco-marocaine, en développant nos activités de coopération, en reprenant les termes du partenariat d’exception renforcé signé par les deux Chefs d’État : un partenariat qui permette aux deux pays de mieux répondre à l’ensemble des défis auxquels ils sont conjointement confrontés, fondé notamment sur la confiance, la solidarité et la responsabilité de chacun envers l’autre, actif en particulier dans les domaines de l’eau et de la gestion des ressources hydriques, de l’agriculture, de la gestion forestière et de la sécurité alimentaire, de l’éducation, de la recherche scientifique et de la formation universitaire.
Beaucoup de choses ont été faites pour concrétiser cette feuille de route, dans le cadre des projets financés par l’Agence française de développement (AFD), d’une part, et dans le cadre du partenariat entre les ministères, d’autre part. Les projets récents ou en cours de l’AFD ont permis d’avancer de manière concrète dans les domaines de la gestion de l’eau agricole, de l’entrepreneuriat rural et de la transition écologique et climatique, tout en permettant de tester de nouveaux outils de politique publique, comme les contrats de nappe. L’appui de l’AFD à l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a par ailleurs permis de consolider la mise en place de la nouvelle agence.
La coopération entre les deux ministères et leurs opérateurs est une coopération de pair à pair, qui vise à développer des échanges autour de la mise en œuvre des politiques publiques. Ces échanges ont débuté sur les questions de la gestion de l’eau agricole et du développement de l’élevage, et sont appelés à se développer en 2026. Le comité mixte agricole est l’occasion d’ouvrir de nouveaux espaces de partenariat, prévus dans la feuille de route : le conseil agricole, l’insertion des jeunes en milieu rural, la numérisation des services aux agriculteurs et la formation continue des agents de nos ministères. Enfin, nombre d’avancées ont pu être mises en œuvre dans les domaines de l’enseignement et de la recherche, avec des partenariats solides qui se concrétisent par de nombreux projets de recherche ainsi que des mobilités de jeunes, d’enseignants et de chercheurs, et qui continuent à se développer.
Au-delà de la coopération bilatérale, le secteur agricole fait face à des défis inédits liés notamment au réchauffement climatique, au stress hydrique ou encore au renchérissement du coût des intrants. Comment le secteur peut-il gérer ces contraintes ?
Les défis auxquels fait face le secteur agricole sont en effet majeurs, avec une exposition croissante aux risques climatiques, géopolitiques et sanitaires. Ils nécessitent, pour y faire face, de mettre en œuvre des mesures à la fois de court terme et de long terme. À court terme, il s'agit de permettre aux producteurs de faire face aux accidents ou au renchérissement des intrants. En France, l’État y répond par divers instruments, en lien avec le secteur agricole, à travers par exemple des fonds de mutualisation. Mais il s'agit aussi d'investir dans l'avenir et dans la transition, en rendant le secteur plus résilient, moins dépendant aux intrants et mieux adapté au changement climatique. Cela répond à une demande, et aussi à un besoin de s'adapter à la baisse de la ressource en eau. Ce sont des adaptations de fond, que l’État accompagne.
Entre le souci de durabilité et l’impératif de la productivité, le secteur agricole est parfois confronté à des choix difficiles. Est-il possible selon vous de concilier les deux termes de cette équation ?
L'importance des enjeux de durabilité est liée au rôle central de l'agriculture dans la réponse aux grands défis mondiaux, comme la lutte contre le changement climatique, l'utilisation durable des ressources ou la protection de la biodiversité. Cependant, le producteur doit avant tout être en mesure de vivre de... sa production ! C'est pourquoi ces transitions doivent nécessairement être accompagnées d'une vision de long terme. C'est ce que nous faisons, par exemple avec les investissements dans l'innovation liés au programme France 2030 qui permettent à de nouvelles filières innovantes de se développer et d'apporter des solutions performantes aux agriculteurs comme aux entreprises agroalimentaires.
La souveraineté alimentaire est un enjeu primordial. Mais dans un monde de plus en plus instable et en proie aux incertitudes et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, cette souveraineté est-elle toujours possible ? comment la préserver ?
Nous considérons que le commerce mondial va au-delà du simple échange de produits : d'une part, il constitue un moteur essentiel pour le développement, la stabilité et la résilience du secteur. D'autre part, il contribue à relever le triple défi des systèmes alimentaires : garantir l'alimentation d'une population croissante, l'emploi de millions de personnes tout au long de la chaîne de valeur et, dans le même temps, assurer la durabilité économique, sociale et environnementale de la production et du commerce. Cependant, lorsqu’il n’est pas réglementé, le commerce mondial peut être source de difficultés économiques et sociales pour les agriculteurs, les populations et les États. Il peut également exacerber les pressions environnementales. Pour garantir la durabilité du commerce agricole et sa contribution à des systèmes alimentaires productifs, résilients et durables, il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur des règles multilatérales d’équité et de transparence. C’est pourquoi nous soutenons les accords de l’OMC. D’autre part, il est légitime et nécessaire que chacun s’efforce de renforcer son autonomie stratégique et sa souveraineté alimentaire, dans le respect de ses engagements internationaux.
Face à l'instabilité du marché, la sécurité alimentaire mondiale passe par la production d'aliments stratégiques dans plusieurs régions du monde et par la production d'aliments locaux adaptés au contexte de chaque pays. La souveraineté ne signifie pas l'autarcie, mais la capacité d'un pays ou d'une région du monde à rester maître du choix de ses approvisionnements alimentaires, que ce soit par le biais de la production nationale ou du commerce international. Ces exigences ne doivent pas conduire à la fermeture des marchés, ce qui aggraverait les difficultés, mais à une coopération renforcée et durable entre des partenaires stables et résilients. Cet objectif de souveraineté et de consolidation de la production nationale passe également par des politiques agricoles solides, par la reconnaissance du caractère stratégique de l’agriculture, par des investissements dans ces secteurs et par la valorisation du travail quotidien accompli par nos agriculteurs, dont on oublie trop souvent que, sans eux, il n’y a ni production agricole ni échanges. Ainsi, la souveraineté alimentaire peut être définie comme «la capacité de contrôler, de choisir et de maîtriser notre approvisionnement et nos dépendances». En définitive, il s’agit d’une question de souveraineté, car elle touche directement à la sécurité alimentaire de nos populations et, par conséquent, à la sécurité même de nos pays.
Les petites et moyennes agricultures ont-elles un avenir dans un contexte de haute compétitivité et de flambée des facteurs de production ? doit-on les sacrifier au nom de la logique commerciale et des intérêts des grands groupes nationaux ?
En France, nous avons une grande diversité de modèles de production, y compris des petites et moyennes exploitations agricoles. Celles-ci ont tout à fait leur place dans le jeu de la compétitivité, et si certaines rencontrent des difficultés dans un contexte défavorable, d'autres à l'inverse sont très performantes. L'enjeu est de favoriser la création de valeur ajoutée et sa répartition équitable entre les acteurs de la chaîne de valeur. Dans l'expérience française, les Indications géographiques, par exemple, se sont avérées constituer un outil performant, à même de garantir que la valeur ajoutée reste dans les territoires et chez les producteurs et les transformateurs locaux. Le renforcement des organisations de producteurs constitue également un puissant levier pour permettre le rééquilibrage du rapport de forces au sein de la chaîne de valeur.
