La souveraineté ne se joue plus uniquement sur le terrain politique ou diplomatique. Elle se mesure aussi à la capacité d'un pays à produire, à nourrir sa population, à sécuriser son approvisionnement énergétique, à maîtriser ses ressources et à créer suffisamment d'emplois pour réduire ses vulnérabilités économiques et sociales. C'est autour de cette conception élargie que le gouvernement entend articuler une partie de son action durant la législature 2026-2031. Dans son programme, l'Exécutif défend une stratégie reposant sur deux leviers complémentaires : renforcer les capacités productives nationales et faire de la croissance un instrument d'inclusion sociale. L'objectif est de réduire les dépendances structurelles tout en consolidant les fondements d'une économie capable de résister aux chocs extérieurs.
Industrie : produire davantage pour dépendre moins
Dans ce sens, le premier chantier concerne la consolidation du tissu industriel national. Le gouvernement s’engage à accélérer la substitution aux importations, développer les chaînes de valeur locales et renforcer l'intégration des entreprises marocaines dans les filières industrielles stratégiques. Cette orientation repose notamment sur le développement des industries automobile, aéronautique, électronique, pharmaceutique et des activités liées aux nouvelles technologies. L'enjeu consiste à dépasser une logique de simple assemblage pour favoriser une production à plus forte valeur ajoutée, appuyée sur l'innovation, la recherche et les compétences nationales. Le programme accorde également une place importante à la commande publique et à l'investissement comme instruments de stimulation de la production locale. Cette politique vise à renforcer la présence des entreprises nationales sur leur propre marché, tout en améliorant leur compétitivité à l'exportation.
Énergie et eau : sécuriser deux ressources vitales
La souveraineté énergétique constitue un autre pilier majeur de cette stratégie. Face à la dépendance du Maroc aux importations d'énergie, le gouvernement mise sur l'accélération des investissements dans les énergies renouvelables, le renforcement des infrastructures électriques et le développement de nouvelles filières, notamment l'hydrogène vert. Le programme réaffirme ainsi l'objectif de porter à 52% la part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée à l'horizon 2030. Cette transition doit contribuer à réduire l'exposition du pays aux fluctuations des marchés internationaux et à améliorer la compétitivité de son appareil productif.
À cette ambition énergétique s'ajoute l'impératif de sécurité hydrique. Le gouvernement prévoit de poursuivre la construction de barrages, le dessalement de l'eau de mer, l'interconnexion des bassins hydrauliques et la réutilisation des eaux usées traitées. Au-delà de la réponse à la sécheresse, ces investissements sont présentés comme des conditions indispensables à la pérennité de l'activité agricole, industrielle et touristique.
À cette ambition énergétique s'ajoute l'impératif de sécurité hydrique. Le gouvernement prévoit de poursuivre la construction de barrages, le dessalement de l'eau de mer, l'interconnexion des bassins hydrauliques et la réutilisation des eaux usées traitées. Au-delà de la réponse à la sécheresse, ces investissements sont présentés comme des conditions indispensables à la pérennité de l'activité agricole, industrielle et touristique.
Agriculture : consolider la souveraineté alimentaire
À tous ces volets, la sécurité alimentaire occupe également une place centrale dans le programme. Le gouvernement entend poursuivre la modernisation du secteur agricole tout en renforçant la résilience des exploitations face aux changements climatiques. La stratégie repose sur l'amélioration de la productivité, la valorisation des produits agricoles, le développement des industries agroalimentaires et une meilleure maîtrise des circuits de commercialisation. L'Exécutif met particulièrement l'accent sur la nécessité de préserver les capacités nationales de production et d'améliorer l'approvisionnement du marché intérieur. Toutefois, cette ambition se heurte à une contrainte majeure : la raréfaction des ressources hydriques. La réussite de la souveraineté alimentaire dépendra donc de la capacité à concilier production agricole, rationalisation de l'utilisation de l'eau et préservation des revenus des agriculteurs.
Investissement : mobiliser le capital national et créer de l'emploi
Le renforcement de la souveraineté économique passe aussi par une mobilisation accrue de l'investissement privé. Dans ce sens, on apprend que le gouvernement entend améliorer le climat des affaires, faciliter l'accès au financement et encourager l'émergence d'entreprises nationales capables de porter des projets structurants. Dans cette perspective, la nouvelle Charte de l'investissement, la réforme des établissements et entreprises publics et l'accompagnement des TPME constituent des instruments privilégiés. L'Exécutif ambitionne également de faire de l'investissement un moteur de création d'emplois durables, en particulier pour les jeunes et les femmes. Son programme fixe notamment un objectif de 250.000 postes dans l'industrie, 80.000 dans le tourisme et 40.000 dans le numérique. Ces engagements traduisent la volonté de rapprocher croissance économique et insertion professionnelle. Ils posent néanmoins la question de l'adéquation entre les qualifications disponibles et les besoins réels des entreprises.
Infrastructures et tourisme : renforcer l'attractivité du territoire
Et comme la souveraineté économique repose également sur la maîtrise des infrastructures stratégiques, le gouvernement prévoit de poursuivre le développement des réseaux ferroviaires, routiers, portuaires et aéroportuaires afin d'améliorer la connectivité du territoire et de soutenir les échanges commerciaux. Cette dynamique doit accompagner l'essor des plateformes industrielles et logistiques, tout en renforçant l'intégration des différentes régions aux circuits de création de richesse. Le tourisme figure également parmi les secteurs appelés à contribuer davantage à cette ambition. Le programme prévoit une montée en puissance de l'offre touristique nationale, notamment dans la perspective des grandes échéances internationales, avec pour objectif de stimuler les investissements, l'emploi et les recettes en devises.
Le défi décisif : transformer la souveraineté économique en progrès social
Au-delà des investissements et des objectifs sectoriels, le véritable enjeu réside dans leur traduction sociale. Une économie plus autonome ne garantit pas, à elle seule, une amélioration des conditions de vie. Le gouvernement entend ainsi faire de la création d'emplois, de l'inclusion économique et de la réduction des disparités territoriales les prolongements de sa stratégie productive. Cette articulation entre souveraineté économique et souveraineté sociale constitue l'un des principaux paris du programme. Car la capacité du Maroc à renforcer son autonomie dépendra autant de ses infrastructures et de ses industries que de la qualification de sa main-d'œuvre et de l'accès de la population aux opportunités économiques.
Reste désormais à concrétiser ces orientations. Entre contraintes budgétaires, pression sur les ressources naturelles et exigences de compétitivité, le gouvernement devra démontrer sa capacité à transformer une ambition de souveraineté en résultats mesurables. C'est à cette condition que le renforcement de l'appareil productif national pourra devenir un véritable levier de prospérité partagée.
Reste désormais à concrétiser ces orientations. Entre contraintes budgétaires, pression sur les ressources naturelles et exigences de compétitivité, le gouvernement devra démontrer sa capacité à transformer une ambition de souveraineté en résultats mesurables. C'est à cette condition que le renforcement de l'appareil productif national pourra devenir un véritable levier de prospérité partagée.
