Il a fallu, dès les premières minutes, resserrer la focale. Pour Boubker Lafqui Titouani, parler de la femme travailleuse, ce n’est pas ouvrir un chapitre annexe du débat public. C’est interroger, frontalement, la manière dont un pays pense son développement et mesure sa justice sociale. La femme travailleuse, a rappelé le président de la Fondation Lafqui Titouani, ne doit plus être un sujet de débat occasionnel. Elle est là où l’économie se fait et là où la famille se maintient. Présente dans la production comme dans les équilibres domestiques, elle demeure pourtant souvent absente des décisions qui la concernent.
C’est précisément là que se situe, selon lui, le nœud du problème. Dans les discours, on reconnaît cette place avec beaucoup de conviction, parfois avec emphase. Mais la reconnaissance, à elle seule, ne change rien. Ce qui manque encore, c’est le moment où la parole engage, où l’intention se transforme en choix assumés et en politiques publiques. À cet instant précis, la question de la femme travailleuse cesse d’être déclarative : elle devient un critère de vérité politique.
À ce stade des échanges, l’attention s’est portée sur ce qui se joue en amont des discours : la fabrique même des programmes partisans. Saada Boussif, de l’Organisation des femmes du Parti de la justice et du développement (PJD), a alors soulevé une série de questions simples dans leur formulation, mais lourdes de conséquences dans leurs implications. Quelle est, en pratique, la place de la femme dans l’élaboration des programmes ? Est-elle associée au travail de conception, ou demeure-t-elle présente à titre de référence dans les discours et les textes de principe ? Est-elle actrice du processus, ou simplement impliquée dans un souci de parité de façade? À travers ces interrogations, c’est un décalage précis qui a été mis en lumière. Les principes existent, les intentions sont formulées. Mais ils ne sont guère traduits dans les orientations partisanes ou dans les politiques publiques.
Dans le même ordre d’idées, Malika Zekhnini, docteure en droit international, députée et membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires, a inscrit la question féminine dans sa dimension politique et sociale. Pour elle, l’égalité ne se pense pas en marge du choix démocratique. Elle s’éprouve dans la solidité des institutions, mais aussi dans la capacité à interroger, patiemment, les normes culturelles qui continuent d’ordonner la répartition des rôles entre espace public et espace privé.
Égalité, démocratie et héritage politique
Mettant en avant son appartenance à l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Malika Zekhnini a rappelé que ce parti s’est constitué autour d’un combat fondateur : celui de l’égalité, pensée non comme un slogan, mais comme un principe structurant. Héritier du mouvement national, il a porté une conception globale de la libération, libération de la terre, certes, mais aussi libération de l’être humain. Or, a-t-elle souligné, cette libération ne peut être conçue sans la femme. Dans la référence socialiste, elle suppose le démantèlement des chaînes sociales, culturelles et symboliques qui entravent les potentialités de chaque citoyenne et de chaque citoyen. De cette exigence découle un lien indissociable entre justice, égalité et liberté. Mieux encore, ajoute-t-elle, durant les périodes marquées par la répression et l’emprisonnement de militants, les femmes ont occupé des espaces politiques laissés vacants, assumant des responsabilités dans un contexte social peu favorable. Cette présence n’était ni accidentelle ni symbolique : elle traduisait une conviction ancienne selon laquelle la question féminine n’a jamais été marginale.
L’engagement de l’USFP s’est vérifié aussi à l’occasion des grandes réformes juridiques, du passage du Code du statut personnel au Code de la famille, jusqu’aux contributions lors des révisions constitutionnelles. Sur le terrain de la représentation politique, l’USFP, aux côtés du Parti de l’Istiqlal, figure parmi les premières formations à avoir ouvert l’institution parlementaire aux femmes. Mais cette avancée, a-t-elle averti, ne dispense pas d’un regard critique. La déconstruction des normes culturelles reste inachevée. Longtemps, l’espace intérieur a été assigné aux femmes, l’espace public aux hommes. Sortir de cette division exige un travail patient, mené à la fois par la pratique militante et par l’action publique. Abordant plus précisément la femme travailleuse, elle a défendu une approche globale. La femme est fondamentalement travailleuse, qu’elle exerce une activité rémunérée ou non. Si le débat se concentre aujourd’hui sur la salariée, il ne peut ignorer les réalités qui s’entrecroisent : pauvreté, analphabétisme, disparités territoriales, accès inégal aux services et à l’éducation.
Pis encore, pour Mme Zoumi, la définition même de la femme travailleuse pose problème. Réduire cette notion au seul travail rémunéré, a-t-elle averti, revient à occulter une part essentielle de l’activité féminine. Un travail invisible, non rémunéré, mais productif et éducatif, sans lequel ni la famille ni la société ne tiendraient durablement. Cette réduction, a-t-elle souligné, fausse le regard porté sur le travail des femmes et appauvrit les politiques publiques qui en découlent. Elle contribue à maintenir hors champ celles qui assurent, dans la sphère domestique et sociale, une charge continue, structurante, mais rarement reconnue comme telle.
Après avoir rappelé l’impératif de respecter les conventions internationales adoptées, notamment celles relatives à l’égalité de rémunération et à la protection de la maternité, Khadija Zoumi a déploré l’écart entre ces normes et leur mise en œuvre effective. Dans la réalité du monde du travail, en particulier dans le secteur privé, ces dispositions sont souvent contournées. Les contraintes économiques, a-t-elle relevé, sont fréquemment invoquées pour justifier des pratiques qui laissent les femmes sans protection réelle, notamment au moment de la maternité.
Dans cette optique, elle a souligné que les luttes pour l’éducation, les libertés et le développement ont toujours été pensées comme indissociables de la libération des femmes. Les résistances culturelles, souvent formulées sous l’accusation d’«idées importées», n’ont pas empêché l’inscription progressive de ces principes dans le champ politique, parfois de manière prudente, parfois sous l’effet des rapports de force du moment. Toutefois, Mme Afailal a appelé à une vigilance constante. Cet héritage, a-t-elle relevé, ne doit pas escamoter ni des insuffisances ni des déséquilibres persistants. Il appelle, au contraire, un débat continu, rigoureux, dégagé de toute autosatisfaction, à la mesure des enjeux démocratiques qu’il engage.
En conclusion, un point a fait consensus : la dignité de la femme travailleuse constitue un critère d’évaluation des politiques publiques. Comme l’a rappelé à juste titre Boubker Lafqui Titouani, ce ne sont pas les déclarations qui manquent, mais les décisions capables de produire des effets concrets dans la vie quotidienne.
C’est précisément là que se situe, selon lui, le nœud du problème. Dans les discours, on reconnaît cette place avec beaucoup de conviction, parfois avec emphase. Mais la reconnaissance, à elle seule, ne change rien. Ce qui manque encore, c’est le moment où la parole engage, où l’intention se transforme en choix assumés et en politiques publiques. À cet instant précis, la question de la femme travailleuse cesse d’être déclarative : elle devient un critère de vérité politique.
Centralité reconnue, vulnérabilités persistantes
Sur ce point, les prises de parole des différents intervenants ont convergé. Toutes ont rappelé, chacune selon sa sensibilité, que la condition de la femme travailleuse ne relève plus d’un traitement à part. Elle s’inscrit désormais au cœur des enjeux nationaux, là où se jugent la cohérence des politiques publiques et la capacité de l’État social à donner corps, concrètement, à l’égalité des chances. Mais même avec l’unanimité affichée s’agissant des principes, des réalités résistent, rappelant que la condition de la femme travailleuse mérite plus d’attention et d’engagement: l’instabilité de l’emploi, les entraves à l’accès à la protection sociale, la pression quotidienne d’un équilibre toujours fragile entre travail et responsabilités familiales. Autant de lignes de vulnérabilité qui continuent de peser sur les trajectoires féminines.À ce stade des échanges, l’attention s’est portée sur ce qui se joue en amont des discours : la fabrique même des programmes partisans. Saada Boussif, de l’Organisation des femmes du Parti de la justice et du développement (PJD), a alors soulevé une série de questions simples dans leur formulation, mais lourdes de conséquences dans leurs implications. Quelle est, en pratique, la place de la femme dans l’élaboration des programmes ? Est-elle associée au travail de conception, ou demeure-t-elle présente à titre de référence dans les discours et les textes de principe ? Est-elle actrice du processus, ou simplement impliquée dans un souci de parité de façade? À travers ces interrogations, c’est un décalage précis qui a été mis en lumière. Les principes existent, les intentions sont formulées. Mais ils ne sont guère traduits dans les orientations partisanes ou dans les politiques publiques.
Acquis institutionnels à consolider
Mais la lecture de Mohammed Tarik a été plus nuancée. Les politiques publiques, a rappelé le professeur universitaire, ont permis des avancées réelles en matière de droits des femmes. Les passer sous silence serait injuste. Mais à côté des acquis demeurent des insuffisances tenaces, parfois de véritables impasses, lorsque les droits proclamés peinent à quitter le registre normatif pour se traduire dans les pratiques.Dans le même ordre d’idées, Malika Zekhnini, docteure en droit international, députée et membre du bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires, a inscrit la question féminine dans sa dimension politique et sociale. Pour elle, l’égalité ne se pense pas en marge du choix démocratique. Elle s’éprouve dans la solidité des institutions, mais aussi dans la capacité à interroger, patiemment, les normes culturelles qui continuent d’ordonner la répartition des rôles entre espace public et espace privé.
Égalité, démocratie et héritage politique
Mettant en avant son appartenance à l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Malika Zekhnini a rappelé que ce parti s’est constitué autour d’un combat fondateur : celui de l’égalité, pensée non comme un slogan, mais comme un principe structurant. Héritier du mouvement national, il a porté une conception globale de la libération, libération de la terre, certes, mais aussi libération de l’être humain. Or, a-t-elle souligné, cette libération ne peut être conçue sans la femme. Dans la référence socialiste, elle suppose le démantèlement des chaînes sociales, culturelles et symboliques qui entravent les potentialités de chaque citoyenne et de chaque citoyen. De cette exigence découle un lien indissociable entre justice, égalité et liberté. Mieux encore, ajoute-t-elle, durant les périodes marquées par la répression et l’emprisonnement de militants, les femmes ont occupé des espaces politiques laissés vacants, assumant des responsabilités dans un contexte social peu favorable. Cette présence n’était ni accidentelle ni symbolique : elle traduisait une conviction ancienne selon laquelle la question féminine n’a jamais été marginale.
L’engagement de l’USFP s’est vérifié aussi à l’occasion des grandes réformes juridiques, du passage du Code du statut personnel au Code de la famille, jusqu’aux contributions lors des révisions constitutionnelles. Sur le terrain de la représentation politique, l’USFP, aux côtés du Parti de l’Istiqlal, figure parmi les premières formations à avoir ouvert l’institution parlementaire aux femmes. Mais cette avancée, a-t-elle averti, ne dispense pas d’un regard critique. La déconstruction des normes culturelles reste inachevée. Longtemps, l’espace intérieur a été assigné aux femmes, l’espace public aux hommes. Sortir de cette division exige un travail patient, mené à la fois par la pratique militante et par l’action publique. Abordant plus précisément la femme travailleuse, elle a défendu une approche globale. La femme est fondamentalement travailleuse, qu’elle exerce une activité rémunérée ou non. Si le débat se concentre aujourd’hui sur la salariée, il ne peut ignorer les réalités qui s’entrecroisent : pauvreté, analphabétisme, disparités territoriales, accès inégal aux services et à l’éducation.
Travail, maternité et discriminations ordinaires
Puis le débat s’est alors rapproché de ce que le travail féminin révèle, une fois confronté aux situations concrètes. Saada Boussif a d’abord pointé la manière dont la maternité demeurait largement traitée comme une affaire individuelle, renvoyée à la responsabilité des femmes, plutôt que comme une question relevant pleinement des choix publics. Dans le prolongement, Meryem Boutouraout, journaliste et militante associative, a évoqué des expériences professionnelles précises : des femmes pénalisées, qui ont passé à côté d’opportunités au motif d’une grossesse réelle ou supposée, y compris dans des environnements professionnels se proclamant progressistes. Ces situations, a-t-elle relevé, traduisent la persistance d’une culture de suspicion à l’égard des femmes, plus sensible encore lorsque celles-ci accèdent à des postes de responsabilité.Dialogue social et angles morts
Un autre point de tension s’est alors fait jour, celui du dialogue social. Plusieurs interventions ont relevé une contradiction persistante. Les femmes sont nombreuses au sein des syndicats, souvent majoritaires dans certains secteurs, mais elles demeurent largement absentes des négociations sociales. Pour Khadija Zoumi, présidente de l’Organisation de la femme istiqlalienne, s’interroge à ce titre : comment prétendre à un dialogue social inclusif lorsque les femmes, bien que présentes dans les structures, restent largement absentes des arbitrages qui façonnent les politiques du travail ? Entre reconnaissance formelle et prise en compte réelle, l’écart demeure, révélant l’un des angles morts les plus persistants de l’action publique.Pis encore, pour Mme Zoumi, la définition même de la femme travailleuse pose problème. Réduire cette notion au seul travail rémunéré, a-t-elle averti, revient à occulter une part essentielle de l’activité féminine. Un travail invisible, non rémunéré, mais productif et éducatif, sans lequel ni la famille ni la société ne tiendraient durablement. Cette réduction, a-t-elle souligné, fausse le regard porté sur le travail des femmes et appauvrit les politiques publiques qui en découlent. Elle contribue à maintenir hors champ celles qui assurent, dans la sphère domestique et sociale, une charge continue, structurante, mais rarement reconnue comme telle.
Après avoir rappelé l’impératif de respecter les conventions internationales adoptées, notamment celles relatives à l’égalité de rémunération et à la protection de la maternité, Khadija Zoumi a déploré l’écart entre ces normes et leur mise en œuvre effective. Dans la réalité du monde du travail, en particulier dans le secteur privé, ces dispositions sont souvent contournées. Les contraintes économiques, a-t-elle relevé, sont fréquemment invoquées pour justifier des pratiques qui laissent les femmes sans protection réelle, notamment au moment de la maternité.
L’égalité comme principe structurant du progrès
C’est dans cette articulation entre droits, démocratie et développement que s’est inscrite l’intervention de Charafat Afailal, membre du bureau politique du PPS, présidente du Forum Égalité et Parité, et ancienne ministre. Elle a rappelé que, dans la tradition progressiste et socialiste, l’égalité entre les femmes et les hommes ne relève ni de l’accessoire ni du conjoncturel, mais constitue un principe fondateur, indissociable du combat pour la justice sociale et l’ancrage démocratique.Dans cette optique, elle a souligné que les luttes pour l’éducation, les libertés et le développement ont toujours été pensées comme indissociables de la libération des femmes. Les résistances culturelles, souvent formulées sous l’accusation d’«idées importées», n’ont pas empêché l’inscription progressive de ces principes dans le champ politique, parfois de manière prudente, parfois sous l’effet des rapports de force du moment. Toutefois, Mme Afailal a appelé à une vigilance constante. Cet héritage, a-t-elle relevé, ne doit pas escamoter ni des insuffisances ni des déséquilibres persistants. Il appelle, au contraire, un débat continu, rigoureux, dégagé de toute autosatisfaction, à la mesure des enjeux démocratiques qu’il engage.
Recommandations et ligne de partage
Abstraction faites des sensibilités politiques, les intervenants ont été unanimes à souligner que la femme était une composante essentielle de la force productive nationale. Pour Meryem Boutouraout, l’enjeu ne réside pas dans l’énoncé d’un droit formel au travail, mais dans le coût économique et social de l’exclusion. Priver une partie de la population de conditions de travail justes et stables revient, selon elle, à fragiliser l’ensemble du tissu productif et à déséquilibrer durablement les équilibres collectifs. De ces échanges se sont dégagées plusieurs orientations: renforcement du dialogue social, exigence d’équité dans la redistribution, révision du Code de la famille et du Code du travail, protection effective contre la précarité, égalité salariale, justice territoriale et participation réelle des femmes à l’élaboration des politiques publiques.En conclusion, un point a fait consensus : la dignité de la femme travailleuse constitue un critère d’évaluation des politiques publiques. Comme l’a rappelé à juste titre Boubker Lafqui Titouani, ce ne sont pas les déclarations qui manquent, mais les décisions capables de produire des effets concrets dans la vie quotidienne.
