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Ksar El Kébir sous haute tension face au risque de crue majeure

Ksar El Kébir vit des heures d’extrême vigilance. Alors que les autorités redoutent une crue d’ampleur exceptionnelle de l’oued Loukkos, des milliers d’habitants ont été appelés à quitter leurs domiciles dans l’urgence, au terme d’une nuit marquée par la peur, l’incertitude et des scénarios hydrologiques jugés préoccupants.

À Ksar El Kébir, la situation s’est rapprochée, dans la nuit de lundi à mardi, d’un seuil critique. Plusieurs quartiers ont été placés sous ordre d’évacuation préventive, après l’aggravation des craintes liées à une montée rapide des eaux, alimentée par de fortes précipitations attendues dans le bassin du Loukkos.



Les habitants des quartiers Si Abdellah, Al Ouerhani, Zkakra, une partie du quartier Zoubida, la rue de la prison civile, Derb Siki, ainsi que les quartiers Al Arouba, Al Mouadafine et Al Amal, ont été sommés de quitter leurs logements avant 8 heures du matin. Une décision prise dans l’urgence, qui a semé la panique parmi de nombreuses familles, déjà éprouvées par les inondations récentes.

« On nous a demandé de partir sans savoir quand nous pourrions revenir. C’est notre maison, notre vie, notre travail », confie Aïcha, mère de trois enfants, contrainte de rejoindre des proches à Larache. « Nous comprenons le danger, mais quitter ainsi son foyer, c’est une déchirure. »



Sur le terrain, les autorités locales, appuyées par les Forces Armées Royales, ont déployé un important dispositif logistique pour accompagner les évacuations. Des bus et des trains ont été mobilisés pour permettre aux habitants de rejoindre des villes voisines, tandis que plusieurs centres d’hébergement ont été préparés pour accueillir les familles ne disposant pas de solution alternative.

Cette mobilisation intervient dans un contexte hydrologique particulièrement tendu. Le barrage Oued El Makhazine, principal ouvrage de régulation du bassin, a atteint un niveau de remplissage inédit de 945 millions de mètres cubes, soit près de 140 % de sa capacité normale. Selon les autorités en charge de sa gestion, l’ouvrage demeure techniquement sûr, mais fait l’objet d’une surveillance continue, jour et nuit.

En cas d’augmentation des apports hydriques dans les prochaines heures, un déversement automatique du surplus pourrait porter le débit à près de 1.500 m³ par seconde, un volume équivalent à trois fois celui qui avait submergé certains quartiers lors des dernières crues. Un scénario qui alimente les inquiétudes, alors que certaines projections évoquent une montée des eaux pouvant atteindre jusqu’à cinq mètres dans les zones les plus exposées.

« Je tiens un petit commerce depuis plus de vingt ans. J’ai dû fermer et partir, sans savoir ce qu’il adviendra de mon magasin », témoigne Abdelkader, commerçant dans le centre-ville. « On laisse tout derrière soi. C’est très dur moralement, mais on n’a pas le choix. »

Les données météorologiques confirment la gravité de la situation. Selon les services de prévision, des cumuls de pluie compris entre 100 et 150 mm sont attendus dans plusieurs provinces du Nord, notamment Larache, Ouezzane et Chefchaouen, dont les eaux se déversent vers le bassin du Loukkos. À Chefchaouen, plus de 170 mm ont déjà été enregistrés en quelques jours, illustrant la concentration extrême des précipitations sur un laps de temps très court, caractéristique des effets du dérèglement climatique.

Sur le plan local, si l’oued Loukkos a amorcé une légère décrue à la date du 2 février, la vigilance reste maximale. À l’inverse, l’oued Sebou et son affluent l’oued Ouergha affichent encore des niveaux très élevés, entraînant la fermeture de plusieurs axes routiers et maintenant une pression constante sur les infrastructures hydrauliques.

Face à cette situation, les autorités appellent les habitants à respecter strictement les consignes d’évacuation, insistant sur le caractère préventif des mesures prises. Pour de nombreux résidents, l’épreuve est autant humaine que matérielle. « On espère seulement pouvoir rentrer chez nous, retrouver nos quartiers et reprendre nos activités », souffle Mohamed, chauffeur de taxi resté à l’écart des zones inondables. « Ksar El Kébir n’a jamais vécu une telle situation. »

Alors que les prochaines 48 heures s’annoncent décisives, la ville retient son souffle, suspendue à l’évolution des pluies et au comportement des oueds, dans l’attente d’une accalmie qui permettrait d’écarter le pire.

Barrage Oued El Makhazine : des apports hydriques exceptionnels sous étroite surveillance

Le barrage Oued El Makhazine a enregistré des apports hydriques globaux dépassant 518 millions de mètres cubes au cours de la seule semaine écoulée, a indiqué Yassine Wahby, chef du service de l’évaluation et de la planification des ressources hydriques à l’Agence du Bassin Hydraulique du Loukkos (ABHL). Dans une déclaration, M. Wahby a précisé que la région Tanger-Tétouan-Al Hoceima, relevant du bassin hydraulique du Loukkos, a connu ces dernières semaines des précipitations exceptionnelles, ayant parfois dépassé 200 mm en 24 heures, générant des apports hydriques importants au niveau de l’ensemble des barrages du bassin.

Ksar El Kébir sous haute tension face au risque de crue majeure



Entre le 1er septembre et le 1er février, le barrage Oued El Makhazine a ainsi reçu un volume total de 845 millions de mètres cubes, dont 518 millions de m³ concentrés sur la seule semaine écoulée, illustrant l’intensité et la rapidité de cet épisode pluvieux.

Ces apports ont entraîné une hausse record du niveau de la retenue, conduisant à un lâcher d’eau partiel depuis le 24 janvier, dans le cadre d’une gestion préventive, a-t-il expliqué, soulignant que les précipitations enregistrées dépassent largement les moyennes annuelles habituelles. Selon le responsable, un dispositif renforcé de suivi et de surveillance en amont des crues a été activé afin d’anticiper les volumes attendus, parallèlement au contrôle permanent de l’état de l’ouvrage. « Le barrage se trouve dans un très bon état et aucune anomalie n’a été enregistrée », a-t-il assuré. L’ABHL, sous la supervision du Comité provincial de veille et en coordination avec l’ensemble des services concernés, adapte ses interventions en fonction des bulletins d’alerte émis par la Direction générale de la météorologie, notamment le bulletin orange de lundi et le bulletin rouge prévu pour mercredi, annonçant des précipitations comprises entre 100 et 150 mm. La protection des populations demeure la priorité absolue, a conclu M. Wahby, précisant qu’un plan spécifique a été activé pour faire face à cet épisode climatique qualifié d’exceptionnel.

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