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Mardi 23 Juin 2026
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Bac : les moyennes élevées sont-elles le seul miroir de la performance scolaire ?

Cette année encore, après la proclamation des résultats du baccalauréat, l’inflation des notes fait parler d’elle. Des moyennes générales exceptionnelles sont enregistrées, frôlant de peu le 20/20. Partagées, commentées et parfois idéalisées, ces notes transforment certains parcours d’élèves en véritables récits publics de réussite. Cette mise en lumière, de plus en plus forte, interroge la place et les critères de la performance scolaire ainsi que la manière dont elle façonne les représentations sociales du succès. Dans un monde en transformation, certaines voix s’élèvent pour défendre une autre lecture de la réussite. En effet, beaucoup estiment que la moyenne est certes un bon critère d’évaluation, mais elle ne doit pas être le seul facteur à prendre en compte.

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Les résultats du baccalauréat ont été proclamés il y a une semaine, mais le débat qu'ils suscitent est loin d'être clos. Sur les réseaux sociaux, les publications consacrées aux élèves ayant obtenu les meilleures moyennes continuent de circuler massivement. Les notes de 19 et plus concentrent d’ailleurs l'attention, alimentent les commentaires et nourrissent les comparaisons, et parfois les fantasmes. Si ces résultats témoignent d'un travail méthodique et d'un effort méritoire, leur exposition ostentatoire contribue aussi à placer la barre toujours plus haut dans l'imaginaire collectif et impacte pour ainsi dire la conception que l’on se fait de la réussite.

Dans de nombreuses familles, les moyennes d'excellence deviennent une référence à laquelle sont comparés d'autres résultats, même lorsqu'ils restent très satisfaisants. Une tendance qui peut accroître la pression ressentie par les élèves. «On dit toujours qu’on ne met pas la pression, mais en réalité elle est partout. Quand tu vois les enfants des autres avec 18,5 ou 19, tu commences malgré toi à te poser des questions sur les critères de l’excellence scolaire», témoigne Samira, mère d’une bachelière. Sa fille a obtenu 15 de moyenne, un résultat dont elle est fière. Pourtant, reconnaît-elle, le regard des autres et les comparaisons permanentes finissent par peser. Même son de cloche auprès d'Aïda. Son fils a obtenu 16 de moyenne générale. Si elle se dit satisfaite de son parcours, elle constate que les discussions se focalisent souvent sur les notes les plus élevées, jamais sur les connaissances engrangées ou les compétences acquises. «On parle beaucoup des 19 et plus, mais beaucoup moins des autres élèves qui ont pourtant travaillé toute l’année et obtenu de très bons résultats», estime-t-elle.
Pour Hassan Baha, professeur universitaire et spécialiste en sociologie de la communication et des médias, ce phénomène révèle les liens étroits entre capital scolaire et capital symbolique dans la société marocaine. Selon lui, l’institution scolaire contribue aujourd’hui à transformer les distinctions académiques en distinctions sociales légitimes. La note de 19 et plus ne représente plus seulement une performance scolaire ; elle fonctionne également comme un signe de distinction sociale, valorisé et reconnu collectivement.

La note, un indicateur parmi d’autres !
Si les moyennes exceptionnelles suscitent l’admiration, certains parents joints par «Le Matin» appellent toutefois à relativiser leur portée. Ils rappellent que, passé l’effervescence du bac, on entend rarement parler du devenir de ces élèves pourtant présentés comme les meilleurs. Ils sont convaincus que la réussite professionnelle ou personnelle ne se résume pas à un résultat obtenu à 17 ou 18 ans. Cette réflexion trouve un écho dans l’évolution du monde du travail. Aujourd’hui, «les recruteurs accordent une importance croissante à des compétences telles que l’adaptabilité, l’autonomie, l’esprit d’initiative, la créativité ou encore la capacité à travailler en équipe. Des qualités qui ne sont pas toujours reflétées par une moyenne, aussi élevée soit-elle», précise Ali, père d’un bachelier et DRH dans une multinationale. Ce dernier pense que l’importance accordée aux meilleurs résultats contribue à installer une hiérarchie implicite des réussites, où la valeur d’un parcours semble parfois se mesurer avant tout à l’aune des chiffres. Dans ce cas de figure, la note représente, selon lui, une sorte d’évaluation unidimensionnelle, or l’évaluation d’un profil doit être multidimensionnelle, voire transversale.

Attention à l’impact psychologique
Sur le plan psychologique, cette survalorisation des très hautes moyennes et la comparaison qu’elle entraîne entre les élèves ne sont pas sans conséquences. De nombreux experts attirent régulièrement l’attention sur ce phénomène, et plus largement sur le poids accordé à l’examen du baccalauréat dans le parcours des jeunes. «Le bac reste une étape importante dans le parcours d’un jeune. Mais psychologiquement, beaucoup d’élèves vivent cet examen comme si toute leur vie allait se jouer en quelques jours, et c’est là que la souffrance apparaît», souligne le Dr Faïssal Bougar, psychiatre-addictologue. Selon lui, le principal risque survient lorsque l’élève associe sa valeur personnelle à ses résultats scolaires. «Là, l’échec devient vécu comme une catastrophe identitaire, et pas simplement comme une difficulté passagère», précise-t-il. Le Dr Faïssal Bougar, comme de nombreux experts, estime qu’il est aujourd’hui nécessaire de revoir la place accordée à la note dans l’évaluation du potentiel d’un jeune. Dans un contexte où les parcours sont de plus en plus diversifiés et où les compétences recherchées dépassent largement le cadre académique, ces voix plaident pour une approche plus globale de la réussite, capable de valoriser aussi bien les performances scolaires que les talents, les aptitudes et les capacités humaines.

Pr Hassan Baha, spécialiste en sociologie de la communication et des médias, professeur universitaire

Le phénomène de la course à la note est de plus en plus observé au Maroc. Pourquoi les très hautes notes au baccalauréat sont-elles devenues un véritable symbole de réussite sociale ?


Bac : les moyennes élevées sont-elles le seul miroir de la performance scolaire ?
Pr Hassan Baha, spécialiste en sociologie de la communication et des médias, professeur universitaire.



Au fil des années, l'intelligence de l'élève se mesure à sa note scolaire. Elle est devenue, au Maroc, la valeur sociale de l'individu. D'abord, l'école marocaine, depuis plusieurs décennies, reproduit fidèlement les hiérarchies sociales existantes. Dès 1970, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron ont expliqué qu'un certain capital culturel était légitimé par l’institution scolaire, et ce au détriment d’autres compétences. Aujourd’hui, appartenir à une méritocratie de façade se fait à travers les notes de l'élève. Cette tendance monte en puissance avec les conditions d'accès aux grandes filières comme la médecine, les classes préparatoires et les grandes écoles d’ingénieurs qui restent encore otages des moyennes très élevées. Pour les familles, le seul moteur de l'ascension social demeure l'investissement dans l’éducation de leurs enfants. C'est ce que l'on appelle la théorie du capital humain, qui s’explique par le poids des attentes familiales sur les enfants. Réussir à l’école n’est plus un choix individuel, il engage l’honneur de toute la famille en se transformant en un enjeu de fierté collective. Enfin, en l’absence d’une vraie réforme du système éducatif, les familles recherchent des distinctions centrées, pour le moment, sur l’évaluation sommative chiffrée. C’est ainsi que la course au 19 et plus illustre cette dictature du chiffre pour devenir le principal déterminant du statut social de l’élève.

Quel impact la pression des résultats scolaires peut-elle avoir sur la santé mentale et l'équilibre des jeunes ?
Pour les jeunes soumis à cette logique, il est évident qu’il existe un lien entre la pression évaluative et leur santé mentale. L'élève marocain intériorise progressivement l'idée que sa valeur personnelle est déterminée par sa moyenne scolaire. Cet état détériore sa motivation et renforce l'anxiété de performance. L'un des principaux facteurs de la détresse psychologique chez les adolescents, selon l'Organisation mondiale de la santé, est la pression de se conformer à ses pairs ou l’éducation sévère. En période d'examens, les élèves développent des troubles se traduisant par des nuits blanches, des crises de paniques ou un rejet de l’école. Cette obsession de la note élevée pousse chaque élève à vivre une note insuffisante comme une menace existentielle. Une situation qui contraint certains à élaborer des stratégies de triche. Il est donc important de placer l’équilibre psychologique du jeune marocain au cœur du débat éducatif national.
Comment dépasser la logique de la note pour valoriser aussi les talents, les compétences et l'épanouissement des élèves ?
Pour dépasser la dictature de la note, le rapport à l'évaluation doit changer. Ce changement touchera le système culturel, pédagogique et institutionnel. Nous devons savoir aussi que l'intelligence humaine est plurielle. Quant à la note, elle ne représente qu'une fraction infime du potentiel humain. En effet, encourager l'intelligence musicale, interpersonnelle ou kinesthésique de l'élève marocain invite à diversifier les modalités d'évaluation et surpasser toute forme de récompense, dont la note, en matière de performance durable. L'éducation doit être axée sur les compétences transversales et le bien-être de l'élève. La loi-cadre 51-17 de 2019 relative au système d’éducation, de formation et de recherche scientifique place le développement humain et l’épanouissement personnel en priorité absolue. Loin de résumer l’élève à un chiffre, la notation doit redevenir un simple repère sur son chemin et non une fin en soi.
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