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Samedi 18 Mai 2024
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Comment rendre l'égalité des chances un objectif atteignable (Hamid Ben Elafdil)

Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit. Ils ont donc droit à l’égalité des chances à tous les niveaux. En théorie, ces droits sont une évidence, mais en pratique, et dans un contexte de crise, nous sommes en droit de nous demander si l’égalité des chances est un objectif atteignable et à quel degré. C’est la question à laquelle tente de répondre Hamid Ben Elafdil, président de la Fondation Jadara, invité de «L’Info en Face».

Hamid Ben Elafdil, président de la Fondation Jadara
Hamid Ben Elafdil, président de la Fondation Jadara
Au-delà de l’éducation, l’égalité des chances est un concept à prendre de manière plus globale. «Comme dans toutes les sociétés, je pense que nous sommes tous à la recherche de la société idéale. Cette notion de l’égalité des chances est importante. Nous sommes tous égaux devant la loi, la Constitution marocaine le dit. Après, bien évidemment, il y a des dérapages dans l’application de ce principe constitutionnel qu’est l’égalité devant la loi», précise l’invité de «L’Info en Face».

Qu’en est-il de l’égalité des chances ?

Pour Hamid Ben Elafdil, président de la Fondation Jadara, l’égalité des chances est un sujet sur lequel on peut porter un regard multidimensionnel. On peut ainsi le traiter d’un point de vue de justice sociale, d’efficacité économique ou encore sous le prisme de la sociologie. «L’égalité des chances au Maroc est un sujet peu étudié. D’abord, le verbatim lui-même de l’égalité des chances est un verbatim qui n’est peut-être pas proposé dans le narratif des politiques publiques, mais qui y est sous-jacent. Les politiques publiques au Maroc ont, globalement, fait un effort extrêmement important pour que d’abord les services publics en termes d’infrastructures soient accessibles de façon égalitaire, que le citoyen marocain, qu’il soit dans une grande ville, dans une petite ville, dans une ville moyenne ou dans un village, puisse avoir la possibilité d’accéder à un service public, que ce soit à l’école, à la santé, aux infrastructures routières ou autres», indique l’invité. Mais si ce principe est réel en pratique, il reste une nuance à faire au niveau de la qualité de ces services. «Effectivement, nous n’avons pas obligatoirement la même qualité de service entre un citoyen qui habite dans une grande ville ou un citoyen qui habite dans une petite ville ou dans un village», affirme l’invité.

L’égalité des chances dans l’enseignement

Comment permettre un accès équitable à un enseignement de qualité ? Cette question est centrale dans toutes les stratégies et politiques élaborées pour développer le secteur de l’éducation. «Aujourd’hui, le secteur de l’éducation nationale fait un travail exceptionnel bien qu’il existe encore quelques barrières à franchir. Malgré cela, il y a ce qu’on appelle les extrêmes de la fameuse courbe de Gauss qui ne peuvent pas être traités par le système éducatif national. Et c’est le cas dans beaucoup de pays», note l’invité.

Pour illustrer ses dires, le président de la Fondation Jadara évoque le cas des enfants en situation de handicap, qu’il soit physique ou mental. «Le système éducatif national a mis en place des mécanismes, on va appeler ça une discrimination positive pour les examens, donc avec une durée d’examen un peu plus longue, pour les handicaps mentaux en particulier. Mais avant l’examen, il n’y a aucun traitement qui est fait. L’offre publique éducative aujourd’hui est standardisée. Elle n’est pas en capacité d’accueillir des personnes en situation de handicap dans les règles qu’impose leur situation. Et c’est là où les acteurs de la société civile on leur rôle à jouer, car ils sont plus efficaces, plus proches, avoir des résultats plus performants que l’acteur public, parce que justement, ils ont cette agilité du secteur privé», estime l’invité de «L’Info en Face».

L’ascension sociale est-elle en panne ?

Les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP) sont éloquents : quand on arrive d’un milieu social agricole ou ouvrier, on a 3 à 7% de chances d’accéder à une fonction de cadre supérieur ! «Oui, malheureusement, les chiffres de l’enquête du HCP datent de 2011. Donc, c’est clair que depuis, il y a eu des avancées, mais aussi des régressions dues particulièrement à la Covid et à l’inflation qui a suivi cette pandémie. Nous n’avons pas de chiffres actualisés, mais avec le contexte actuel difficile, on peut parler de retour en arrière», regrette M. Ben Elafdil. Il appelle dans ce sens à anticiper les changements qui vont affecter la société marocaine et produire davantage de problèmes d’ascension sociale et donc agir pour les générations futures. «L’égalité à la naissance n’existe pas. Par contre, les sociétés cherchent à ce que justement le contrat qui permet de maintenir la société au sens large, donne de l’espoir à tout un chacun. Que quelle que soit votre volonté, quel que soit votre projet, à condition que vous en ayez la volonté et la détermination, l’environnement de la société vous donne la possibilité d’atteindre ce projet. Et là, je reviens à une phrase de Walid Regragui, le coach de l’équipe nationale, qui avait dit qu’un jeune Marocain, ce n’est pas parce qu’il est enfant de paysan qu’il doit rester paysan. Et c’est la raison d’être de la Fondation Jadara depuis 2001», note l’invité.

Jadara, une fondation au service de l’égalité des chances

Depuis 20 ans, la Fondation réunit des acteurs publics et privés autour de ses actions visant à construire une société égalitaire, inclusive et durable. Elle agit pour assurer l’accès à une éducation de qualité à tout jeune pour réussir son projet de vie en dépit de sa situation socio-économique fragile qui restreint son autonomisation et son épanouissement. «Nous sommes tributaires d’un écosystème de solidarité et de recherche d’impact. Les financements de Jadara proviennent à moins de 5% de la sphère publique. Donc 95% sont issus du privé, dont plus de 75-80% qui proviennent des entreprises citoyennes qui considèrent qu’en plus de l’impact économique qu’ils génèrent, ils souhaitent avoir un impact social et sociétal», note l’invité.
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