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Santé : la Société marocaine des sciences médicales dévoile son bilan et ses perspectives

Plus de 1.000 participants, en présentiel et à distance, ont pris part à la 41ᵉ édition du Congrès de la Société marocaine des sciences médicales, réunissant les acteurs clés du système de santé marocain et africain. Cet événement a permis de partager expériences, visions et projets dans un contexte de réforme ambitieuse, où l’accès aux médicaments essentiels, l’innovation technologique et la formation médicale sont au cœur des priorités. «Le Matin» a rencontré le Dʳ Moulay Saïd Afif, pédiatre et président de la SMSM, pour dresser le bilan de cette édition et revenir sur le rôle central de la SMSM, notamment dans le soutien à la jeunesse médicale et à la diaspora, confirmant la position du Maroc comme acteur stratégique de la santé à l’échelle africaine et internationale.

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Le Matin : Quel bilan tirez-vous de cette 41ᵉ édition du congrès de la Société marocaine des sciences médicales ?

Dʳ Moulay Saïd Afif : La 41ᵉ édition du Congrès médical national, organisée par la Société marocaine des sciences médicales (SMSM) à Casablanca, marque un tournant stratégique. Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette édition a été organisée en collaboration avec plusieurs institutions nationales, dont la Fondation Mohammed VI des sciences et de la santé. L’événement a permis de fédérer l’ensemble des acteurs du système de santé. Les débats ont porté sur des priorités majeures comme la santé maternelle et néonatale, le renforcement de la vaccination, l’accès équitable aux médicaments essentiels, la souveraineté pharmaceutique, l’innovation (chirurgie robotique, intelligence artificielle) et la réforme de la formation médicale. Ce congrès a surtout permis un partage d’expériences interinstitutionnel inédit, renforçant la convergence entre décideurs, universitaires et praticiens autour des objectifs de développement durable à l’horizon 2030.



Dans un contexte de souveraineté sanitaire et de tensions sur les approvisionnements, comment la SMSM agit-elle concrètement pour sécuriser l’accès aux médicaments essentiels et soutenir l’industrie pharmaceutique nationale ?

La SMSM joue un rôle actif dans l’actualisation de la liste nationale des médicaments essentiels, un chantier stratégique qui n’avait pas été révisé depuis 2012. Or, dans un contexte où l’accès équitable aux traitements et la sécurisation des approvisionnements sont devenus des priorités majeures, cette révision s’imposait avec urgence. Ainsi, sous la direction du professeur Samir Ahed, directeur de l’Agence marocaine des médicaments et des produits de santé, et en concertation étroite avec les sociétés savantes, les doyens des Facultés de médecine et les directeurs des CHU, ce travail a été conduit de manière collégiale. De plus, la mise à jour s’appuie sur la liste 2025 de l’Organisation mondiale de la santé, ce qui garantit un alignement avec les standards scientifiques internationaux les plus récents. Par ailleurs, une avancée majeure mérite d’être soulignée : pour la première fois, une liste pédiatrique spécifique sera élaborée. Cette initiative répond à la nécessité de mieux adapter l’offre thérapeutique aux besoins des enfants, en tenant compte de leurs spécificités cliniques. En définitive, l’objectif est double. D’une part, il s’agit d’assurer la disponibilité continue des médicaments essentiels et de prévenir les ruptures. D’autre part, cette démarche contribue à renforcer l’industrie pharmaceutique nationale, appelée à jouer un rôle central dans la consolidation de notre souveraineté sanitaire.

Quels exemples concrets illustrent l’impact de la coopération Sud-Sud ?

La coopération Sud-Sud ne se limite pas à une déclaration d’intention. Elle se traduit concrètement par la formation de base et spécialisée de médecins africains au Maroc. En parallèle, des projets structurants sont déployés dans le cadre de l’Académie africaine des sciences de la santé, renforçant ainsi les dynamiques de partage d’expertise et de montée en compétences à l’échelle continentale. Dans le même esprit, la conférence de clôture du congrès a permis de mettre en lumière plusieurs réalisations significatives, notamment en matière de formation continue, de recherche scientifique et de transfert de compétences. Ces avancées illustrent une volonté claire d’inscrire la coopération dans la durée, au-delà des rencontres institutionnelles. En outre, deux distinctions africaines ont été officiellement lancées, marquant une reconnaissance symbolique et professionnelle forte :

• Le Prix africain de médecine au professeur Abdelatif Brebiche.

• Le Prix africain de chirurgie au professeur Abdelkader Tounsi.
Ainsi, à travers ces initiatives structurantes, le Maroc affirme progressivement sa position d’acteur clé de la coopération sanitaire continentale, en misant sur la formation, l’excellence et la valorisation des compétences africaines.

Au-delà des institutions, comment la SMSM investit-elle la jeunesse médicale africaine pour structurer un véritable réseau scientifique continental ?

La SMSM favorise le partage de compétences avec les pays africains à travers des initiatives structurantes et orientées vers la relève. À ce titre, le lancement du Club des jeunes médecins africains constitue une avancée majeure, en ce qu’il crée un espace dédié à l’échange scientifique et à la coopération académique entre jeunes praticiens du continent. Ce club est notamment parrainé par le professeur Mohamed Adnaoui, président de l’Université Mohammed VI des sciences et de la santé, ainsi que par le doyen de la Faculté de médecine de Dakar, ce qui lui confère une assise institutionnelle solide et une dimension véritablement panafricaine. L’objectif est clair : structurer un réseau scientifique africain dynamique, capable de produire, partager et mutualiser le savoir médical. Dans la même dynamique, une revue scientifique entièrement pilotée par de jeunes médecins a été créée. Cette initiative vise à valoriser leurs travaux, à encourager la production scientifique locale et à renforcer durablement la culture de la recherche sur le continent. Ainsi, à travers ces dispositifs, la SMSM ne se contente pas d’organiser des rencontres ; elle contribue à bâtir des passerelles durables entre les compétences africaines, en misant sur la jeunesse, la recherche et la coopération académique.

Quelles initiatives pour renforcer la formation et l’engagement des jeunes médecins ?

En ce qui concerne le renforcement de la formation et de l’engagement des jeunes médecins, la réforme de la formation médicale, tant initiale que postuniversitaire, figure parmi les priorités majeures. Il s’agit d’adapter les cursus aux évolutions scientifiques, aux besoins du système de santé et aux attentes des nouvelles générations de praticiens. Dans cette perspective, la SMSM a engagé un travail prospectif sur les «profils métiers», afin de mieux définir le médecin généraliste et le spécialiste dont le Maroc aura besoin demain. Ce chantier, mené de manière concertée, associe les doyens des facultés de médecine, les directeurs de CHU ainsi que les présidents de sociétés savantes, garantissant ainsi une approche globale et anticipative. Par ailleurs, la mobilisation de la diaspora médicale marocaine s’inscrit pleinement dans cette dynamique. L’objectif est de fédérer les compétences nationales, où qu’elles se trouvent, pour les mettre au service des priorités sanitaires du pays et contribuer aux objectifs de développement durable à l’horizon 2030.
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