À travers cette initiative, la French Tech Casablanca entend renforcer les passerelles entre les écosystèmes d’innovation des deux rives et promouvoir l’entrepreneuriat féminin dans des secteurs à forte valeur ajoutée.
Une immersion au sein des principaux pôles d’innovation
À Casablanca, capitale économique du Royaume, les entrepreneures rencontrent des startups, des investisseurs, des incubateurs ainsi que de grands groupes. À Marrakech, les échanges portent davantage sur les dynamiques économiques et institutionnelles de la région. Enfin, Tanger leur permet de mesurer le potentiel d’un territoire devenu une plateforme stratégique entre l’Europe et l’Afrique grâce à son développement industriel et technologique.
Le programme prévoit notamment des rencontres avec plusieurs acteurs majeurs de l’écosystème marocain, parmi lesquels Capgemini, BMCI, Engie, la Chambre française de commerce et d’industrie du Maroc (CFCIM), le Technopark, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) et Tanger Med. L’objectif est de donner aux participantes une vision concrète des opportunités qu’offre le Maroc en matière d’innovation, d’investissement et de développement de projets.
Des profils variés au service de l’innovation
La délégation rassemble des entrepreneures issues de secteurs particulièrement diversifiés, illustrant l’élargissement du champ de l’innovation portée par les femmes.Parmi elles figure Zahra Ghait, fondatrice de Kyberion Advisory Services, qui développe une plateforme permettant aux entreprises d’évaluer et de piloter leur maturité en cybersécurité. Depuis Mayotte, Anazra Mohamed porte le projet Nouringa Coffee, un concept de restauration Healthy valorisant le moringa et les produits locaux, tandis que Léonelle Redjekra, fondatrice de Leo Digit, met l’intelligence artificielle (IA) et les outils numériques au service de la valorisation des entrepreneures et des territoires de l’océan Indien. La mode est également représentée par Jane Jaquin, créatrice d’une marque de prêt-à-porter inspirée de l’élégance swahilie et des savoir-faire artisanaux traditionnels.
Dans le domaine de la beauté, Dr Youmna Mouhamad, fondatrice de Nyfasi, présentera son «Deluxe Detangler», un peigne-applicateur breveté destiné aux cheveux texturés. Le secteur de la santé sera notamment représenté par Fatima Boumares, dirigeante de FB Consulting, qui développe des solutions de cardiographie avancée destinées à améliorer le diagnostic et le suivi des patients.
Au-delà de ces projets, la délégation couvre aussi des domaines tels que l’intelligence artificielle, les biotechnologies, les technologies médicales, l’événementiel, l’alimentation durable ou encore l’innovation sociale.
Renforcer les liens entre les écosystèmes
À travers cette deuxième édition, la French Tech Casablanca souhaite favoriser la création de partenariats durables entre les entrepreneures internationales et les acteurs marocains de l’innovation, de la recherche, de l’investissement et du développement économique. L’ambition est double : permettre aux participantes d’identifier des opportunités de développement au Maroc tout en offrant aux entreprises, institutions et startups marocaines de nouvelles perspectives de coopération à l’international.Pour William Simoncelli, président de la French Tech Casablanca, cette initiative dépasse le simple cadre d’une mission économique. «L’innovation n’a pas de genre, mais elle a besoin de modèles. Le Elles Tech Tour est notre façon de montrer que les femmes entrepreneurs sont des accélératrices de la relation France-Maroc», souligne-t-il.
En multipliant les rencontres entre startups, grands groupes, universités, investisseurs et institutions, les organisateurs souhaitent contribuer au positionnement du Maroc comme plateforme régionale de l’innovation, au carrefour de l’Europe, de l’Afrique et de l’international, tout en mettant en lumière le rôle croissant des femmes dans la transformation des économies innovantes.
Entretien avec la fondatrice de Kyberion Advisory Services
Zahra Ghait : «La stratégie “Digital Morocco 2030” positionne le numérique comme moteur de développement économique et ambitionne de faire du Maroc un hub digital africain»
Le Matin : Kyberion Advisory Services accompagne les organisations dans leur gouvernance cyber. Quels sont aujourd’hui les principaux défis en matière de cybersécurité auxquels sont confrontées les entreprises, en particulier les startups, et comment votre plateforme y répond-elle ?
Zahra Ghait : Aujourd’hui, les organisations – et particulièrement les startups – évoluent dans un environnement où tout s’accélère : croissance, exigences clients, conformité, technologies innovantes, pression des investisseurs. Elles font face à trois défis majeurs : la complexité, le manque de ressources et l’absence d’une gouvernance structurée de la sécurité des systèmes d’information. Le véritable enjeu n’est pas la technologie, mais la capacité à prendre des décisions éclairées, au bon moment, sans être noyé dans le jargon technique.
Kyberion Advisory Services apporte du pragmatisme et de la clarté dans un univers saturé. La plateforme permet aux organisations d’évaluer leur maturité cyber, de visualiser leurs risques, de prioriser les actions à forte valeur et de piloter leur gouvernance dans le cadre de la stratégie globale de l’entreprise.
Kyberion Advisory Services propose une approche innovante, orientée résultats, avec un impact économique concret : réduction des coûts de conformité, accélération des cycles de décision et renforcement de l’attractivité auprès des investisseurs et partenaires internationaux.
Dans le cadre du Elles Tech Tour, quelles opportunités identifiez-vous au Maroc pour le développement de solutions de cybersécurité et de gouvernance numérique ? Voyez-vous un potentiel de partenariats avec les acteurs de l’écosystème marocain ?
Le Royaume du Maroc vit une transformation numérique profonde : digitalisation des services publics, déploiement d’un cloud souverain, arrivée des Hyperscalers, essor de l’intelligence artificielle (IA), structuration de l’outsourcing et multiplication des startups. Cependant, cette dynamique s’accompagne de contraintes et de risques émergents comme la fuite de données, les attaques malveillantes, l’indisponibilité des infrastructures essentielles, la continuité d’activité, les cybermenaces, les contraintes imposées par la conformité aux nouvelles lois et réglementations internationales, la cloudification et l’extension des cas d’usage de l’IA.
La stratégie «Digital Morocco 2030» positionne le numérique comme moteur de développement économique et ambitionne de faire du Maroc un hub digital africain. Et cette ambition ne peut se concrétiser que si elle repose sur un binôme solide : la confiance et la résilience numérique.
La création récente du Centre national des opérations de cybersécurité, en coordination avec la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI), confirme cette volonté. Les axes annoncés – prévention, gouvernance, sensibilisation et formation – sont parfaitement alignés avec les besoins du marché.
Dans ce contexte, Kyberion Advisory Services voit émerger des opportunités fortes : accompagner les entreprises dans leur montée en maturité, proposer des dispositifs de résilience adaptés au contexte marocain et contribuer à la souveraineté numérique du pays.
À travers des partenariats marocains, la plateforme peut assimiler et intégrer les exigences locales – Loi 09-08, conformité sectorielle, protection des données, IA, cloud et sécurité by design – et promouvoir ainsi un Cyber Maturity Score pour les entreprises marocaines, tout en s’alignant sur les standards internationaux.
Le Maroc a le potentiel de devenir un leader régional en Afrique. Et Kyberion Advisory Services souhaite participer activement à cette dynamique.
En tant que femme entrepreneur évoluant dans un secteur encore largement masculin, quels obstacles avez-vous dû surmonter et quel message souhaitez-vous transmettre aux Marocaines qui souhaitent se lancer dans la Tech ou la cybersécurité ?
Comme beaucoup de femmes évoluant dans un secteur encore largement masculin et très technique, j’ai dû affronter des biais, des doutes, parfois des regards qui questionnent votre pertinence avant même d’écouter votre expertise. La vraie difficulté, c’est la confiance en soi : dépasser l’autocensure, oser, s’affirmer et occuper pleinement sa place. Ce travail intérieur a été déterminant pour transformer mon expertise en une posture de fondatrice assumée. J’ai appris, au fil des années, que la compétence, la rigueur et la constance finissent toujours par s’imposer.
Aux Marocaines qui souhaitent se lancer dans la Tech, je veux dire ceci : Ne demandez pas la permission. Prenez votre place. Ce secteur a besoin de votre leadership, de votre appétence pour la prise de risque, de votre capacité à penser l’innovation autrement. La cybersécurité n’est pas qu’une affaire de technique : c’est une affaire de gouvernance, de confiance et de décision – des domaines où les femmes excellent.
Le Elles Tech Tour ambitionne de créer des passerelles durables entre les écosystèmes français et marocains. Concrètement, qu’espérez-vous retirer de cette immersion et quels types de collaborations souhaitez-vous développer à l’issue de cette tournée ?
Le Elles Tech Tour représente pour moi bien plus qu’un programme : c’est une plateforme d’immersion, de rencontres et de construction de ponts durables entre les écosystèmes français, marocains et africains. Ce parcours est une occasion unique de connecter des visions, de comprendre les besoins du terrain et d’identifier des opportunités de co-innovation ; mes objectifs sont précis :
• Identifier des opportunités de co-innovation.
• Rencontrer des partenaires stratégiques pour accélérer le développement de la plateforme.
• Contribuer à structurer un écosystème cyber plus inclusif et plus performant.
À l’issue de la tournée, j’ambitionne de développer des partenariats académiques pour former les talents de demain, de négocier des collaborations avec les entreprises pour promouvoir le déploiement de la plateforme et de consolider des alliances institutionnelles pour accompagner la montée en maturité cyber.
Ayant évolué entre la France et le Maroc, je souhaite mettre cette double culture au service d’une ambition commune : contribuer au renforcement de la souveraineté numérique du pays, accélérer l’innovation et créer des passerelles durables.
Le Elles Tech Tour est une formidable opportunité pour renforcer les liens entre les deux pays. C’est cette dynamique, à la fois entrepreneuriale et collective, que je souhaite porter à travers Kyberion Advisory Services.
