Menu
Search
Lundi 15 Avril 2024
S'abonner
close
Lundi 15 Avril 2024
Menu
Search
Accueil next Société

Entretien avec Mustapha Akhmisse auteur du livre «Le kif au Maroc : du don de la malédiction à l'espoir»

«Le kif au Maroc : du don de la malédiction à l'espoir» est le dernier ouvrage du Dr Mustapha Akhmisse. L’ancien secrétaire général du ministère de la Santé et éminent chirurgien vient de dévoiler ce livre percutant qui explore l'histoire complexe et les ramifications du cannabis au Maroc. Les lecteurs pourront plonger au cœur des réalités socio-économiques et culturelles entourant la culture de cette plante. De la spiritualité associée au cannabis chez des figures illustres comme Sidi Heddi aux implications économiques et sanitaires de sa production et de sa consommation, l'auteur explore toutes les dimensions de ce sujet complexe.

Le Matin : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire sur le sujet du cannabis au Maroc ?

Dr Mustapha Akhmisse :
Au cours de mes recherches sur le maraboutisme au Maroc, objet de trois de mes ouvrages, dont celui consacré aux walis de Casablanca, sous le titre de «Rites et secrets guérisseurs des marabouts de Casablanca», j’ai été intrigué par la présence de Sidi Ziriab, fervent adepte de la confrérie Sidi Heddi, un saint ésotérique qui prônait l’utilisation du kif pour atteindre l’extase mystique. Le mausolée de Sidi Ziriab étaient fréquenté par de nombreux fumeurs auprès desquels j’ai collecté d’intéressantes informations sur ceux et celles qui fument la plante verte. Par la suite, je me suis rendu au Rif, au mausolée de Sidi Heddi, pour compléter mon information.


En quoi votre livre contribue-t-il à une meilleure compréhension de cette réalité complexe et souvent controversée ?

L’élaboration de mon livre m’a permis de répondre aux questions essentielles que je me suis posées :

• Quels sont les usagers du cannabis au Maroc ?

• Comment les tendances d’usage du cannabis au Maroc se comparent-elles avec celles d’autres pays ?

• Dans quel contexte utilise-t-on le cannabis au Maroc et pourquoi ?

• Quelles sont les populations les plus vulnérables ?

• Quelles sont les conséquences sociales du cannabis, notamment sur la délinquance et la criminalité ?

• Quelles sont les trajectoires des usagers du cannabis, notamment à l’égard du passage éventuel à d’autres drogues ?
Quelles sont les principales réalités socio-économiques et culturelles que vous explorez dans votre livre ?
J’ai été frappé par la misère dans laquelle vit le paysan rifain exploité par les mafieux et menacé d’emprisonnement par les autorités pour la culture illégale du kif. Par ailleurs, j’ai mesuré l’importance du danger que court une partie non négligeable de la jeunesse du pays.


Comment décrivez-vous l’impact de la légalisation du cannabis sur la société marocaine, tant du point de vue économique que social ?
La reconversion des cultures illicites destructrices de l'environnement du cannabis en activités légales durables va générer de nombreux emplois, des pratiques culturales plus durables, des bénéfices plus importants et le développement de toute la région du Nord.


Avez-vous rencontré des défis particuliers lors de la recherche et de l'écriture de votre livre, compte tenu de la nature sensible du sujet ?
En effet, j’ai eu beaucoup de difficulté à avoir des informateurs, même si je promettais de préserver leur anonymat.


Selon vous, quelles sont les perspectives d'avenir pour la culture du cannabis au Maroc, notamment pour l’usage médical, compte tenu des pressions internationales croissantes et des changements socio-économiques dans le pays ?
La légalisation de l’usage thérapeutique, cosmétique et industriel permettra d’apporter plus de sécurité aux agriculteurs, qui sont aujourd’hui exposés aux risques de poursuites judiciaires, d’emprisonnement, de problèmes sociaux, de violence, de peur, d’absence de stabilité et de sécurité familiale et de pauvreté. Selon le ministère de l’Intérieur, la légalisation pourrait permettre aux cultivateurs de percevoir 12% du chiffre d’affaires final dans le circuit légal, contre 4% actuellement dans le circuit illégal.
Lisez nos e-Papers