Le Matin : Après la finale de la CAN, de nombreux messages sur les réseaux sociaux ont suscité l’inquiétude des familles. Quelle a été la réalité sur le terrain et comment la Ligue des étudiants marocains au Sénégal et les autorités locales ont-elles géré la situation ?
Comment décririez-vous le climat actuel entre étudiants marocains et sénégalais, à la fois dans les universités et à l’extérieur ?
Aujourd’hui, le climat est serein et apaisé, aussi bien dans les universités que dans la vie quotidienne à l’extérieur. Les relations entre étudiants marocains et sénégalais sont marquées du sceau du respect mutuel et de la convivialité, fidèles en cela à une longue tradition de cohabitation et d’échanges entre les deux communautés. Il peut arriver que des plaisanteries ou des taquineries liées au football apparaissent, notamment après une compétition aussi passionnante que la Coupe d’Afrique des nations, mais elles restent largement bon enfant et n’affectent pas la qualité des relations humaines et académiques. Les tensions évoquées ces derniers jours ont surtout été amplifiées par les réseaux sociaux, parfois par des comptes anonymes cherchant à attiser artificiellement la division et à exploiter l’émotion du moment. Dans ce contexte, le communiqué de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, publié jeudi 22 janvier, a contribué à calmer les esprits et a été largement apprécié par les Sénégalais, qui ont salué un message de fraternité et de responsabilité, renforçant la confiance entre les deux pays. Parallèlement, il faut dire que l’ambassade du Royaume du Maroc au Sénégal a assuré un suivi étroit de la situation et a maintenu un contact permanent avec les autorités sénégalaises et les ressortissants marocains, ce qui a contribué activement à rassurer les étudiants ainsi que leurs familles, consolidant un climat de confiance et de dialogue.
Combien d’étudiants marocains poursuivent actuellement leurs études au Sénégal et comment se déroulent leur intégration et leur parcours académique au quotidien ?
La présence des étudiants marocains au Sénégal s’inscrit dans une coopération académique ancienne, solide et structurée, qui reflète la profondeur des relations entre les deux pays. Chaque année, environ 150 étudiants marocains rejoignent le Sénégal dans le cadre des bourses d’excellence, généralement attribuées à des profils ayant obtenu des moyennes élevées, souvent supérieures à 16. À ces bénéficiaires s’ajoutent de nombreux autres étudiants inscrits dans différentes filières, si bien que l’on compte en moyenne près de 400 nouveaux étudiants marocains par an, parfois davantage, dans des domaines stratégiques tels que la médecine, la pharmacie, la médecine dentaire, l’ingénierie, l’agriculture ou encore la médecine vétérinaire. Si l’on prend en considération l’ensemble des étudiants marocains inscrits dans les universités sénégalaises, ainsi que les médecins marocains en formation spécialisée dans le cadre des DES, leur nombre global peut aujourd’hui être estimé à environ 3.000. De manière générale, leur parcours académique se déroule dans de bonnes conditions, au sein d’institutions universitaires reconnues, avec un encadrement pédagogique sérieux et une intégration globalement réussie. De nombreux cadres issus de cette coopération exercent aujourd’hui des responsabilités importantes, aussi bien au Maroc qu’au Sénégal, ce qui témoigne de la qualité de cette formation et de la pertinence de ce partenariat Sud-Sud.
Quels sont les principaux défis auxquels ils font face au quotidien et comment la Ligue les accompagne-t-elle concrètement ?
Comme tout étudiant poursuivant un cursus à l’étranger, les étudiants marocains au Sénégal sont amenés à faire face à plusieurs défis liés notamment à l’adaptation culturelle, aux différences de modes de vie, au climat ou encore aux exigences académiques particulièrement élevées dans certaines filières. Consciente de ces réalités, la Ligue essaie d’être présente dès les premières étapes de leur parcours. En amont de leur arrivée, elle coordonne avec les autorités marocaines et sénégalaises afin de préparer leur accueil, qui comprend l’assistance à l’aéroport, l’accompagnement dans les démarches administratives, l’aide à l’installation et les premières actions d’intégration.
Cet accompagnement ne s’arrête pas aux premières semaines, mais se poursuit tout au long du parcours académique, qui peut s’étendre de huit à treize années, voire davantage selon les filières et les spécialisations. La Ligue accompagne aussi bien les étudiants issus de la coopération bilatérale que les médecins marocains en formation de spécialité, ainsi que les étudiants inscrits dans des établissements privés ou dans d’autres filières. Elle reste présente au quotidien pour apporter un soutien à la fois personnel et administratif, que ce soit en cas de problèmes de santé, de difficultés sociales, de situations d’urgence ou de simples besoins d’orientation, tout en maintenant un lien régulier et rassurant avec les familles au Maroc.
Quel message souhaitez-vous adresser aux étudiants, aux familles au Maroc et à l’opinion publique ?
Déclaration du chirurgien urologue et président du Collectif des médecins Marocains au Sénégal
Dr Oussama Bouchti : «Étudiants marocains et sénégalais poursuivent leurs études dans un climat de respect, de fraternité et d’échanges constructifs»
«De nombreux parents et proches nous ont contactés. Inquiets, ils voulaient s’enquérir de la situation de leurs enfants après la CAN et s’assurer de leur sécurité. Cela montre à quel point les émotions peuvent être amplifiées sur les réseaux sociaux, alors que la réalité sur le terrain est bien différente. Face à ces inquiétudes, nous avons redoublé d’efforts aux côtés de la Ligue des étudiants marocains au Sénégal pour assurer un suivi social, psychologique et humain constant des étudiants, tout en restant en contact permanent avec leurs familles au Maroc pour les rassurer. Je peux aujourd’hui affirmer que le pari est gagné : les étudiants marocains et sénégalais poursuivent leurs études dans un climat de respect, de fraternité et d’échanges constructifs. Nous avons également organisé deux conférences scientifiques à la Faculté de médecine de l’Université Cheikh Anta Diop à Dakar en partenariat avec l’ambassade du Royaume du Maroc au Sénégal, ce qui illustre parfaitement cette dynamique positive. Ces sessions ont été animées bénévolement par l’équipe marocaine de sensibilisation à la santé, qui a fait le déplacement malgré le contexte chargé. Ces conférences se sont déroulées dans une atmosphère sereine et studieuse avec la participation d’étudiants marocains et sénégalais. Je tiens à souligner que ces actions s’inscrivent pleinement dans l’esprit des Hautes Instructions de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui accorde une grande importance à la coopération Sud-Sud et au renforcement des liens de fraternité entre le Maroc et le Sénégal. Nous avons donc maintenu toutes nos activités parce que nous sommes convaincus que rien, absolument rien, ne doit compromettre le parcours académique et l’intégration harmonieuse des étudiants dans leur environnement académique et social, ni les relations entre les deux pays.»
Dre Soukaïna Jabri : «La réalité ici est très différente de ce que certains messages sur les réseaux sociaux laissent croire»
«Je travaille depuis plusieurs années au Sénégal. J’ai toujours vu nos étudiants marocains évoluer dans un climat de respect et d’accueil, et je n’ai jamais rencontré de problèmes. Quand la tension liée au match est apparue, j’ai compris l’inquiétude des familles au Maroc. Je peux vous assurer que sur le terrain, la réalité est très différente de ce que certains messages sur les réseaux sociaux laissaient croire. Bien sûr, certains étudiants ont pu être dérangés ou confrontés à des situations ponctuelles liées à l’émotion du match, mais ces cas restent isolés et la situation générale reste pleinement maîtrisée. Les jeunes poursuivent leurs études, échangent avec leurs camarades sénégalais, rient ensemble et partagent des moments de solidarité qui réchauffent le cœur. J’ai reçu de nombreux messages et j’ai parlé à plusieurs étudiants qui exprimaient leur peur face aux rumeurs. Notre rôle, en tant qu’adultes et professionnels expérimentés, est justement de les écouter, de les rassurer et de maintenir un lien étroit avec leurs familles. C’est une responsabilité humaine et un privilège, particulièrement dans le contexte actuel. Chaque sourire retrouvé, chaque échange apaisé est une preuve que la fraternité et le respect mutuel existent et dépassent toutes les tensions passagères. Je souhaite lancer un appel à tous : restons unis, faisons preuve de responsabilité et ne nous laissons pas emporter par les rumeurs. La fraternité entre le Maroc et le Sénégal est plus forte que tout, et il est de notre devoir de la préserver pour nos jeunes et pour l’avenir.»
