Un ballon, un rire, quelques secondes d’euphorie. Puis le silence. Il y a quelques mois, à Casablanca, une adolescente de 15 ans perdait la vie après avoir inhalé une dose de protoxyde d’azote, alias le gaz hilarant. Un drame qui avait brièvement secoué l’opinion publique, avant de s’effacer. Pourtant, au Maroc, ce gaz n’a rien d’un phénomène nouveau ni marginal. La récente saisie opérée au port de Tanger Med, portant sur 12.500 bonbonnes de grand format, de quoi alimenter plus de 2,5 millions de ballons, n’est que le dernier épisode d’une série d’interceptions, parfois encore plus importantes. Elle met en lumière un trafic déjà structuré et une consommation bien ancrée, notamment chez les jeunes. «Happy balloon», «Proto» ou «Neffakha», le protoxyde d’azote circule dans les soirées et les fêtes privées, porté par une recherche d’euphorie immédiate et une dangereuse banalisation des risques.
Du ballon de fête à la dépendance
Pour quelques instants de déconnexion, ces jeunes fêtards mettent leur santé, et parfois leur vie, en jeu. Détourné de son usage médical légitime, notamment en dentisterie, le protoxyde d’azote est progressivement transformé en substance récréative aux effets potentiellement graves : atteintes neurologiques, troubles respiratoires, voire la mort en cas d’inhalation excessive. Une dérive qui inquiète médecins, parents et acteurs de la société civile, alors même que l’Europe tente déjà d’en endiguer les dégâts. «Le protoxyde d’azote est souvent perçu, à tort, comme une substance légère, divertissante ou inoffensive», explique Dʳᵉ Hanane Chaoui, médecin au Centre antipoison et de pharmacovigilance. «Il est généralement commercialisé dans de petites cartouches métalliques, utilisées notamment en cuisine. Mais derrière cette façade anodine se cache une substance dont l’usage récréatif peut avoir des conséquences très graves, surtout lorsqu’il est répété ou prolongé dans le temps.»
Des effets immédiats aux séquelles irréversibles
Dès les premières inhalations, le gaz provoque une sensation d’euphorie, mais également des étourdissements et un déséquilibre pouvant entraîner des chutes inattendues. «Ce danger est particulièrement courant chez les jeunes qui en font usage lors de soirées ou dans des espaces publics», précise Dʳᵉ Chaoui. Le protoxyde d’azote peut aussi provoquer une hypoxie, c’est-à-dire un manque brutal d’oxygène dans le cerveau, avec des effets immédiats comme des maux de tête sévères, des pertes de connaissance, des convulsions, voire un arrêt cardiorespiratoire dans les cas extrêmes. Les troubles cardiovasculaires ne sont pas en reste : tachycardie, palpitations ou variations soudaines de la tension peuvent survenir, surtout chez les personnes souffrant de pathologies cardiaques.
À long terme, l’usage répété du gaz peut causer des dégâts durables, parfois irréversibles. «L’atteinte neurologique est le risque le plus grave et le plus fréquent chez les usagers chroniques», explique Dʳᵉ Chaoui. Le protoxyde d’azote inactive la vitamine B12 dans le corps, indispensable au bon fonctionnement des nerfs et du cerveau. Cela peut se traduire par un engourdissement des mains et des pieds, une faiblesse musculaire, des difficultés à marcher, voire des paralysies progressives. Les troubles psychologiques sont également fréquents : anxiété, crises de panique, irritabilité ou épisodes dépressifs peuvent accompagner une consommation régulière. L’usage répété peut aussi affaiblir les défenses immunitaires et rendre le système respiratoire plus vulnérable, exposant à des maladies et infections plus sévères. «Le protoxyde d’azote peut provoquer une dépendance réelle», alerte Dʳᵉ Chaoui.
Les signes incluent un usage de plus en plus fréquent, la difficulté à arrêter, le besoin de doses plus importantes pour ressentir l’effet, ainsi que l’irritabilité ou l’anxiété en l’absence de consommation. L’isolement social et la recherche de lieux ou de situations pour consommer sont également des indicateurs fréquents, touchant particulièrement les adolescents et les jeunes adultes. Certaines situations rendent l’usage encore plus dangereux. «La consommation dans un espace fermé augmente la concentration du gaz et accentue le manque d’oxygène, pouvant provoquer une perte de connaissance et un arrêt respiratoire», précise-t-elle. L’utilisation directement depuis la bouteille sous pression peut causer des brûlures graves du visage, des gelures des lèvres et des lésions pulmonaires. L’association avec l’alcool ou d’autres drogues multiplie les effets et peut entraîner une dépression respiratoire ou le coma. Enfin, un usage intensif sur plusieurs jours augmente fortement le risque de lésions neurologiques sévères, de paralysies et de troubles psychiatriques.
À long terme, l’usage répété du gaz peut causer des dégâts durables, parfois irréversibles. «L’atteinte neurologique est le risque le plus grave et le plus fréquent chez les usagers chroniques», explique Dʳᵉ Chaoui. Le protoxyde d’azote inactive la vitamine B12 dans le corps, indispensable au bon fonctionnement des nerfs et du cerveau. Cela peut se traduire par un engourdissement des mains et des pieds, une faiblesse musculaire, des difficultés à marcher, voire des paralysies progressives. Les troubles psychologiques sont également fréquents : anxiété, crises de panique, irritabilité ou épisodes dépressifs peuvent accompagner une consommation régulière. L’usage répété peut aussi affaiblir les défenses immunitaires et rendre le système respiratoire plus vulnérable, exposant à des maladies et infections plus sévères. «Le protoxyde d’azote peut provoquer une dépendance réelle», alerte Dʳᵉ Chaoui.
Les signes incluent un usage de plus en plus fréquent, la difficulté à arrêter, le besoin de doses plus importantes pour ressentir l’effet, ainsi que l’irritabilité ou l’anxiété en l’absence de consommation. L’isolement social et la recherche de lieux ou de situations pour consommer sont également des indicateurs fréquents, touchant particulièrement les adolescents et les jeunes adultes. Certaines situations rendent l’usage encore plus dangereux. «La consommation dans un espace fermé augmente la concentration du gaz et accentue le manque d’oxygène, pouvant provoquer une perte de connaissance et un arrêt respiratoire», précise-t-elle. L’utilisation directement depuis la bouteille sous pression peut causer des brûlures graves du visage, des gelures des lèvres et des lésions pulmonaires. L’association avec l’alcool ou d’autres drogues multiplie les effets et peut entraîner une dépression respiratoire ou le coma. Enfin, un usage intensif sur plusieurs jours augmente fortement le risque de lésions neurologiques sévères, de paralysies et de troubles psychiatriques.
Un phénomène en expansion malgré l’absence de statistiques officielles
Au Maroc, si les déclarations officielles de cas d’intoxication restent limitées, «les médias et les réseaux sociaux montrent que l’usage se répand, en particulier chez les jeunes en milieu festif», souligne Dʳᵉ Chaoui. «Le protoxyde d’azote n’est pas un gaz drôle ou sans danger. Il peut provoquer des accidents graves immédiats, des séquelles neurologiques irréversibles, une dépendance et même, dans certaines conditions, le décès.»
Contacté par nos soins, Hassan El Baghdadi, président de l’Association nationale de lutte contre le tabagisme et les autres drogues, dresse également un constat alarmant. «En raison de la présence dense de points de vente de ces substances dans nos ruelles, à proximité de nos maisons et de nos écoles, en plein jour, et compte tenu de l’état psychologique et sanitaire des familles brisées par ce séisme retentissant qui frappe profondément nos communautés, les citoyens vivent une réalité amère, faite de souffrances quotidiennes, dont la moindre n’est pas la peur d’un avenir incertain pour leurs enfants et l’absence de tout refuge ou espoir de traitement.»
Malgré les efforts et les mesures prises, jugés insuffisants en raison de leur caractère saisonnier, et les sanctions appliquées aux contrevenants, qui restent loin de l’ampleur des dégâts sanitaires, psychologiques et sociaux, le phénomène continue de se développer. «À ce jour, nous ne disposons d’aucune donnée chiffrée précise ni de statistiques officielles sur ce phénomène.
Contacté par nos soins, Hassan El Baghdadi, président de l’Association nationale de lutte contre le tabagisme et les autres drogues, dresse également un constat alarmant. «En raison de la présence dense de points de vente de ces substances dans nos ruelles, à proximité de nos maisons et de nos écoles, en plein jour, et compte tenu de l’état psychologique et sanitaire des familles brisées par ce séisme retentissant qui frappe profondément nos communautés, les citoyens vivent une réalité amère, faite de souffrances quotidiennes, dont la moindre n’est pas la peur d’un avenir incertain pour leurs enfants et l’absence de tout refuge ou espoir de traitement.»
Malgré les efforts et les mesures prises, jugés insuffisants en raison de leur caractère saisonnier, et les sanctions appliquées aux contrevenants, qui restent loin de l’ampleur des dégâts sanitaires, psychologiques et sociaux, le phénomène continue de se développer. «À ce jour, nous ne disposons d’aucune donnée chiffrée précise ni de statistiques officielles sur ce phénomène.
Toutefois, les informations relayées par l’Administration des douanes, la Police ou la Gendarmerie concernant l’arrestation occasionnelle de barons de la drogue dans différentes régions témoignent de l’expansion dangereuse de cette véritable épidémie. La dernière cargaison en provenance d’Espagne, qui dépassait 12.000 grandes bonbonnes et permettait de remplir plus de deux millions et demi de ballons consommés par les victimes de cette drogue mortelle, en est un exemple, comme l’ont rapporté plusieurs médias marocains.» Concernant les catégories de jeunes les plus exposées, Hassan El Baghdadi souligne que les trafiquants «ne tiennent compte ni de l’âge, ni du sexe, ni de la géographie. Leur seule préoccupation est d’élargir leur clientèle et d’augmenter leurs marges bénéficiaires. Ils étudient minutieusement les moyens et méthodes pour écouler leurs produits et générer des revenus importants, convaincus qu’une sécurité financière apparente les protège, eux et leurs familles, contre la pauvreté».
Le président de l’association raconte, également, les drames concrets liés à ce fléau. «Je reçois des dizaines d’appels téléphoniques de familles en détresse, demandant de l’aide et vivant un véritable calvaire. Le premier drame est la perte de l’espoir placé dans leurs enfants, qu’ils avaient espéré élever convenablement, mais qui sont devenus esclaves de la drogue. Le second est leur quotidien infernal au sein de leurs foyers, victimes de menaces de leurs propres enfants pour obtenir de l’argent afin de consommer. Quant aux tragédies, elles se succèdent sans répit : menaces, violences, déchéance morale. Je peux citer un exemple récent et proche : un professeur avait envoyé son fils studieux à l’étranger pour poursuivre ses études. Après quatre ans, le jeune est revenu presque mentalement dérangé à cause de substances destructrices. Peu de temps après, il a assassiné son père, l’a placé dans un sac plastique et l’a enterré près d’une gare ferroviaire. Le fils, gravement atteint mentalement, a été incarcéré, et le rêve de toute une famille s’est effondré.»
Selon Hassan El Baghdadi, la drogue s’est répandue malgré ses dangers en raison de son faible coût et de son abandon partiel par le secteur médical. «Utilisée auparavant comme anesthésique et antidouleur, cette substance a été détournée, et son prix dérisoire sur le marché noir, ainsi que son odeur légère et caractéristique ont favorisé sa diffusion.» Les modes de distribution sont eux aussi pensés pour maximiser l’impact : «Après la généralisation de son inhalation chez les jeunes en Europe, les barons de la drogue ont introduit ce produit au Maroc, d’abord gratuitement ou à très bas prix pour élargir leur clientèle, puis à un tarif adapté aux capacités financières des consommateurs, allant de 10 à 50 dirhams selon le pouvoir d’achat».
Le président de l’association raconte, également, les drames concrets liés à ce fléau. «Je reçois des dizaines d’appels téléphoniques de familles en détresse, demandant de l’aide et vivant un véritable calvaire. Le premier drame est la perte de l’espoir placé dans leurs enfants, qu’ils avaient espéré élever convenablement, mais qui sont devenus esclaves de la drogue. Le second est leur quotidien infernal au sein de leurs foyers, victimes de menaces de leurs propres enfants pour obtenir de l’argent afin de consommer. Quant aux tragédies, elles se succèdent sans répit : menaces, violences, déchéance morale. Je peux citer un exemple récent et proche : un professeur avait envoyé son fils studieux à l’étranger pour poursuivre ses études. Après quatre ans, le jeune est revenu presque mentalement dérangé à cause de substances destructrices. Peu de temps après, il a assassiné son père, l’a placé dans un sac plastique et l’a enterré près d’une gare ferroviaire. Le fils, gravement atteint mentalement, a été incarcéré, et le rêve de toute une famille s’est effondré.»
Selon Hassan El Baghdadi, la drogue s’est répandue malgré ses dangers en raison de son faible coût et de son abandon partiel par le secteur médical. «Utilisée auparavant comme anesthésique et antidouleur, cette substance a été détournée, et son prix dérisoire sur le marché noir, ainsi que son odeur légère et caractéristique ont favorisé sa diffusion.» Les modes de distribution sont eux aussi pensés pour maximiser l’impact : «Après la généralisation de son inhalation chez les jeunes en Europe, les barons de la drogue ont introduit ce produit au Maroc, d’abord gratuitement ou à très bas prix pour élargir leur clientèle, puis à un tarif adapté aux capacités financières des consommateurs, allant de 10 à 50 dirhams selon le pouvoir d’achat».
Prévention, traitement et responsabilité collective
Interrogé sur la législation en vigueur, notamment la note n° 311/6359 de l’Administration des douanes, Hassan El Baghdadi estime que les mesures actuelles sont insuffisantes. «La manière de traiter les barons de la drogue doit changer si nous voulons réellement réformer la société. Faire preuve de clémence ou alléger les peines revient à encourager ces ennemis de la paix sociale. La lutte contre ce fléau nécessite une véritable volonté politique et un sens aigu de responsabilité individuelle et collective, avec une stratégie globale intégrant les volets juridique, sécuritaire, thérapeutique et préventif.»
Il insiste sur l’importance de créer des infrastructures adaptées : «Il est urgent de construire des centres spécialisés dans le traitement des addictions dans les villes, dotés des moyens nécessaires pour les soins, l’accompagnement et la réinsertion, sans négliger la prévention par des campagnes de sensibilisation intensives, comme le fait déjà notre association».
Enfin, sur la coopération entre société civile et autorités, Hassan El Baghdadi conclut : «Faire face à une épidémie aussi complexe ne peut se faire par une division des rôles. Cela exige une stratégie intégrée, élaborée et mise en œuvre conjointement. Il faut renforcer la protection des frontières, appliquer des sanctions sévères aux trafiquants, renforcer la vigilance autour des lieux fréquentés par les jeunes, créer des espaces alternatifs encadrés et donner à la société civile les moyens d’agir. Les médias doivent également jouer pleinement leur rôle en limitant la banalisation de ces pratiques et en diffusant des campagnes percutantes pour rappeler les dangers de ce fléau meurtrier. Les efforts actuels volargement insuffisants face à l’ampleur de la catastrophe et aux dommages qu’elle cause aux familles, aux individus et à l’avenir du pays».
Il insiste sur l’importance de créer des infrastructures adaptées : «Il est urgent de construire des centres spécialisés dans le traitement des addictions dans les villes, dotés des moyens nécessaires pour les soins, l’accompagnement et la réinsertion, sans négliger la prévention par des campagnes de sensibilisation intensives, comme le fait déjà notre association».
Enfin, sur la coopération entre société civile et autorités, Hassan El Baghdadi conclut : «Faire face à une épidémie aussi complexe ne peut se faire par une division des rôles. Cela exige une stratégie intégrée, élaborée et mise en œuvre conjointement. Il faut renforcer la protection des frontières, appliquer des sanctions sévères aux trafiquants, renforcer la vigilance autour des lieux fréquentés par les jeunes, créer des espaces alternatifs encadrés et donner à la société civile les moyens d’agir. Les médias doivent également jouer pleinement leur rôle en limitant la banalisation de ces pratiques et en diffusant des campagnes percutantes pour rappeler les dangers de ce fléau meurtrier. Les efforts actuels volargement insuffisants face à l’ampleur de la catastrophe et aux dommages qu’elle cause aux familles, aux individus et à l’avenir du pays».
