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Jeudi 23 Juillet 2026
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Helicobacter pylori : démêler le vrai du faux sur une bactérie encore méconnue

Longtemps méconnue du grand public, Helicobacter pylori fait aujourd'hui l'objet de nombreuses publications sur les réseaux sociaux, où circulent parfois des informations approximatives. Cette bactérie est reconnue comme l'un des principaux facteurs de risque des ulcères gastriques et peut, dans certains cas, favoriser le développement d'un cancer de l'estomac. Dépistage, modes de transmission, symptômes, traitement, risque de récidive et prévention : le Dʳ Fahd Ghalim, gastro-entérologue et expert en endoscopie digestive diagnostique et interventionnelle, répond aux principales interrogations et démêle le vrai du faux.

Dʳ Fahd Ghalim
Dʳ Fahd Ghalim
Le Matin : On entend de plus en plus parler, notamment sur les réseaux sociaux, d'une augmentation des cas d'infection à Helicobacter pylori. Assiste-t-on réellement à une hausse des infections ou s'agit-il avant tout d'un meilleur dépistage ?

Dʳ Fahd Ghalim : Il faut être prudent avec le mot «augmentation». Aujourd'hui, on parle davantage d'Helicobacter pylori parce qu'on la recherche beaucoup plus qu'avant avec les tests respiratoires, l'antigène dans les selles, les biopsies lors des gastroscopies et les bilans de douleurs gastriques ou d'anémie. Il y a donc clairement un effet de meilleur dépistage. Cela dit, au Maroc, comme dans beaucoup de pays à revenu intermédiaire, Helicobacter pylori reste très fréquente. Les études marocaines rapportent des prévalences élevées, avec, par exemple, environ 51% chez des enfants dans une étude publiée en 2025, et d'autres travaux évoquant des chiffres autour de 68,0% selon les populations étudiées. Ces chiffres ne signifient pas que toute la population est malade, mais que la bactérie circule beaucoup. Le message important est donc : on ne peut pas affirmer qu'il y a une explosion des cas, mais on peut dire que la bactérie est mieux connue, mieux recherchée et donc plus souvent diagnostiquée.
Pourquoi cette bactérie est-elle si fréquente au Maroc ?

Helicobacter pylori s'acquiert souvent dans l'enfance. Sa transmission est favorisée par les conditions de vie, la promiscuité, le partage rapproché au sein du foyer, l'hygiène des mains, l'accès à une eau parfaitement contrôlée et parfois les habitudes alimentaires ou familiales, comme le partage d'ustensiles. Les études marocaines et internationales associent la transmission à la densité familiale, au nombre de personnes vivant sous le même toit, au niveau socio-économique et aux conditions d'hygiène. Il ne faut pas culpabiliser les patients : ce n'est pas une «maladie de manque de propreté» au sens individuel. C'est surtout une bactérie liée à l'environnement, à l'enfance, à la vie familiale et aux conditions sanitaires collectives.

Le stress, la mauvaise alimentation ou encore le mode de vie sont souvent présentés comme les principales causes de l'infection à Helicobacter pylori. Qu'en est-il réellement ? S'agit-il de facteurs de risque avérés ou d'idées reçues ?

Le stress, le café, les plats épicés, les repas gras ou irréguliers ne créent pas Helicobacter pylori. La bactérie est une infection : on l'attrape, on ne la fabrique pas. En revanche, ces facteurs peuvent révéler ou aggraver les symptômes chez une personne déjà porteuse : brûlures, douleurs épigastriques, ballonnements, nausées, digestion lente. Le stress augmente aussi la sensibilité digestive : une inflammation modérée peut alors être ressentie comme très gênante. Il faut donc distinguer deux choses : la cause, c'est la bactérie ; les déclencheurs des symptômes, ce sont parfois le stress, l'alimentation et le rythme de vie.
Quels sont les symptômes qui doivent inciter à consulter un médecin ?

Les symptômes les plus fréquents sont les douleurs ou brûlures au creux de l'estomac, surtout répétées, la sensation de lourdeur après les repas, les nausées, les ballonnements, l'éructation fréquente ou une mauvaise digestion persistante. Mais certains signes doivent faire consulter rapidement, car ils peuvent traduire un ulcère, une complication ou une autre pathologie digestive : amaigrissement inexpliqué, vomissements répétés, vomissement de sang, selles noires, anémie, fatigue importante, difficulté à avaler, douleur nocturne persistante, antécédent familial de cancer gastrique ou symptômes qui apparaissent après 45-50 ans. Il ne faut donc pas attribuer automatiquement toute douleur d'estomac à H. pylori. Beaucoup de personnes sont porteuses sans symptômes. Le diagnostic doit être confirmé par un test fiable, pas seulement par les symptômes.
Le traitement permet-il d'éliminer définitivement Helicobacter pylori ou existe-t-il un risque de récidive ?

Oui, dans la majorité des cas, le traitement peut éradiquer la bactérie. Mais il doit être bien choisi, bien pris et contrôlé après traitement. Aujourd'hui, le traitement repose généralement sur une association d'antibiotiques et d'un médicament qui diminue l'acidité gastrique. Les recommandations internationales insistent sur l'importance d'adapter les schémas thérapeutiques aux résistances aux antibiotiques, notamment à la clarithromycine et au métronidazole. Le consensus Maastricht VI rappelle que les traitements classiques deviennent moins efficaces dans les zones où la résistance antibiotique est élevée. L'échec peut s'expliquer par plusieurs raisons : mauvaise observance, arrêt précoce à cause des effets secondaires, dose insuffisante, prise incorrecte des médicaments, résistance bactérienne ou absence de contrôle après traitement. Au Maroc, la résistance au métronidazole est un vrai sujet : des données marocaines rapportent une résistance élevée, notamment 62,7% chez l'adulte dans des travaux cités par une étude pédiatrique récente.
Justement, chez certains patients, Helicobacter pylori réapparaît malgré un traitement. Comment distinguer une véritable réinfection d'un échec d'éradication ?

Dans la pratique, beaucoup de «récidives» sont en réalité des échecs d'éradication non détectés. Le patient a pris un traitement, se sent mieux, mais aucun test de contrôle n'a été fait. Quelques semaines ou mois plus tard, les symptômes reviennent, et on parle à tort de récidive. La vraie réinfection existe, mais elle est généralement moins fréquente chez l'adulte que l'échec initial du traitement. C'est pourquoi il est essentiel de faire un test de contrôle, idéalement un test respiratoire à l'urée ou un antigène fécal, au moins quatre semaines après la fin des antibiotiques et après l'arrêt des IPP (inhibiteurs de la pompe à protons), médicaments qui diminuent fortement la production d'acide dans l'estomac, selon les recommandations du médecin. Sans test de contrôle, on ne peut pas savoir si la bactérie a vraiment disparu.
Quels conseils pratiques donneriez-vous aux Marocains pour réduire le risque d'infection à Helicobacter pylori ?

Le premier conseil est de ne pas banaliser les douleurs gastriques persistantes. Il ne faut pas s'automédiquer pendant des mois avec des antiacides ou des IPP sans diagnostic, surtout en cas de signes d'alerte. Ensuite, il faut renforcer les mesures simples : lavage des mains, hygiène alimentaire, eau sûre, bonne conservation des aliments, éviter le partage des couverts avec les jeunes enfants lorsqu'une personne est infectée et consulter en cas de symptômes répétés dans la famille. Le point le plus important concerne les complications. Helicobacter pylori est reconnue comme un facteur majeur d'ulcère gastrique et duodénal, et elle est classée carcinogène de groupe 1 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), c'est-à-dire un facteur certain de cancer gastrique. Le Centre international de recherche sur le cancer estime qu'une grande proportion des cancers gastriques non cardiaques dans le monde est attribuable à H. pylori. Mais il faut rassurer : avoir H. pylori ne veut pas dire qu'on aura un cancer. La majorité des personnes infectées ne développeront jamais de cancer. En revanche, identifier et traiter la bactérie chez les bons patients permet de réduire le risque d'ulcère, de saignement, de récidive et, à long terme, de cancer gastrique. La bonne attitude est donc : dépister quand il y a une indication, traiter correctement, confirmer l'éradication et surveiller les patients à risque. C'est une infection fréquente, mais aujourd'hui, elle est parfaitement prise en charge lorsqu'elle est diagnostiquée sérieusement.
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