Les inondations qui ont frappé le nord du Maroc, et particulièrement la ville de Ksar El Kébir, ne se résument pas à des routes coupées, des habitations submergées ou des familles déplacées. Elles ont également profondément ébranlé le sentiment de sécurité des habitants, installant la peur, la panique et l’angoisse dans un quotidien déjà fragilisé. « Nous ne parlons pas seulement de dégâts matériels, mais d’un traumatisme psychologique collectif », alerte Fouad Yakoubi, psychologue et secrétaire général de l’Organisation nationale de soutien et d’autonomisation psychosociale.
Dans ce type de catastrophe, l’intervention psychologique relève de l’urgence. « Les premières heures et les premiers jours sont décisifs. C’est à ce moment-là que le stress aigu s’installe, et c’est aussi à ce moment-là qu’il peut être atténué », rappelle-t-il.
En l’absence d’un accompagnement adapté, ce stress immédiat peut évoluer vers des troubles durables, touchant plus sévèrement les enfants, les femmes et les personnes âgées, particulièrement exposés à une vulnérabilité accrue face au choc, explique le psychologue.
Sur le terrain, pourtant, cette dimension est restée marginale aux yeux du Yakoubi. « La priorité a été donnée, à juste titre, au sauvetage et à l’assistance matérielle. Mais la dimension psychologique a été reportée, comme si elle pouvait attendre », regrette le responsable associatif. Une approche qu’il juge en décalage avec les enseignements scientifiques, lesquels considèrent l’intervention psychologique précoce comme une composante à part entière de la réponse d’urgence, au même titre que les autres dispositifs de protection.
Plus préoccupant encore, cette absence ne s’explique ni par un manque de compétences ni par une indisponibilité des professionnels. « Une cellule de psychologues volontaires était constituée et prête à se déplacer immédiatement », révèle Fouad Yakoubi. Des démarches ont été engagées auprès des autorités et de la commune de Larache afin d’obtenir l’autorisation d’intervenir sur le terrain. La réponse a été négative. « On nous a répondu que c’était risqué, pour nous », rapporte-t-il.
Pour le secrétaire général, cet argument ne saurait justifier l’inaction. « Les psychologues sont prêts à assumer leur responsabilité, au même titre que les autorités, les forces de l’ordre ou les équipes de secours. Leur présence est tout aussi essentielle », affirme-t-il. Selon lui, l’accompagnement psychologique permet d’apaiser les tensions, de prévenir les paniques collectives et de renforcer la capacité de résilience des populations sinistrées, dans un contexte où l’équilibre émotionnel est profondément fragilisé.
Cette situation met en lumière, selon l'expert, une faille plus profonde dans la gestion des crises au Maroc. « La santé mentale est encore perçue comme une intervention secondaire chez nous, qui viendrait après la fin du danger. Or, la stabilisation météorologique ne signifie pas une stabilité psychologique », souligne-t-il. Bien souvent, le traumatisme s’intensifie lorsque les pluies cessent, que l’ampleur des pertes se révèle et que le sentiment de deuil et de manque s’installe durablement.
Pourtant, les ressources existent. Le pays dispose de psychologues qualifiés et d’associations prêtes à s’engager de manière volontaire et structurée. Ce qui fait défaut, selon lui, c’est une vision institutionnelle claire intégrant les professionnels de la santé mentale au sein des cellules de gestion des catastrophes. « Tant que leur présence dépendra d’autorisations ponctuelles plutôt que d’un cadre établi, on continuera à passer à côté de l’essentiel », prévient-il.
Les inondations de Ksar El Kébir apparaissent ainsi comme un révélateur. « Ce n’est pas un événement isolé, mais le symptôme d’un dysfonctionnement structurel dans la manière dont la santé mentale est intégrée aux politiques publiques », analyse-t-il. Pour lui, le soutien psychologique n’est ni un luxe ni une étape secondaire. « C’est une intervention préventive et humaine, qui protège les personnes sur la durée. Elle doit commencer dès les premières heures de la crise, l’arrêt des inondations ne mettant pas fin au traumatisme vécu par plus de 140.000 personnes déplacées », conclut Fouad Yakoubi.
Dans ce type de catastrophe, l’intervention psychologique relève de l’urgence. « Les premières heures et les premiers jours sont décisifs. C’est à ce moment-là que le stress aigu s’installe, et c’est aussi à ce moment-là qu’il peut être atténué », rappelle-t-il.
En l’absence d’un accompagnement adapté, ce stress immédiat peut évoluer vers des troubles durables, touchant plus sévèrement les enfants, les femmes et les personnes âgées, particulièrement exposés à une vulnérabilité accrue face au choc, explique le psychologue.
Sur le terrain, pourtant, cette dimension est restée marginale aux yeux du Yakoubi. « La priorité a été donnée, à juste titre, au sauvetage et à l’assistance matérielle. Mais la dimension psychologique a été reportée, comme si elle pouvait attendre », regrette le responsable associatif. Une approche qu’il juge en décalage avec les enseignements scientifiques, lesquels considèrent l’intervention psychologique précoce comme une composante à part entière de la réponse d’urgence, au même titre que les autres dispositifs de protection.
Plus préoccupant encore, cette absence ne s’explique ni par un manque de compétences ni par une indisponibilité des professionnels. « Une cellule de psychologues volontaires était constituée et prête à se déplacer immédiatement », révèle Fouad Yakoubi. Des démarches ont été engagées auprès des autorités et de la commune de Larache afin d’obtenir l’autorisation d’intervenir sur le terrain. La réponse a été négative. « On nous a répondu que c’était risqué, pour nous », rapporte-t-il.
Pour le secrétaire général, cet argument ne saurait justifier l’inaction. « Les psychologues sont prêts à assumer leur responsabilité, au même titre que les autorités, les forces de l’ordre ou les équipes de secours. Leur présence est tout aussi essentielle », affirme-t-il. Selon lui, l’accompagnement psychologique permet d’apaiser les tensions, de prévenir les paniques collectives et de renforcer la capacité de résilience des populations sinistrées, dans un contexte où l’équilibre émotionnel est profondément fragilisé.
Cette situation met en lumière, selon l'expert, une faille plus profonde dans la gestion des crises au Maroc. « La santé mentale est encore perçue comme une intervention secondaire chez nous, qui viendrait après la fin du danger. Or, la stabilisation météorologique ne signifie pas une stabilité psychologique », souligne-t-il. Bien souvent, le traumatisme s’intensifie lorsque les pluies cessent, que l’ampleur des pertes se révèle et que le sentiment de deuil et de manque s’installe durablement.
Pourtant, les ressources existent. Le pays dispose de psychologues qualifiés et d’associations prêtes à s’engager de manière volontaire et structurée. Ce qui fait défaut, selon lui, c’est une vision institutionnelle claire intégrant les professionnels de la santé mentale au sein des cellules de gestion des catastrophes. « Tant que leur présence dépendra d’autorisations ponctuelles plutôt que d’un cadre établi, on continuera à passer à côté de l’essentiel », prévient-il.
Les inondations de Ksar El Kébir apparaissent ainsi comme un révélateur. « Ce n’est pas un événement isolé, mais le symptôme d’un dysfonctionnement structurel dans la manière dont la santé mentale est intégrée aux politiques publiques », analyse-t-il. Pour lui, le soutien psychologique n’est ni un luxe ni une étape secondaire. « C’est une intervention préventive et humaine, qui protège les personnes sur la durée. Elle doit commencer dès les premières heures de la crise, l’arrêt des inondations ne mettant pas fin au traumatisme vécu par plus de 140.000 personnes déplacées », conclut Fouad Yakoubi.
