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La contrefaçon de l’huile d’olive devient monnaie courante

À cause de la sécheresse, la faible production et la hausse des prix de l’huile d’olive, le recours aux pratiques frauduleuses est de plus en plus fréquent. Les saisies d’huile frelatée se multiplient ces derniers temps, ce qui ravive les inquiétudes des consommateurs.

Le spectre de la contrefaçon plane sur l’industrie oléicole. Le nombre de saisies d’huile d’olive frelatée a considérablement augmenté ces derniers mois dans plusieurs villes, ce qui soulève des inquiétudes quant à la qualité des produits disponibles pour les consommateurs. Comment peut-on donc expliquer la recrudescence des cas de falsification d’huile d’olive ?

D’après Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive, ce genre de pratique existe depuis longtemps, cependant, la hausse des prix a eu un impact sur l’augmentation des cas de fraudes. «La fourchette des prix varie, aujourd’hui, entre 85 et 100 DH le litre. Ces derniers vont continuer à augmenter pour de nombreuses raisons.

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Tout d’abord, il y a la faible production, d’autant que le Maroc a entamé sa cinquième année consécutive de sécheresse et que nous avons liquidé tout notre stock l’année dernière. L’agriculteur a de nombreuses charges et continue de perdre beaucoup d’argent. Il est maintenant obligé d’irriguer 8 ou 9 mois au lieu de 4 ou 5 auparavant... Cette situation encourage malheureusement les fraudes», explique le professionnel. Et d’ajouter que «les saisies d’huile d’olive frelatée se multiplient dernièrement, car les contrôles des autorités se sont intensifiés pendant cette période dans le but de protéger les consommateurs marocains. Ces derniers ont l’habitude de constituer un stock pour leur consommation annuelle d’huile d’olive pendant la période de production, entre novembre et fin janvier».

Le président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive souligne, par ailleurs, qu’il est difficile de distinguer une bonne huile d’une mauvaise. «La majorité des huiles sur le marché ont le même goût et la même apparence. Il est très difficile de contrôler les 11.000 unités de trituration qui existent au niveau national, même par les pouvoirs publics, sans parler des milliers de personnes qui vendent de l’huile d’olive en vrac au bord de la route, dans les marchés, à proximité des mosquées...», déplore-t-il.

De son côté, Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur (FMDC), affirme que l’huile d’olive fait partie des produits les plus sujets à la fraude alimentaire, il est troisième après le lait et le miel. «La falsification de l’huile d’olive est devenue monnaie courante, surtout avec la sécheresse qui sévit au Maroc. L’attrait du gain facile et l’ignorance d’un grand nombre de consommateurs sont les principaux facteurs de son développement dans le marché», déclare-t-il au «Matin». «Plusieurs techniques sont pratiquées par les fraudeurs qui sont de plus en plus créatifs. L’adjonction d’huile de table, l’utilisation de produits chimiques importés illégalement d’Europe, le changement d’origine, le mélange d’anciennes huiles avec des plus jeunes ou de l’huile végétale avec des huiles de grignon... Les conséquences négatives de ces pratiques sur le consommateur sont doubles. En effet, ces fraudes ont non seulement un impact négatif sur sa confiance et le respect de ces droits économiques, mais peuvent aussi porter préjudice à sa santé».

Le président de la FMDC indique également qu’il est malheureusement difficile de lutter contre les fraudes de l’huile d’olive dans les conditions actuelles. «Il est très dur d’arrêter les pratiques frauduleuses dans ce domaine, tant que le marché est monopolisé par l’informel et que l’huile d’olive coule à flot dans des bidons, prête à être vendue à un consommateur ignorant les dangers sanitaires que ce produit peut comporter. À notre humble avis, il faut commencer par l’assainissement et la réorganisation du marché. Tout produit circulant dans le marché sans agrément et sans étiquetage devrait être confisqué».

Les contrôles sanitaires de l’ONSSA

L’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) veille sur la qualité l’huile d’olive en organisant des inspections et des contrôles réguliers au niveau des 580 unités de trituration d’olives autorisées par l’office. «En matière de contrôle sanitaire des produits alimentaires, l’Office a intensifié ses efforts pour garantir la traçabilité et la conformité de l’huile d’olive, effectuant près de 400 visites sanitaires régulières aux unités de trituration et de conditionnement au cours desquelles 15 autorisations sanitaires ont été suspendues et 13 autres retirées en 2023», déclare au journal «Le Matin» Khadija Arif, chef de la Division de contrôle des produits végétaux et d’origine végétale à l’ONSSA. «Lors des visites de contrôles, les responsables évaluent chaque étape de production et collectent des échantillons qui seront ensuite analysés dans les laboratoires pour s’assurer de l’authenticité de l’huile, son degré d’acidité et d’autres critères qui permettent d’octroyer ou non l’autorisation sanitaire».

Comment choisir une bonne huile ?

De nombreuses personnes pensent connaître l’origine de l’huile d’olive qu’ils achètent en vrac, simplement parce que le vendeur leur assure qu’il s’agit d’une bonne huile authentique. Mais il s’agit, dans de nombreux cas d’une huile falsifiée, selon les professionnels. Rachid Benali, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de l’olive, assure que pour lutter efficacement contre les pratiques frauduleuses, il faut éduquer et sensibiliser le consommateur. «Il faut savoir que 85% des huiles d’olive sont vendus en vrac, même si cela est interdit par la loi. Le risque d’être victime d’une fraude est énorme. C’est pourquoi le consommateur doit choisir un produit de qualité en s’assurant de sa traçabilité. Il doit être conscient qu’une huile peut être excellente pour la santé, comme elle peut être très néfaste», souligne Benali. De son côté, Khadija Arif, chef de la Division de contrôle des produits végétaux et d’origine végétale à l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), recommande aux consommateurs de ne choisir que les huiles qui disposent d’une autorisation sanitaire de commercialisation délivrée par l’Office et que l’on peut vérifier sur l’étiquette de la bouteille d’huile. «Il faut également s’assurer de la qualité l’emballage de l’huile d’olive, la date de péremption, le degré d’acidité et respecter les conseils de conservation», conseille la responsable.
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