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Dimanche 03 Mai 2026
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La détention d’un chien dangereux engage une responsabilité juridique, sociale et morale (Experts)

Au Maroc, la question des chiens dits dangereux revient régulièrement dans le débat public, souvent à la suite d’incidents ayant entraîné des blessures graves, voire des décès. Ces faits divers ravivent, en effet, les interrogations autour de la sécurité dans les espaces publics, mais aussi au sein des foyers où ces animaux peuvent parfois s’avérer imprévisibles. Entre inquiétudes légitimes des citoyens et nécessité d’éviter toute stigmatisation excessive, l’équilibre reste néanmoins délicat à trouver. Face à cette situation, plusieurs spécialistes appellent à une approche rationnelle, fondée sur le droit et la vigilance.

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Posséder un chien n’est jamais un acte anodin, encore moins lorsqu’il s’agit d’une race réputée pour sa férocité. Derrière chaque incident se pose, en effet, la question de la responsabilité, mais aussi celle du respect de la loi et des règles de vigilance. Le drame survenu récemment à Tanger, où un jeune homme aurait été mortellement attaqué par ses propres molosses, a d’ailleurs ravivé les inquiétudes et relancé le débat sur les conditions de détention et d’élevage de ces animaux. Car au-delà de sa dimension tragique, ce fait divers remet sur le tapis des obligations légales souvent méconnues ou insuffisamment respectées. Jointe par le journal «Le Matin», Maître Sanaa Belkhou, avocate à Kénitra, tout en soulignant les impératifs juridiques régissant la possession des animaux de compagnie, affirme qu’il faut savoir raison garder. «Il ne s’agit ni d’alimenter la peur, ni de banaliser des faits qui peuvent avoir des conséquences graves sur la sécurité des personnes et la tranquillité publique», insiste-t-elle.

Sur le plan juridique, elle rappelle que le Maroc dispose déjà d’un cadre légal. «La Loi n° 56.12 relative à la prévention des dangers des chiens a été adoptée pour encadrer la détention de certaines catégories de chiens, prévenir les risques et sanctionner les comportements contraires à la loi», explique-t-elle. De ce point de vue, la responsabilité du propriétaire ou du gardien naît dès la détention de l’animal, et non après un éventuel drame. «Posséder un chien potentiellement dangereux impose une obligation de vigilance, de maîtrise et de prudence. En cas d’attaque ou de morsure, la responsabilité peut être engagée aussi bien sur le plan pénal que civil, notamment en cas de négligence ou de défaut de surveillance», précise-t-elle.

Une question d’application avant tout !

Ainsi, pour l’avocate, le problème ne réside pas tant dans l’absence de texte que dans son application sur le terrain. «Plusieurs drames auraient pu être évités si la prévention, le contrôle et la sensibilisation avaient été pris plus au sérieux. Le droit a, certes, une fonction de sanction, mais il a aussi, et surtout dans ce domaine, une vocation préventive», souligne-t-elle. Dans cette optique, elle plaide pour une application rigoureuse de la loi, un renforcement des contrôles et une meilleure information des citoyens. «Il faut éviter les lectures excessives : il ne s’agit pas de stigmatiser tous les propriétaires, mais il n’est pas davantage acceptable de banaliser l’imprudence lorsqu’il est question de la sécurité physique des citoyens», avertit-elle.

Dès lors, la détention d’un chien dangereux ne peut être réduite à un simple choix personnel : elle engage une responsabilité juridique, sociale et morale. «Et lorsqu’elle est négligée, les conséquences peuvent être lourdes et parfois irréversibles», s’inquiète-t-elle.

Un chien au foyer n’est pas toujours sans risque

Sur le plan médical, Dr Hamza Hajbaoui, médecin urgentiste, met en garde contre les risques liés à la présence d’un chien potentiellement agressif au sein du foyer. «Beaucoup d’accidents surviennent à la maison, lors d’interactions banales, avec un animal pourtant connu de la famille. Le risque augmente en présence de plusieurs chiens ou lorsque l’un d’eux adopte un comportement imprévisible, semble malade ou mord sans provocation», explique-t-il.

D’autant plus, précise Dr Hajbaoui, que les enfants figurent parmi les premières victimes. «Ils sont plus souvent mordus que les adultes, et leurs blessures sont généralement plus graves, touchant fréquemment la tête ou le visage», souligne-t-il.

En outre, ajoute notre interlocuteur, certaines personnes présentent un risque accru de complications. Il s’agit notamment des patients immunodéprimés, diabétiques, splénectomisés ou souffrant d’alcoolisme chronique, davantage exposés à des infections sévères, parfois fulminantes. «Les personnes âgées fragiles constituent également un groupe à risque, en raison de traumatismes plus graves et des complications possibles après une chute ou une infection», ajoute-t-il.

Morsures de chien : de la lésion locale à l’urgence médicale

S’agissant des conséquences médicales, les morsures de chien peuvent parfois être graves et nécessitent une prise en charge rapide. «Les conséquences les plus fréquentes sont des lésions locales : douleur, plaie plus ou moins profonde, saignement, déchirure ou écrasement des tissus, avec surtout un risque d’infection», indique Dr Hajbaoui.

Selon les cas, ajoute-t-il, la morsure peut aussi atteindre des structures profondes comme les tendons, les nerfs, les vaisseaux ou même l’os. «Il faut également penser au risque de tétanos et, selon le contexte, au risque de rage», insiste-t-il.

Par ailleurs, le médecin tient à préciser qu’une morsure devient une urgence vitale lorsqu’il existe une hémorragie incontrôlable, une plaie très large ou très profonde, un arrachement tissulaire ou une atteinte potentielle de structures vitales. «Cela est particulièrement préoccupant lorsqu’il s’agit du visage, du cuir chevelu, du cou ou lorsqu’on suspecte une atteinte vasculaire, neurologique, tendineuse ou osseuse», explique-t-il.

Et d’ajouter que même en l’absence de détresse immédiate, certaines morsures nécessitent une prise en charge urgente, notamment lorsqu’elles touchent la main, le visage, le pied ou les organes génitaux, ou en présence de signes d’infection.

Enfin, concernant la conduite à tenir, le médecin note que la première mesure consiste à laver immédiatement et abondamment la plaie à l’eau et au savon pendant au moins 15 minutes. Ensuite, il convient de comprimer en cas de saignement, de couvrir avec un pansement propre, puis de consulter rapidement. À ce stade, il est essentiel de vérifier le statut vaccinal antitétanique, d’évaluer le risque rabique et de décider de la nécessité d’antibiotiques, de soins chirurgicaux ou d’une prophylaxie antirabique.

En tout état de cause, une morsure ne doit jamais être banalisée, même si elle paraît superficielle. Comme quoi, le meilleur ami de l’homme peut aussi s’avérer dangereux. Posséder un chien est une responsabilité envers les autres, mais aussi envers soi-même.
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