Le Matin : Comment analysez-vous le débat suscité par une scène de tension dans une émission familiale comme «Lalla Laaroussa» ?
Mohammed Houbib : Ce débat dépasse largement le cadre d’une simple polémique autour d’une émission télévisée. Il interroge la responsabilité des contenus diffusés sur une chaîne publique, surtout lorsqu’il s’agit d’un programme présenté comme familial et suivi par différentes générations. Le problème n’est pas de montrer qu’un couple peut traverser des désaccords, car le conflit fait partie de toute relation humaine. Ce qui pose question, c’est la manière dont ces tensions sont mises en scène, exposées et parfois transformées en objet de divertissement. Lorsqu’une émission donne à voir des échanges tendus, des paroles blessantes ou des attitudes de domination symbolique sans distance critique ni cadrage éducatif, elle risque de banaliser des modes de communication conjugale peu sains. Il faut rappeler que la télévision ne se contente pas de divertir. Elle participe aussi à la construction des représentations sociales. Dans ce cas précis, elle peut influencer la manière dont le public, notamment les jeunes, perçoit le couple, la vie conjugale, le respect mutuel et la gestion des désaccords.
Justement, quel impact ces scènes peuvent-elles avoir sur les représentations du couple et la perception du mariage chez les jeunes ?
Les jeunes construisent une partie de leurs représentations du couple à partir de ce qu’ils observent dans leur environnement familial, social, numérique et médiatique. Les émissions de télévision, surtout lorsqu’elles sont populaires, contribuent à installer des images, des modèles et parfois des normes implicites. Lorsque le couple est présenté principalement à travers la tension, la jalousie, la provocation, la compétition ou l’humiliation, cela peut donner une image déformée du mariage. Cela dit, le mariage risque alors d’être perçu non pas comme un espace de partenariat, de responsabilité, de dialogue et de respect, mais comme un rapport de force exposé au regard des autres. Je tiens toutefois à préciser qu’il faut rester prudent, car une émission ne produit pas mécaniquement un comportement, mais c’est la répétition de ces scènes qui peut participer à une forme de normalisation. Le jeune spectateur peut finir par croire que crier, ridiculiser l’autre, exposer ses faiblesses ou régler ses problèmes devant un public sont des comportements ordinaires dans une relation conjugale. C’est là que réside le risque psychosocial.
Les jeunes construisent une partie de leurs représentations du couple à partir de ce qu’ils observent dans leur environnement familial, social, numérique et médiatique. Les émissions de télévision, surtout lorsqu’elles sont populaires, contribuent à installer des images, des modèles et parfois des normes implicites. Lorsque le couple est présenté principalement à travers la tension, la jalousie, la provocation, la compétition ou l’humiliation, cela peut donner une image déformée du mariage. Cela dit, le mariage risque alors d’être perçu non pas comme un espace de partenariat, de responsabilité, de dialogue et de respect, mais comme un rapport de force exposé au regard des autres. Je tiens toutefois à préciser qu’il faut rester prudent, car une émission ne produit pas mécaniquement un comportement, mais c’est la répétition de ces scènes qui peut participer à une forme de normalisation. Le jeune spectateur peut finir par croire que crier, ridiculiser l’autre, exposer ses faiblesses ou régler ses problèmes devant un public sont des comportements ordinaires dans une relation conjugale. C’est là que réside le risque psychosocial.
Dans vos conférences, vous mettez souvent l’accent sur l’urgence de fixer des limites à l’exposition de la vie privée dans les médias !
Tout à fait et je pars de la conviction que l’intimité familiale n’est pas un matériau neutre. Lorsqu’elle est exposée dans un cadre médiatique, elle change de nature et elle devient un spectacle, un objet de commentaire et parfois même de jugement collectif. Cela peut affaiblir la frontière nécessaire entre ce qui relève de la vie privée et ce qui peut être partagé publiquement. Dans une société comme la nôtre, où la famille occupe une place centrale dans la construction de l’identité, l’exposition excessive de l’intimité conjugale peut avoir plusieurs effets. Elle peut banaliser l’intrusion dans la vie privée, encourager la spectacularisation des conflits et réduire la complexité de la relation conjugale à des séquences émotionnelles destinées à capter l’attention. La question n’est donc pas d’interdire ou de censurer, mais d’appeler à une intelligence éditoriale. Une émission familiale peut rester attractive tout en valorisant l’écoute, la médiation, l’excuse, le respect et la résolution constructive des tensions. La télévision publique a une responsabilité particulière : elle doit divertir, certes, mais sans fragiliser les repères éducatifs et relationnels des familles et des jeunes. Le danger n’est pas seulement de montrer des tensions conjugales, mais de les transformer en spectacle sans offrir au public les clés pour comprendre, prendre distance et construire des modèles relationnels plus sains.
