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Dimanche 03 Mai 2026
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«Lalla Laaroussa» : quand la course à l’audimat piétine les valeurs conjugales

Il aura suffi d’un extrait de quelques secondes diffusé sur la SNRT pour que l’émission de télé réalité «Lalla Laaroussa» viralise sur les réseaux sociaux. Il s’agit d’une scène de tension entre un jeune couple de mariés, marquée par un échange verbal tendu, couronné par un geste violent (claque), survenu devant les autres couples et leurs mères. Rapidement relayée en ligne, la séquence a été largement critiquée pour deux raisons principales : d’abord, le non-respect de l’intimité conjugale, désormais exposée et transformée en contenu médiatique. Ensuite, l’impact de ces images sur les représentations sociales du couple et du mariage, notamment chez les jeunes générations. De nombreux internautes estiment qu’en mettant en scène des tensions, des échanges conflictuels ou des formes de déséquilibre relationnel sans réel cadrage, ces séquences pourraient contribuer à banaliser certains comportements malsains et à influencer la perception de la relation de couple, la manière de gérer les désaccords, mais aussi la place du respect et du dialogue dans la vie conjugale. Il convient de souligner que ce débat s’inscrit dans un contexte plus large de transformation des usages médiatiques et numériques. Certains contenus circulant sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, amplifient et redéfinissent les perceptions du réel. L’exposition de l’intime y est devenue plus fréquente et souvent décontextualisée, contribuant ainsi à fragiliser certains repères sociaux et relationnels, mais aussi la représentation même du mariage. Face à ces évolutions, sociologues, psychologues et spécialistes de l’éducation multiplient les mises en garde contre les effets de cette surexposition de la vie privée et ses répercussions sur les modèles relationnels sains. C’est justement ce qu’explique Mohammed Houbib, psychologue spécialisé dans le domaine de la justice et des droits de la famille et des enfants.

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Le Matin : Comment analysez-vous le débat suscité par une scène de tension dans une émission familiale comme «Lalla Laaroussa» ?
Mohammed Houbib : Ce débat dépasse largement le cadre d’une simple polémique autour d’une émission télévisée. Il interroge la responsabilité des contenus diffusés sur une chaîne publique, surtout lorsqu’il s’agit d’un programme présenté comme familial et suivi par différentes générations. Le problème n’est pas de montrer qu’un couple peut traverser des désaccords, car le conflit fait partie de toute relation humaine. Ce qui pose question, c’est la manière dont ces tensions sont mises en scène, exposées et parfois transformées en objet de divertissement. Lorsqu’une émission donne à voir des échanges tendus, des paroles blessantes ou des attitudes de domination symbolique sans distance critique ni cadrage éducatif, elle risque de banaliser des modes de communication conjugale peu sains. Il faut rappeler que la télévision ne se contente pas de divertir. Elle participe aussi à la construction des représentations sociales. Dans ce cas précis, elle peut influencer la manière dont le public, notamment les jeunes, perçoit le couple, la vie conjugale, le respect mutuel et la gestion des désaccords.
Justement, quel impact ces scènes peuvent-elles avoir sur les représentations du couple et la perception du mariage chez les jeunes ?

Les jeunes construisent une partie de leurs représentations du couple à partir de ce qu’ils observent dans leur environnement familial, social, numérique et médiatique. Les émissions de télévision, surtout lorsqu’elles sont populaires, contribuent à installer des images, des modèles et parfois des normes implicites. Lorsque le couple est présenté principalement à travers la tension, la jalousie, la provocation, la compétition ou l’humiliation, cela peut donner une image déformée du mariage. Cela dit, le mariage risque alors d’être perçu non pas comme un espace de partenariat, de responsabilité, de dialogue et de respect, mais comme un rapport de force exposé au regard des autres. Je tiens toutefois à préciser qu’il faut rester prudent, car une émission ne produit pas mécaniquement un comportement, mais c’est la répétition de ces scènes qui peut participer à une forme de normalisation. Le jeune spectateur peut finir par croire que crier, ridiculiser l’autre, exposer ses faiblesses ou régler ses problèmes devant un public sont des comportements ordinaires dans une relation conjugale. C’est là que réside le risque psychosocial.


Dans vos conférences, vous mettez souvent l’accent sur l’urgence de fixer des limites à l’exposition de la vie privée dans les médias !

Tout à fait et je pars de la conviction que l’intimité familiale n’est pas un matériau neutre. Lorsqu’elle est exposée dans un cadre médiatique, elle change de nature et elle devient un spectacle, un objet de commentaire et parfois même de jugement collectif. Cela peut affaiblir la frontière nécessaire entre ce qui relève de la vie privée et ce qui peut être partagé publiquement. Dans une société comme la nôtre, où la famille occupe une place centrale dans la construction de l’identité, l’exposition excessive de l’intimité conjugale peut avoir plusieurs effets. Elle peut banaliser l’intrusion dans la vie privée, encourager la spectacularisation des conflits et réduire la complexité de la relation conjugale à des séquences émotionnelles destinées à capter l’attention. La question n’est donc pas d’interdire ou de censurer, mais d’appeler à une intelligence éditoriale. Une émission familiale peut rester attractive tout en valorisant l’écoute, la médiation, l’excuse, le respect et la résolution constructive des tensions. La télévision publique a une responsabilité particulière : elle doit divertir, certes, mais sans fragiliser les repères éducatifs et relationnels des familles et des jeunes. Le danger n’est pas seulement de montrer des tensions conjugales, mais de les transformer en spectacle sans offrir au public les clés pour comprendre, prendre distance et construire des modèles relationnels plus sains.
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