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Quand l’euphorie retombe : l’après CAN, un retour progressif à la vie normale

Après plusieurs semaines de ferveur et de communion nationale, la fin de la CAN 2025 a marqué un temps d’arrêt. La défaite en finale a mis fin à une parenthèse émotionnelle intense, obligeant les Marocains à redescendre collectivement. Entre tristesse, colère, fierté intacte et besoin de normalité, le pays amorce un retour progressif au quotidien, non sans questionnements.

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Le 18 janvier 2026, le Maroc a retenu son souffle. Dans les fanzones, les cafés, les foyers et jusque dans les rues, l’espoir d’un sacre continental était palpable. Pendant plusieurs semaines, la CAN 2025 a rythmé les journées, suspendu les habitudes et créé une communion rare autour des Lions de l’Atlas. Puis, en quelques minutes, tout s’est arrêté. La défaite en finale a laissé derrière elle un sentiment difficile à nommer, fait de tristesse profonde, de colère contenue et d’un vide émotionnel partagé par des millions de Marocains. Dès le coup de sifflet final, l’euphorie collective s’est effondrée. Le silence s’est imposé, lourd, presque irréel.



À Casablanca, Rabat ou Marrakech, les fanzones, pleines à craquer tout au long de la compétition, ont été les premières à ressentir ce basculement. Devant les écrans géants, certains supporters sont restés figés, incapables de quitter les lieux, comme suspendus à un moment qu’ils n’arrivaient pas encore à refermer. «On est venus pour vivre un moment historique. Quand le match s’est terminé, j’ai eu l’impression qu’on nous avait arraché quelque chose», confie Yassine, 31 ans. Dans les cafés aussi, l’ambiance a changé en un instant. Les discussions se sont tues, les regards se sont détournés des écrans. «Ce n’est pas seulement la défaite, c’est la manière. On y a cru jusqu’au bout», glisse Omar, 57 ans.

Des violences qui amplifient la déception

Très vite, la déception sportive a été doublée par une autre forme de tristesse. Les scènes de violence observées dans le stade, impliquant des supporters sénégalais, ont profondément choqué de nombreux Marocains, qu’ils aient assisté au match sur place ou à distance. «Quand on a vu les jets d’objets et la panique dans certaines tribunes, on a oublié le football. On a juste eu peur», raconte Samir, présent dans le stade. «Il y avait des familles, des enfants. Ce n’est pas normal». Pour d’autres, ces images ont laissé un goût encore plus amer que la défaite elle-même. «Perdre un match, on peut l’accepter. Voir des scènes de violence, c’est autre chose. Ça gâche tout», confie Amal, supportrice à Casablanca. Beaucoup expriment aussi un espoir clair : que ces débordements ne restent pas sans suite. «On espère que des sanctions seront prises. Pas pour se venger, mais pour éviter que cela ne se reproduise dans le football africain », insiste Amine 33 ans.

À cela s’ajoute aussi une autre déception, plus symbolique. Sur les réseaux sociaux, des images montrant des supporters d’autres pays africains, non sénégalais, célébrant la défaite du Maroc, ont largement circulé. «Voir ces vidéos, c’est choquant. On ne réalisait pas que nous étions autant détestés par des citoyens de pays voisins. On a l’impression que notre peine est devenue un spectacle après tout ce que le Maroc a donné pour cette CAN», explique Rachid, 38 ans.

Un choc émotionnel collectif

Pour le sociologue Hamid Wajdi, l’ampleur du malaise ressenti après la finale s’explique par l’intensité de l’engagement émotionnel collectif. «Pendant plusieurs semaines, le pays a vécu dans une communion émotionnelle forte, portée par l’espoir, la fierté et l’attente d’un moment historique», analyse-t-il. La défaite agit alors comme une rupture brutale. «Ce choc est normal. Il correspond à ce que l’on appelle un blues post-événement, une phase de vide qui suit un pic émotionnel élevé».

Mais, selon lui, la violence observée dans le stade a accentué cette blessure. «Lorsque la défaite est accompagnée de scènes de violence et d’un sentiment de manque de fair-play, on ne parle plus seulement de sport. On touche aux valeurs, à la sécurité et au respect. Cela rend le retour au calme plus difficile». Hamid Wajdi souligne aussi que les célébrations hostiles observées à l’étranger renforcent ce malaise. «Elles nourrissent un sentiment d’injustice et d’isolement émotionnel».

Après la ferveur, le retour progressif au quotidien

Peu à peu, la vie reprend pourtant ses droits. Dès le lendemain, les réveils ont sonné à l’heure habituelle, les rues ont retrouvé leur circulation, les cafés leur routine. On parle encore du match, mais moins fort, avec plus de recul.

Chez certains la tristesse est toujours là, parfois la colère aussi. Mais la fierté prend toujours le dessus. «Ils nous ont fait rêver, et ça, personne ne pourra nous l’enlever. Nous sommes certains que nous allons vivre des choses encore plus belles dans l’avenir avec cette équipe marocaine», résume Rachid. La CAN s’éloigne, sans disparaître totalement. Elle laisse place à une forme d’atterrissage émotionnel, lent et parfois douloureux, mais nécessaire.
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