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Samedi 21 Mars 2026
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Le drainage lymphatique, entre adaptation corporelle et encadrement médical

Proposé comme solution contre la rétention d’eau et la fatigue, le drainage lymphatique connaît un regain d’intérêt durant le Ramadan. Mais que dit réellement la science sur ses bienfaits dans un contexte de jeûne ? Éclairage avec Jihane Najib, kinésithérapeute et physiothérapeute spécialisée au centre KinéBlanca à Casablanca, qui appelle à une approche mesurée, encadrée et intégrée à une hygiène de vie adaptée.

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À l’heure où les tables du Ftour se garnissent et où les nuits s’allongent, le corps, lui, tente de retrouver son équilibre. Moins d’eau en journée, des repas concentrés sur quelques heures, un sommeil fragmenté... Pendant le Ramadan, l’organisme s’adapte. Mais parfois, il proteste en silence : sensation de gonflement, jambes lourdes, fatigue inhabituelle. Et si ces signaux venaient d’un système discret, mais essentiel : le système lymphatique ?

Souvent moins connu que la circulation sanguine, le système lymphatique joue pourtant un rôle clé dans notre santé globale. Il participe à l’élimination des déchets cellulaires, à l’équilibre des liquides et au soutien du système immunitaire.

«Le système lymphatique est un pilier fondamental de notre santé. Il permet d’éliminer les déchets cellulaires, d’équilibrer les liquides et de soutenir l’immunité», explique Jihane Najib, kinésithérapeute et physiothérapeute spécialisée au centre KinéBlanca à Casablanca.

Contrairement au sang, propulsé par le cœur, la lymphe ne circule pas seule. «Elle dépend de notre respiration, de notre mouvement et de notre hygiène de vie», précise-t-elle. Autrement dit, l’immobilité, le stress ou une alimentation déséquilibrée peuvent freiner son fonctionnement.

Dans sa pratique, la spécialiste observe régulièrement les signes d’un ralentissement : «Lorsqu’il fonctionne moins bien, le corps envoie rapidement des signaux : gonflement, fatigue, lourdeur, inconfort».

Ramadan : des changements riches... mais exigeants

Le mois sacré transforme profondément le rythme biologique. «De manière indirecte, le Ramadan peut influencer la circulation lymphatique. Il modifie notre sommeil, notre hydratation, notre alimentation et notre niveau d’activité», souligne Jihane Najib.

Ces changements, spirituellement intenses et porteurs de sens, restent physiquement exigeants. Une hydratation concentrée entre l’Iftar et le S’hoor, des repas parfois plus riches en sel et en sucre, un coucher tardif : l’ensemble peut perturber l’équilibre corporel. «Sans adaptation, certaines fonctions, dont la circulation lymphatique, peuvent ralentir.»



La fameuse «rétention d’eau», souvent évoquée pendant le Ramadan, n’est pas un phénomène mystérieux. «C’est généralement une réponse temporaire du corps à un déséquilibre», explique-t-elle. Elle cite plusieurs facteurs : excès de sel et de sucres raffinés le soir, digestion lourde, stress, fatigue et manque de mouvement. «La déshydratation joue un rôle, mais ce sont surtout les habitudes globales qui comptent».

Drainage lymphatique : soin utile ou simple tendance ?

Face à ces inconforts, le drainage lymphatique est de plus en plus proposé, notamment durant le mois du Ramadan. Mais est-il réellement efficace ? «Oui, lorsqu’il est pratiqué avec expertise et intégré dans une approche globale», affirme la kinésithérapeute.

Le drainage manuel, la pressothérapie ou encore la madérothérapie peuvent stimuler la circulation, soulager les tensions et améliorer le confort corporel. L’objectif n’est pas uniquement esthétique, mais fonctionnel : relancer un système qui dépend fortement du mouvement. «Au centre KinéBlanca, l’approche se veut individualisée. Nous personnalisons chaque protocole. Nous ne proposons pas des soins standards, mais un accompagnement sur mesure.» L’idée n’est donc pas de «détoxifier» miraculeusement le corps, mais d’agir en complément d’une hygiène de vie adaptée.

Les gestes simples qui font la différence

Au-delà des soins en cabinet, la spécialiste insiste sur des habitudes accessibles à tous, à savoir bouger quotidiennement, même légèrement, bien s’hydrater entre l’Iftar et le S’hoor, limiter le sel et les sucres raffinés, dormir suffisamment, respirer profondément et respecter ses limites. «Ce sont des gestes simples, mais puissants», rappelle-t-elle.

Car le drainage lymphatique ne peut compenser ni un excès alimentaire chronique ni une fatigue accumulée. Il s’inscrit dans une logique d’équilibre. Pour la spécialiste, le Ramadan ne doit pas opposer spiritualité et santé physique. «Le Ramadan est un mois de purification spirituelle, mais aussi corporelle. Prendre soin de son corps durant cette période n’est pas un luxe, c’est une forme de respect envers soi-même. Notre rôle, en tant que spécialiste, ne doit pas se limiter à transformer les corps, mais à accompagner les personnes vers une version plus saine et plus confiante d’elles-mêmes.»

Au fond, le drainage lymphatique pendant le Ramadan ne se résume pas à une tendance bien-être. Il peut devenir, lorsqu’il est encadré et associé à de bonnes habitudes, un outil parmi d’autres pour aider le corps à traverser ce mois exigeant avec plus de légèreté.

Questions à la kinésithérapeute et physiothérapeute spécialisée au centre KinéBlanca à Casablanca

Jihane Najib : «Un drainage ne remplace pas une hygiène de vie adaptée»

Le drainage lymphatique, entre adaptation corporelle et encadrement médical



Le drainage lymphatique permet-il réellement d’éliminer des toxines ? Peut-il compenser une mauvaise alimentation ou une hydratation insuffisante ?

Le corps est naturellement capable de se détoxifier grâce au foie et aux reins. Ce sont eux qui assurent le véritable travail d’élimination.

Nos soins ne remplacent absolument pas ces fonctions. Ils viennent simplement soutenir l’organisme en stimulant la circulation lymphatique et en facilitant l’évacuation des déchets cellulaires, surtout lorsque le mode de vie ralentit cette dynamique.

Je défends une esthétique responsable, basée sur la science et la compréhension du corps, pas sur des promesses exagérées ou des effets miracles.

Existe-t-il des profils pour lesquels le drainage lymphatique est particulièrement indiqué ?

Les drainages lymphatiques sont particulièrement utiles pour les personnes sédentaires, les femmes sujettes à la rétention hormonale, les personnes stressées, celles qui restent longtemps debout ou assises, les seniors, mais surtout pour toute personne souhaitant prendre soin de son corps de manière durable.

Y a-t-il un moment plus adapté pour faire la séance (avant ou après l’Iftar) ?

Nous adaptons toujours les soins au rythme de vie et aux besoins du patient, surtout pendant le Ramadan. Il n’y a pas de règle unique valable pour tout le monde. Chaque personne vit ce mois différemment, avec son niveau d’énergie, son état de santé et ses contraintes quotidiennes.

C’est pourquoi chaque prise en charge commence par un bilan, une écoute attentive et un conseil personnalisé. Nous évaluons la condition générale, les éventuelles fragilités et les attentes du patient avant de proposer un soin. La sécurité et le confort restent prioritaires.

La marche ou l’activité physique légère, l’hydratation nocturne ont-elles le même effet qu’un drainage ?

La marche, la respiration profonde et une bonne hydratation sont indispensables. Ce sont les fondations d’une circulation lymphatique saine. Le mouvement active naturellement la lymphe, la respiration agit comme une pompe interne et l’hydratation permet de maintenir une bonne fluidité des échanges.

Sans ces bases, aucun soin ne peut être réellement efficace ni durable. Un drainage ne remplace pas une hygiène de vie adaptée.

En revanche, les techniques professionnelles permettent un travail plus ciblé, plus précis et plus profond. Elles viennent stimuler certaines zones spécifiques, relancer des circuits plus engorgés et apporter un soulagement plus rapide lorsque les sensations de lourdeur ou de gonflement sont déjà installées.

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