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Lipœdème : une association voit le jour pour briser le silence autour d’une maladie méconnue

Créée à l’initiative du Dr Fahd Benslimane, chirurgien plasticien à Casablanca, la The Moroccan Society of Lipoedema & Associated Pathologies ambitionne de structurer la reconnaissance et la prise en charge du lipœdème au Maroc. Entre sensibilisation, formation médicale et plaidoyer institutionnel, cette nouvelle société savante veut faire émerger une réponse scientifique et humaine à une pathologie qui touche près d’une femme sur dix et reste encore trop souvent assimilée à tort à de l’obésité.

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Longtemps confondu avec un simple problème de poids, le lipœdème reste une maladie silencieuse, douloureuse et profondément incomprise. Pourtant, derrière les jambes gonflées, la fatigue persistante et les échecs répétés des régimes, se cache une pathologie reconnue depuis 1945 par l’Organisation mondiale de la santé comme maladie invalidante.

Au Maroc, une nouvelle structure scientifique entend désormais changer le regard et structurer la prise en charge.

Le 31 décembre 2025 a marqué la création officielle de The Moroccan Society of Lipoedema & Associated Pathologies (MOSLIPOD), également dénommée Société marocaine du lipœdème et des pathologies associées. À l’initiative du Dr Fahd Benslimane, chirurgien plasticien à Casablanca, cette société savante se fixe pour mission de faire reconnaître le lipœdème comme un véritable enjeu de santé publique.

Dans son communiqué fondateur, l’association précise que son objectif est de «promouvoir la reconnaissance du lipœdème, optimiser sa prise en charge médicale et chirurgicale et contribuer au développement de la recherche scientifique dans ce domaine». Une ambition qui répond à une réalité préoccupante : près d’une femme sur dix serait concernée, alors même que la maladie demeure largement sous-diagnostiquée.

Le lipœdème se caractérise par «une accumulation anormale et symétrique de graisse pathologique, essentiellement sur les jambes», pouvant également toucher les bras. Cette graisse, résistante aux régimes alimentaires et à l’activité physique, s’accompagne de douleurs, de gonflements et d’une altération progressive de la mobilité. Trop souvent, les patientes sont orientées vers des prises en charge inadaptées, la pathologie étant assimilée à tort à de l’obésité ou à de simples troubles circulatoires.

«Le lipœdème est une maladie réelle, douloureuse et invalidante. Notre mission est d’unir la science et la formation pour mieux la comprendre et la traiter», explique le Dr Fahd Benslimane, président fondateur de MOSLIPOD. À travers cette déclaration, la société entend affirmer une ligne claire : sortir du déni médical et social.

L’approche défendue par MOSLIPOD repose sur une prise en charge globale, préventive et fonctionnelle. Selon le communiqué, la société recommande une stratégie multidisciplinaire associant «le port de bas de contention, une activité physique adaptée, le drainage lymphatique manuel, la pressothérapie, la cryothérapie ainsi qu’une alimentation anti-inflammatoire». L’objectif est de freiner l’évolution de la maladie et d’améliorer durablement la qualité de vie des patientes.

Dans les stades avancés, l’aspiration de la graisse pathologique peut devenir nécessaire. Mais le Dr Benslimane tient à préciser : «Notre rôle ne se résume pas à enlever la graisse comme dans le cas de la liposuccion. Nous traitons la douleur, la fatigue et redonnons aux femmes confort, confiance et liberté de mouvement». Une nuance importante, qui distingue la démarche thérapeutique d’une simple intervention esthétique.

Au-delà de l’aspect médical, la société savante insiste sur l’impact psychologique majeur du lipœdème. Les patientes, convaincues de souffrir d’un excès de poids, multiplient les régimes stricts et les efforts sportifs sans résultat sur les zones atteintes. Cette absence d’amélioration nourrit frustration, culpabilité et parfois dépression. Les remarques répétées de l’entourage – «mange moins» ou «fais plus de sport» – renforcent un sentiment d’échec et d’isolement.

Face à cette réalité, MOSLIPOD structure son action autour de trois axes : informer, former et agir. Il s’agit d’abord de sensibiliser le grand public et les patientes, puis de former les professionnels de santé à travers des séminaires, des ateliers pratiques et des recommandations cliniques, afin de réduire l’errance diagnostique.

Enfin, la société ambitionne d’interpeller les autorités sanitaires pour faire reconnaître le lipœdème comme un enjeu prioritaire. «Nous voulons faire du Maroc un pays pilote dans la reconnaissance du lipœdème, en alliant excellence médicale et approche humaine», affirme le Pr Jaâfar Heikel, vice-président de la Société.

Par sa création, MOSLIPOD vient ainsi combler un vide dans le paysage médical national. Plus qu’une association scientifique, elle se présente comme un levier de changement et un espace de coordination pour mieux comprendre, mieux diagnostiquer et mieux accompagner des milliers de femmes qui, jusqu’ici, souffraient souvent en silence.
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