Présentées comme l’un des piliers de la réforme de l’école publique marocaine, les écoles pionnières se retrouvent aujourd’hui au cœur d’une double controverse. D’un côté, plusieurs syndicats d’enseignants dénoncent un projet qu’ils jugent «vidé de sa substance pédagogique», déconnecté des réalités de terrain. De l’autre, la récente fuite de sujets d’examens, ayant conduit au report des épreuves unifiées du primaire, a ravivé les inquiétudes autour de la gouvernance, de la crédibilité et de la maturité opérationnelle de cette réforme ambitieuse.
Ces incidents surviennent alors que le programme, lancé il y a trois ans, entre dans une phase de généralisation progressive. Pour ses détracteurs, les écoles pionnières symbolisent une réforme imposée, qui alourdit la charge des enseignants et réduit l’acte pédagogique à une succession de procédures, d’évaluations standardisées et d’outils numériques. Les syndicats alertent également sur un affaiblissement du rôle de l’enseignant, perçu davantage comme un exécutant que comme un acteur pédagogique à part entière.
La fuite de certains sujets de l’évaluation continue et de l’examen local unifié dans plusieurs écoles pionnières est venue accentuer ces préoccupations. L’incident, largement relayé sur les réseaux sociaux, a contraint le ministère à annuler les épreuves concernées et à les reprogrammer aux 3 et 4 février 2026, avec une session de rattrapage prévue le 9 février. Pour les syndicats, cet épisode illustre des fragilités dans la mise en œuvre du projet et soulève des interrogations sur la sécurisation des évaluations.
Ces incidents surviennent alors que le programme, lancé il y a trois ans, entre dans une phase de généralisation progressive. Pour ses détracteurs, les écoles pionnières symbolisent une réforme imposée, qui alourdit la charge des enseignants et réduit l’acte pédagogique à une succession de procédures, d’évaluations standardisées et d’outils numériques. Les syndicats alertent également sur un affaiblissement du rôle de l’enseignant, perçu davantage comme un exécutant que comme un acteur pédagogique à part entière.
La fuite de certains sujets de l’évaluation continue et de l’examen local unifié dans plusieurs écoles pionnières est venue accentuer ces préoccupations. L’incident, largement relayé sur les réseaux sociaux, a contraint le ministère à annuler les épreuves concernées et à les reprogrammer aux 3 et 4 février 2026, avec une session de rattrapage prévue le 9 février. Pour les syndicats, cet épisode illustre des fragilités dans la mise en œuvre du projet et soulève des interrogations sur la sécurisation des évaluations.
Le ministère défend sa réforme : elle n’est ni improvisée ni déconnectée du terrain
Interrogé à ce sujet, Lhoussine Zteyt, directeur des Curricula des écoles primaires au sein du ministère de l’Éducation nationale, tient d’emblée à replacer le projet dans son cadre stratégique. «Le programme des écoles pionnières s’inscrit dans la Feuille de route 2022-2026 pour la réforme de l’enseignement. Il ne s’agit pas d’une mesure ponctuelle, mais d’un chantier structurant, lancé il y a trois ans, avec pour objectif principal d’améliorer durablement la qualité des apprentissages de base», explique-t-il.
Selon lui, le cœur de la réforme repose sur la maîtrise des apprentissages. «Nous parlons surtout de la lecture, de l’écriture et du calcul, autrement dit de la littératie et de la numératie. Le constat était clair : trop d’élèves arrivent à la fin du primaire avec des lacunes importantes, notamment en mathématiques et en langues. Le statu quo n’était plus une option», affirme-t-il. Le responsable insiste également sur une autre dimension du programme : «Les écoles pionnières visent aussi à promouvoir le bien-être des élèves et à renforcer le rôle de l’enseignant, à travers de meilleures conditions de travail et une formation continue ciblée et efficace».
Sur le plan méthodologique, Lhoussine Zteyt réfute l’idée d’une réforme improvisée ou déconnectée du terrain. «Le modèle pédagogique des écoles pionnières n’est ni conjoncturel ni descendant. Il repose sur une démarche fondée sur l’évidence, l’expérimentation maîtrisée et l’amélioration continue», précise-t-il. Il rappelle que le ministère est parti d’un diagnostic largement partagé, établi à partir des évaluations nationales et internationales, mettant en évidence des fragilités persistantes et des inégalités territoriales marquées.
«Avant toute généralisation, nous avons opté pour une phase pilote clairement définie, avec des établissements volontaires et des équipes pédagogiques accompagnées», explique-t-il. Cette phase a été appuyée par des évaluations internes régulières et des évaluations externes indépendantes, menées selon des protocoles scientifiques reconnus. «Les progrès observés en lecture, en mathématiques et en langues sont mesurables et objectivés. Ce ne sont pas des impressions, mais des indicateurs vérifiables», souligne-t-il.
Concernant la concertation avec les enseignants, le directeur des curricula insiste sur le caractère évolutif du dialogue. «Les écoles pionnières n’ont pas été conçues en dehors du corps enseignant. Dès le départ, des enseignants de terrain, des inspecteurs et des cadres éducatifs ont été impliqués dans l’expérimentation, l’adaptation des outils et l’évaluation des résultats», affirme-t-il. Il ajoute que la concertation se poursuit tout au long de la mise en œuvre, à travers l’accompagnement pédagogique, les formations ciblées et les retours réguliers des enseignants concernés.
Il cite notamment le premier Forum national de l’enseignant, organisé en septembre 2024, comme «une étape importante pour mettre en lumière le rôle central des enseignants dans la transformation de l’école publique». «D’autres éditions, y compris à l’échelle régionale et provinciale, sont envisagées afin d’élargir la participation et de renforcer cette dynamique», indique-t-il.
Sur la question sensible de la charge de travail, Lhoussine Zteyt reconnaît que le modèle introduit de nouvelles exigences, notamment en matière d’évaluation et de suivi. «Oui, il y a un changement dans l’organisation du travail, mais il est accompagné», explique-t-il. «L’enseignant est dispensé de la préparation des cours, des progressions annuelles et des dispositifs d’évaluation, grâce à des ressources pédagogiques prêtes à l’emploi», précise-t-il.
Selon lui, le cœur de la réforme repose sur la maîtrise des apprentissages. «Nous parlons surtout de la lecture, de l’écriture et du calcul, autrement dit de la littératie et de la numératie. Le constat était clair : trop d’élèves arrivent à la fin du primaire avec des lacunes importantes, notamment en mathématiques et en langues. Le statu quo n’était plus une option», affirme-t-il. Le responsable insiste également sur une autre dimension du programme : «Les écoles pionnières visent aussi à promouvoir le bien-être des élèves et à renforcer le rôle de l’enseignant, à travers de meilleures conditions de travail et une formation continue ciblée et efficace».
Sur le plan méthodologique, Lhoussine Zteyt réfute l’idée d’une réforme improvisée ou déconnectée du terrain. «Le modèle pédagogique des écoles pionnières n’est ni conjoncturel ni descendant. Il repose sur une démarche fondée sur l’évidence, l’expérimentation maîtrisée et l’amélioration continue», précise-t-il. Il rappelle que le ministère est parti d’un diagnostic largement partagé, établi à partir des évaluations nationales et internationales, mettant en évidence des fragilités persistantes et des inégalités territoriales marquées.
«Avant toute généralisation, nous avons opté pour une phase pilote clairement définie, avec des établissements volontaires et des équipes pédagogiques accompagnées», explique-t-il. Cette phase a été appuyée par des évaluations internes régulières et des évaluations externes indépendantes, menées selon des protocoles scientifiques reconnus. «Les progrès observés en lecture, en mathématiques et en langues sont mesurables et objectivés. Ce ne sont pas des impressions, mais des indicateurs vérifiables», souligne-t-il.
Concernant la concertation avec les enseignants, le directeur des curricula insiste sur le caractère évolutif du dialogue. «Les écoles pionnières n’ont pas été conçues en dehors du corps enseignant. Dès le départ, des enseignants de terrain, des inspecteurs et des cadres éducatifs ont été impliqués dans l’expérimentation, l’adaptation des outils et l’évaluation des résultats», affirme-t-il. Il ajoute que la concertation se poursuit tout au long de la mise en œuvre, à travers l’accompagnement pédagogique, les formations ciblées et les retours réguliers des enseignants concernés.
Il cite notamment le premier Forum national de l’enseignant, organisé en septembre 2024, comme «une étape importante pour mettre en lumière le rôle central des enseignants dans la transformation de l’école publique». «D’autres éditions, y compris à l’échelle régionale et provinciale, sont envisagées afin d’élargir la participation et de renforcer cette dynamique», indique-t-il.
Sur la question sensible de la charge de travail, Lhoussine Zteyt reconnaît que le modèle introduit de nouvelles exigences, notamment en matière d’évaluation et de suivi. «Oui, il y a un changement dans l’organisation du travail, mais il est accompagné», explique-t-il. «L’enseignant est dispensé de la préparation des cours, des progressions annuelles et des dispositifs d’évaluation, grâce à des ressources pédagogiques prêtes à l’emploi», précise-t-il.
Fuites d’examens : un incident révélateur des fragilités organisationnelles
La fuite de certains sujets d’évaluation a constitué un tournant sensible dans le déploiement des écoles pionnières. Elle a concerné des épreuves de l’évaluation continue de la deuxième période ainsi que l’examen local unifié du cycle primaire, provoquant une onde de choc au sein de la communauté éducative. Les sujets, diffusés sur les réseaux sociaux avant la tenue officielle des épreuves, ont contraint le ministère de l’Éducation nationale à prendre des mesures exceptionnelles. «Il faut noter que l’objectivité des résultats constitue une condition essentielle de toute démarche d’évaluation. Sans cette objectivité, les évaluations deviennent dépourvues d’intérêt, car elles ne permettent ni une analyse fiable ni une prise de décision éclairée ainsi les interventions pertinentes ne vont pas être prises», indique le responsable. Et d’ajouter que «dans ce contexte, la décision a été prise de reporter les épreuves concernées. Les examens de langue arabe, de français et de mathématiques pour l’ensemble des niveaux du primaire dans les écoles pionnières se tiendront ainsi les mardi 3 et mercredi 4 février 2026. Une session de rattrapage est également prévue dans les prochaines semaines pour les élèves absents pour des motifs jugés valables».
Pour les syndicats, cet épisode dépasse le simple incident technique. Il met en lumière, selon eux, des failles dans l’organisation et la sécurisation des évaluations, et alimente les craintes d’une réforme jugée précipitée dans sa mise en œuvre. Certains y voient un signal d’alerte quant à la capacité du système à gérer des dispositifs pédagogiques et évaluatifs plus complexes à grande échelle.
Tirant les enseignements de cet incident, le ministère annonce une réorganisation immédiate du dispositif. Désormais, plusieurs dispositions seront mises en œuvre, afin de renforcer le contrôle et de limiter les risques de fuite. À cela s’ajoutent des mesures techniques supplémentaires, notamment l’introduction d’un filigrane spécifique à chaque direction provinciale, permettant d’assurer la traçabilité des documents et d’identifier l’origine de toute éventuelle diffusion frauduleuse à l’avenir.
Sur le plan juridique, le ministère affirme avoir engagé des procédures formelles via la Direction des affaires juridiques contre les personnes impliquées dans le partage des sujets sur les réseaux sociaux. «L’enquête vise à déterminer avec précision l’origine de la fuite afin d’appliquer les sanctions prévues par la réglementation en vigueur», indique Lhoucine Ztyet, soulignant que ces mesures s’inscrivent dans une logique de responsabilisation et de prévention.
Pour le ministère, cet épisode, bien que sérieux, ne remet pas en cause le fond du projet des écoles pionnières. Il est présenté comme une difficulté opérationnelle appelée à être corrigée dans le cadre d’une réforme évolutive. Reste que, pour les syndicats, la gestion de ces fuites demeure un test majeur pour la crédibilité du modèle, à un moment où la confiance autour des écoles pionnières apparaît plus que jamais fragile.
Pour les syndicats, cet épisode dépasse le simple incident technique. Il met en lumière, selon eux, des failles dans l’organisation et la sécurisation des évaluations, et alimente les craintes d’une réforme jugée précipitée dans sa mise en œuvre. Certains y voient un signal d’alerte quant à la capacité du système à gérer des dispositifs pédagogiques et évaluatifs plus complexes à grande échelle.
Tirant les enseignements de cet incident, le ministère annonce une réorganisation immédiate du dispositif. Désormais, plusieurs dispositions seront mises en œuvre, afin de renforcer le contrôle et de limiter les risques de fuite. À cela s’ajoutent des mesures techniques supplémentaires, notamment l’introduction d’un filigrane spécifique à chaque direction provinciale, permettant d’assurer la traçabilité des documents et d’identifier l’origine de toute éventuelle diffusion frauduleuse à l’avenir.
Sur le plan juridique, le ministère affirme avoir engagé des procédures formelles via la Direction des affaires juridiques contre les personnes impliquées dans le partage des sujets sur les réseaux sociaux. «L’enquête vise à déterminer avec précision l’origine de la fuite afin d’appliquer les sanctions prévues par la réglementation en vigueur», indique Lhoucine Ztyet, soulignant que ces mesures s’inscrivent dans une logique de responsabilisation et de prévention.
Pour le ministère, cet épisode, bien que sérieux, ne remet pas en cause le fond du projet des écoles pionnières. Il est présenté comme une difficulté opérationnelle appelée à être corrigée dans le cadre d’une réforme évolutive. Reste que, pour les syndicats, la gestion de ces fuites demeure un test majeur pour la crédibilité du modèle, à un moment où la confiance autour des écoles pionnières apparaît plus que jamais fragile.
