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Lundi 27 Avril 2026
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Maladie cœliaque : des patients pénalisés par le coût élevé du sans gluten et un soutien limité

Au Maroc, la maladie cœliaque reste marquée par une prise en charge incomplète, notamment en raison du coût élevé du régime sans gluten. Les récentes déclarations du ministre de la Santé ouvrent la voie à une réflexion institutionnelle, mais les associations appellent à des mesures concrètes et urgentes.

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Les patients atteints de la maladie cœliaque au Maroc doivent toujours composer avec une prise en charge partielle, où le poids financier du traitement repose en grande partie sur les familles. Pourtant, cette pathologie chronique, dont la prévalence est particulièrement élevée dans le Royaume, continue de souffrir d’un manque de reconnaissance dans les dispositifs de santé publique.

Lors de son passage, mardi 21 avril 2026, à la Chambre des conseillers, le ministre de la Santé et de la protection sociale, Amine Tehraoui, a reconnu «la problématique que pose la maladie cœliaque», insistant à la fois sur sa nature chronique et sur le coût du régime alimentaire strict qu’elle impose. Il a rappelé que les patients bénéficient d’une prise en charge dans le cadre de l’assurance maladie obligatoire, couvrant «le diagnostic, les examens biologiques, le suivi médical ainsi que le traitement des complications».

Au-delà de ce socle, le ministre a évoqué plusieurs pistes d’amélioration, notamment «le renforcement du diagnostic précoce», «l’optimisation des parcours de soins» et «la coordination avec les différents acteurs pour étudier des mécanismes de soutien supplémentaires», en particulier en faveur des catégories les plus vulnérables. Ces orientations s’inscrivent, selon lui, dans une vision plus globale visant à améliorer la gestion des maladies chroniques et à renforcer l’équité d’accès aux soins.



La question de l’intégration de la maladie cœliaque et des produits sans gluten dans le panier de remboursement reste toutefois en suspens. Qualifié de «sujet scientifique et sanitaire complexe», le dossier a été transmis à la Haute Autorité de la s, chargée d’en évaluer la pertinence au regard de l’efficacité médicale, du coût et de l’impact sur la santé publique.

Du côté des associations, ces annonces sont perçues comme un signal encourageant, mais encore insuffisant. Pour la Dre Khadija Moussayer, vice-présidente de l’Association marocaine des intolérants et allergiques au gluten (AMIAG), «c’est une excellente nouvelle, un grand pas», tout en soulignant que «la maladie cœliaque reste encore en marge de la stratégie et de la politique de santé», malgré sa forte prévalence.

Elle pointe surtout une lacune majeure : «La maladie cœliaque n’est pas reconnue comme affection de longue durée», ce qui prive les patients d’un statut ouvrant droit à un remboursement quasi intégral des soins. «Les personnes atteintes sont traitées comme si elles n’avaient pas de maladie chronique», déplore-t-elle. Concrètement, les consultations sont avancées par les patients puis remboursées «sur la base de la valeur de référence», tandis que les bilans biologiques ne sont pas couverts à 100%.

Mais le principal obstacle reste le coût du traitement lui-même. «Le régime sans gluten est le seul traitement disponible, et il coûte cher. Un kilo de farine sans gluten peut coûter jusqu’à dix fois plus qu’une farine classique», souligne la spécialiste, évoquant «l’absence totale de remboursement de ces dépenses pourtant vitales».

Face à cette situation, les associations plaident pour des mesures concrètes et ciblées. «Il faut instaurer une subvention mensuelle pour compenser le surcoût des produits sans gluten», insiste la Dre Moussayer, citant la farine, les pâtes et les produits transformés spécifiques, devenus indispensables au quotidien des patients.

Au-delà de la dimension financière, les enjeux sont également sanitaires et socio-économiques. Le respect strict du régime permet «d’éviter les troubles digestifs, les nausées, la fatigue chronique, l’anémie et les troubles de concentration», tout en prévenant des complications plus graves, notamment le développement d’autres maladies auto-immunes ou de certains cancers digestifs.

«Ce régime permet au patient de mener une vie normale, d’être productif dans la société et d’éviter des complications lourdes et coûteuses», souligne-t-elle, mettant en avant un enjeu qui dépasse la seule sphère individuelle pour concerner l’ensemble du système de santé.

Ainsi, entre reconnaissance institutionnelle et attentes persistantes, la maladie cœliaque se trouve, aujourd’hui, à un moment charnière. Les conclusions de la Haute Autorité de la Santé seront déterminantes pour savoir si cette prise de conscience se traduira, à terme, par des mesures concrètes capables d’alléger durablement le quotidien des patients.
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