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Vendredi 27 Mars 2026
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Médecine de famille : un levier stratégique pour la prévention, encore sous-estimé

Au Maroc, consulter un médecin de famille reste souvent un réflexe tardif, alors que cette discipline pourrait transformer la prévention, le suivi des maladies chroniques et la coordination des soins. La 11ᵉ édition du Congrès national de médecine de famille, qui se tient du 26 au 28 mars à Tanger, met en lumière ce rôle stratégique encore trop méconnu, en offrant aux praticiens un espace unique d’échanges, de formation et de réflexion sur de nouveaux horizons pour la médecine de première ligne.

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Dans le quotidien des Marocains, consulter un médecin de famille reste rarement une habitude... jusqu’au jour où un problème de santé révèle l’importance d’un suivi global et coordonné. Beaucoup ignorent encore que le médecin de famille ne se limite pas à traiter les maladies courantes : il est également gardien de la prévention, accompagnateur des patients chroniques et coordinateur des parcours de soins. Pourtant, malgré ce rôle stratégique, cette discipline reste trop souvent sous-estimée. «La médecine de famille est appelée à jouer un rôle de plus en plus central dans l’organisation des soins, notamment en tant que premier point de contact du patient avec le système de santé», souligne Dr Boubker Driouich, secrétaire général de l’Association marocaine de médecine de famille (AMMF).

Cette place cruciale s’inscrit dans un contexte de réformes majeures du système de santé marocain. La généralisation de la protection sociale, la réorganisation territoriale de l’offre de soins et la création de groupements sanitaires territoriaux modifient profondément l’accès et l’organisation des soins. Ces transformations valorisent davantage le rôle des médecins de première ligne. «La médecine de famille est appelée à devenir un pilier essentiel pour assurer une meilleure orientation des patients, améliorer la continuité des soins et réduire la surcharge des structures hospitalières», précise Dr Driouich Boubker.

Pour accompagner cette évolution, la 11ᵉ édition du Congrès national de médecine de famille se tient du 26 au 28 mars à Tanger. L’événement constitue un véritable espace d’échanges et de formation, offrant aux praticiens l’occasion d’actualiser leurs connaissances, de partager leurs expériences et de réfléchir collectivement aux enjeux de leur pratique. «L’objectif principal de cette édition est de renforcer la place de la médecine de famille en offrant un espace scientifique et professionnel dédié à la formation continue, au partage d’expériences et à la réflexion collective», rappelle le secrétaire général de l’AMMF.

Le programme scientifique, riche et adapté aux besoins quotidiens du médecin de famille, couvre des domaines variés : gynécologie-obstétrique en pratique ambulatoire (suivi de grossesse, dépistage, pose de dispositifs intra-utérins), urgences hypertensives avec prévention des complications cardiovasculaires, suivi du diabète et de ses complications rénales, santé mentale et troubles cognitifs, nutrition et micronutrition, ainsi que pneumologie et gastroentérologie. Les troubles du sommeil et l’intelligence artificielle appliquée à la pratique médicale complètent le programme, offrant des outils innovants pour améliorer le diagnostic et la prise en charge globale du patient.

Des ateliers pratiques viendront enrichir ces sessions : ECG, pose de dispositifs intra-utérins, échographie thyroïdienne, approches pratiques en psychiatrie et autres techniques essentielles pour la pratique quotidienne en cabinet ou en centre de santé.

Au-delà de l’aspect scientifique, le Congrès constitue un lieu de dialogue et de réflexion entre médecins, experts nationaux et internationaux, et acteurs du système de santé. Il favorise les discussions constructives sur l’organisation des soins de première ligne, la coordination des parcours et l’amélioration de l’accès aux services. Le thème de cette édition, «de nouveaux horizons», traduit l’élargissement des compétences du médecin de famille : «Il ne se limite plus uniquement à la prise en charge des maladies courantes, mais s’étend à la prévention, au suivi des maladies chroniques, à la coordination des soins et à l’accompagnement global du patient tout au long de sa vie», conclut Dr Boubker Driouich.

Ainsi, alors que la médecine de famille demeure encore trop peu intégrée dans les habitudes des Marocains, cette 11ᵉ édition du Congrès national à Tanger illustre le rôle croissant et stratégique des médecins de première ligne, au service d’une santé plus accessible, mieux coordonnée et véritablement centrée sur le patient.

Questions à Dr Driouich Boubker, secrétaire général de l’Association marocaine de médecine de famille (AMMF)

Médecine de famille : un levier stratégique pour la prévention, encore sous-estimé



Selon vous, les avancées technologiques et la digitalisation de la santé peuvent-elles constituer un levier pour développer la médecine de famille ?

Les avancées technologiques et la digitalisation de la santé représentent effectivement une opportunité importante pour renforcer la médecine de famille. Les outils numériques, la télémédecine, les dossiers médicaux électroniques et les systèmes d’aide à la décision peuvent améliorer la qualité du suivi médical et faciliter la coordination entre les différents professionnels de santé.

Ces innovations permettent également d’optimiser la gestion des maladies chroniques, de renforcer la prévention et d’améliorer l’accès aux soins, notamment dans les zones où l’offre médicale est limitée.

Comment la médecine de famille peut-elle mieux répondre aux besoins émergents de la population, notamment face au vieillissement, aux maladies chroniques et aux enjeux de santé mentale ?

La médecine de famille se distingue par sa vision globale et continue de la santé du patient. Cette approche est particulièrement adaptée pour répondre aux défis actuels liés au vieillissement de la population, à l’augmentation des maladies chroniques et aux problématiques de santé mentale.

En assurant un suivi régulier et personnalisé, le médecin de famille peut détecter précocement les problèmes de santé, coordonner les interventions nécessaires et accompagner les patients dans la gestion à long terme de leurs maladies. Cette approche favorise également une prise en charge plus humaine, plus globale et plus proche des réalités sociales des patients.

Quels sont les principaux obstacles qui freinent encore le développement de la médecine de famille au Maroc ?

Malgré son importance stratégique, la médecine de famille reste confrontée à plusieurs défis. Parmi les principaux obstacles figurent la nécessité de renforcer la formation spécialisée dans cette discipline, l’insuffisante structuration des soins de première ligne et le manque de reconnaissance institutionnelle du rôle central du médecin de famille dans l’organisation des soins.

Des défis persistent également en matière de répartition des ressources humaines, d’organisation des parcours de soins et d’intégration des différentes composantes du système de santé.

Selon vous, quelles priorités devraient être mises en œuvre dans les prochaines années pour permettre à la médecine de famille d’atteindre pleinement ces «nouveaux horizons» ? Et quels messages souhaitez-vous adresser aux décideurs publics ?

Pour permettre à la médecine de famille de jouer pleinement son rôle, plusieurs priorités doivent être mises en œuvre. Il est essentiel de renforcer la formation et la valorisation de cette spécialité, de structurer les soins de première ligne autour du médecin de famille et de favoriser une meilleure coordination entre les différents niveaux du système de santé.

Il est également important d’investir dans les outils numériques, de promouvoir la prévention et d’encourager des modèles d’organisation des soins centrés sur le patient.

Le message adressé aux décideurs publics est clair : la médecine de famille constitue un levier essentiel pour améliorer l’efficacité, l’équité et la durabilité du système de santé. Investir dans la médecine de famille, c’est investir dans la santé de l’ensemble de la population.

Médecine de famille : un levier stratégique pour la prévention, encore sous-estimé

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