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Lundi 13 Juillet 2026
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Médicaments de contrebande : un trafic qui prospère à l’ombre des réseaux sociaux

Les récentes saisies de centaines de milliers de produits pharmaceutiques de contrebande mettent en lumière un trafic qui gagne du terrain au Maroc, à l’image d’un phénomène mondial en constante évolution. Alimenté par les réseaux sociaux et les plateformes de vente en ligne, ce marché parallèle expose les consommateurs à des médicaments dont la qualité, l’origine et les conditions de conservation sont souvent inconnues. Contactée par le journal «Le Matin», l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé tire la sonnette d’alarme et détaille les risques liés à ces produits illicites.

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Près de 700.000 produits pharmaceutiques de contrebande saisis dans un entrepôt à Casablanca en mai dernier, des centaines de cartons de médicaments interceptés par les Douanes en 2025, des produits destinés à la prise de poids écoulés via les réseaux sociaux... Les coups de filet se multiplient et mettent en lumière un trafic qui ne cesse de gagner en ampleur. Longtemps cantonné à des circuits clandestins relativement discrets, le commerce illicite de médicaments profite désormais des nouvelles technologies pour atteindre un public toujours plus large, en contournant les circuits pharmaceutiques réglementaires.

Derrière ces annonces spectaculaires se cache un enjeu majeur de santé publique. Car au-delà de la fraude économique, ces produits peuvent présenter de graves dangers pour les patients : composition inconnue, substances falsifiées, mauvais dosage, conditions de stockage inadaptées ou encore absence totale de contrôle sanitaire.

Interrogée par le journal «Le Matin», l’Agence marocaine du médicament et des produits de santé (AMMPS) confirme que ce phénomène constitue aujourd’hui une préoccupation grandissante. «L’introduction et la commercialisation des médicaments et des produits de santé en dehors des circuits réglementaires constituent une préoccupation réelle pour les autorités sanitaires à l’échelle mondiale, y compris au Maroc», souligne l’Agence.

Un trafic difficile à mesurer, mais en pleine évolution

S’il est impossible d’évaluer avec précision l’ampleur du marché clandestin en raison de sa nature occulte, plusieurs indicateurs témoignent d’une évolution préoccupante. «Bien qu’il soit difficile d’évaluer avec précision l’ampleur de ce phénomène en raison de son caractère clandestin, les informations recueillies à travers les opérations de contrôle et les signalements des différents partenaires institutionnels montrent que ce trafic tend à se diversifier, notamment à travers le recours croissant aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux», explique l’AMMPS.

L’Agence observe ainsi une mutation des modes opératoires des trafiquants. Les médicaments et produits de santé illicites ne transitent plus uniquement par les réseaux traditionnels de contrebande. Les réseaux sociaux, les applications de messagerie et les plateformes de commerce électronique sont devenus de véritables vitrines commerciales où les vendeurs promettent des résultats rapides tout en échappant, dans certains cas, aux contrôles.Cette évolution est loin d’être propre au Maroc. L’AMMPS rappelle qu’elle s’inscrit dans une tendance mondiale. Les organisations criminelles exploitent de plus en plus les outils numériques pour commercialiser des médicaments non autorisés, falsifiés ou de provenance inconnue, ne présentant aucune garantie de qualité, de sécurité ou d’efficacité.

Des produits «miracles» qui peuvent coûter cher

Les annonces publiées sur Internet mettent souvent en avant des produits présentés comme des solutions rapides pour prendre du poids, maigrir, développer sa masse musculaire, améliorer les performances physiques ou traiter diverses affections.

Le problème est que ces produits échappent totalement au circuit pharmaceutique réglementé. L’AMMPS rappelle que les opérations de saisie relèvent principalement de la police judiciaire, des services des Douanes et des autorités judiciaires, tandis que ses équipes interviennent en appui technique et réglementaire lorsque cela est nécessaire.

Des risques sanitaires parfois graves

Pour l’Agence, le principal danger réside dans l’absence de garanties entourant ces médicaments. Elle explique que leur circulation en dehors des circuits officiels favorise la présence de médicaments falsifiés, contrefaits ou de qualité non garantie, susceptibles de contenir des substances dangereuses, des dosages incorrects ou même de ne pas contenir le principe actif attendu. Les conséquences peuvent être multiples : absence d’efficacité thérapeutique, aggravation de la maladie, retard de prise en charge ou apparition d’effets indésirables parfois sévères. À cela s’ajoutent les conditions de transport et de stockage. La rupture de la chaîne du froid, l’exposition à une chaleur excessive, à l’humidité ou à la lumière peuvent altérer la stabilité des médicaments et réduire leur efficacité. Dans certains cas, cette dégradation peut même entraîner la formation de substances potentiellement toxiques.

Au Maroc, les données permettant de relier directement les effets indésirables à des médicaments issus du marché parallèle restent limitées. Toutefois, l’AMMPS indique que certains signalements concernent notamment des corticoïdes ou des produits contenant du sildénafil. À l’échelle internationale, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fait régulièrement état d’échecs thérapeutiques, d’effets indésirables graves et même de décès liés à l’utilisation de médicaments falsifiés ou conservés dans de mauvaises conditions.

Les réseaux sociaux, nouveau terrain de jeu des trafiquants

«Facebook», «Instagram», «TikTok», «WhatsApp» ou encore certaines plateformes de commerce électronique sont devenus des canaux privilégiés pour la vente illicite de médicaments. «Les réseaux sociaux, les applications de messagerie, les sites de commerce électronique et certaines plateformes numériques sont aujourd’hui de plus en plus utilisés pour proposer et vendre des médicaments et produits de santé en dehors des circuits légalement autorisés», constate l’AMMPS.

La facilité d’accès à ces plateformes, leur large audience et parfois l’anonymat des vendeurs contribuent à alimenter ce commerce parallèle.

L’Agence rappelle d’ailleurs que les opérations internationales coordonnées par Interpol aboutissent régulièrement à la fermeture de milliers de sites Internet et de comptes impliqués dans la vente illicite de médicaments, preuve que ce phénomène dépasse largement les frontières nationales.

Face à cette évolution, le Centre national des vigilances sanitaires, relevant de l’AMMPS, mène régulièrement des campagnes de sensibilisation afin d’alerter les citoyens sur les dangers liés à l’achat de médicaments auprès de sources non autorisées. L’Agence insiste sur un principe simple : les médicaments doivent être achetés exclusivement dans les pharmacies d’officine.

Plusieurs indices peuvent néanmoins éveiller les soupçons : absence du numéro d’Autorisation de mise sur le marché (AMM), numéro de lot ou date de péremption manquants, emballage de mauvaise qualité, fautes d’orthographe, notice absente ou incomplète, ou encore conditionnement présentant des signes de manipulation.

Mais ces éléments ne suffisent pas toujours à détecter un produit falsifié. En cas de doute, l’AMMPS recommande de demander l’avis d’un professionnel de santé ou de signaler le produit via son site officiel.

Une mobilisation coordonnée contre les circuits illicites

Pour lutter contre ce trafic, l’Agence indique travailler en étroite coordination avec la Présidence du ministère Public, la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN), les services des Douanes ainsi que les autres administrations concernées. Cette coopération permet d’identifier les produits non conformes, d’appuyer les investigations menées par les autorités compétentes et de mettre en œuvre les mesures destinées à protéger la santé publique. À mesure que les réseaux criminels investissent les plateformes numériques et diversifient leurs modes de distribution, le défi devient de plus en plus complexe. Au-delà des opérations de saisie, la lutte contre les médicaments de contrebande repose désormais autant sur la vigilance des autorités que sur celle des consommateurs.
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