Le Matin : L’hématome sous-dural chronique reste encore méconnu du grand public. Comment expliquer cette pathologie et pourquoi est-il important d’en parler davantage ?
Dr Sara Mawhoub : L’hématome sous-dural chronique (HSDC) correspond à une hémorragie, c’est-à-dire un saignement qui survient à l’intérieur de la boîte crânienne, entre le cerveau et la couche qui le protège, appelée la dure-mère. Ce saignement entraîne une accumulation de sang qui exerce progressivement une compression sur le cerveau. Il ne s’agit donc pas d’une hémorragie qui touche directement le tissu cérébral, mais d’un saignement situé autour du cerveau qui l’empêche d’occuper normalement l’espace qui lui est destiné. Cette compression peut entraîner des symptômes neurologiques variés, parfois plusieurs semaines après l’événement initial, ce qui explique que le diagnostic puisse être retardé.
Pourquoi certaines personnes sont-elles plus exposées que d’autres à l’hématome sous-dural chronique ?
Comme expliqué, l’hématome sous-dural chronique apparaît lorsqu’un saignement se produit dans l’espace situé entre le cerveau et la dure-mère qui le protège. Pour qu’il se forme, il faut généralement un facteur déclenchant, le plus souvent un traumatisme crânien, même léger, ainsi qu’un contexte anatomique favorable permettant au sang de s’accumuler. Avec l’âge, le cerveau diminue progressivement de volume, un phénomène appelé atrophie cérébrale. Cette évolution naturelle entraîne un élargissement de l’espace situé entre le cerveau et la dure-mère, ce qui met davantage en tension les petites veines qui s’y trouvent et les rend plus fragiles en cas de traumatisme. Certaines personnes plus jeunes peuvent également présenter une atrophie cérébrale précoce en présence de facteurs de risque, comme une consommation importante d’alcool ou certaines anomalies cérébrales particulières, notamment les kystes arachnoïdiens. La cause la plus fréquemment retrouvée reste un traumatisme crânien léger dans les semaines précédant l’apparition des symptômes. Je dis bien «souvent», car dans environ 25% des cas, aucune notion de choc, de chute ou de traumatisme n’est retrouvée. Il faut également être particulièrement vigilant chez les patients qui prennent des médicaments qui fluidifient le sang ou qui présentent des troubles de la coagulation, notamment en cas d’insuffisance rénale. Chez ces personnes, le saignement peut être plus important et durer plus longtemps.
Quels sont les signes qui doivent alerter les familles et conduire à consulter ?
Il faut savoir évoquer cette possibilité chez toute personne âgée, mais également chez des patients plus jeunes présentant des facteurs de risque, dès lors qu’apparaissent des signes neurologiques inhabituels. Ces signes peuvent varier d’une personne à une autre et leur installation peut être très progressive ou, au contraire, plus brutale, pouvant faire penser en premier lieu à un accident vasculaire cérébral (AVC). Les plaintes les plus fréquentes sont les maux de tête, qui peuvent parfois être le seul symptôme au début. Ces douleurs ont tendance à s’aggraver avec le temps et à moins répondre aux traitements antalgiques habituels comme le paracétamol. Les autres symptômes comprennent une faiblesse ou une lourdeur d’un membre, d’une moitié du corps ou parfois des quatre membres, car l’hématome peut être présent des deux côtés du cerveau. Les patients peuvent également présenter des difficultés à parler, des changements du comportement. Certains deviennent plus calmes et semblent «déconnectés», tandis que d’autres peuvent être plus agités avec une désorientation ou encore des crises d’épilepsie. Malheureusement, certains cas tardent à consulter parce que l’on pense qu’il est «normal» qu’une personne âgée oublie un peu ou soit plus lente. Or, ces changements peuvent être le signe d’une pathologie qui nécessite une prise en charge médicale.
Pourquoi le risque d’hématome sous-dural chronique augmente-t-il en été ?
La période estivale peut être une période où l’on observe davantage de situations favorisant la survenue d’hématomes sous-duraux chroniques. Ce n’est pas nécessairement parce que les traumatismes crâniens deviennent plus fréquents, mais plutôt en raison de plusieurs facteurs associés : davantage de déplacements, d’activités extérieures et parfois un risque accru de chute. Chez les personnes âgées, la chaleur peut également favoriser une déshydratation, ce qui nécessite une vigilance particulière car ces patients sont plus vulnérables. La prévention repose donc sur des mesures simples : éviter les chutes, se protéger de la chaleur, maintenir une hydratation suffisante et rester attentif à tout changement neurologique inhabituel après un traumatisme, même léger.
De nombreuses personnes minimisent les chutes ou les petits traumatismes crâniens, surtout lorsqu’elles ne perdent pas connaissance. Quels sont les risques d’une telle attitude ?
Face à un traumatisme crânien, même léger, il faut rester prudent, particulièrement aux âges extrêmes de la vie, notamment chez les enfants et les personnes âgées. Certains saignements peuvent apparaître même en l’absence de symptômes neurologiques immédiats et ne se manifester que plusieurs jours ou semaines après le traumatisme. C’est justement leur évolution progressive qui explique que l’aggravation clinique puisse être lente. Cela ne signifie pas qu’il faut réaliser systématiquement un scanner après chaque traumatisme. La décision revient au médecin, après un interrogatoire précis et un examen clinique, en fonction de critères bien définis. D’où l’importance de consulter en cas de doute.
Quel message souhaitez-vous adresser aux familles pour mieux prévenir cette affection et favoriser un diagnostic précoce ?
Il y a plusieurs messages importants à retenir.
Tout d’abord, il ne faut pas toujours attribuer les changements de comportement, la lenteur ou les troubles de la mémoire à l’âge. Toute modification inhabituelle ou tout nouveau signe neurologique doit motiver une consultation médicale.
Ensuite, il ne faut pas banaliser une chute ou un traumatisme crânien chez une personne âgée ou chez un patient prenant un traitement qui fluidifie le sang. Je rappelle également que certains symptômes peuvent ressembler à ceux d’un AVC. Il ne faut donc pas débuter de traitements qui fluidifient le sang sans avoir réalisé au préalable une imagerie cérébrale, afin d’éviter une aggravation d’un éventuel saignement ou un retard dans la prise en charge chirurgicale.
Enfin, la prévention reste essentielle : limiter les risques de chute, se protéger du soleil, maintenir une bonne hydratation et consulter rapidement devant tout signe inhabituel.
