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Punch orphelin : l’histoire du bébé singe, de l’abandon à l’amour du monde entier

Une image vaut parfois mille mots. C’est ce qu’a prouvé Punch, minuscule macaque japonais de huit mois, abandonné quelques heures seulement après sa naissance par une mère incapable de s’en occuper. Agrippé à une peluche devenue refuge, il a traversé les écrans avec une force rare, s’imposant dans le tumulte des fils d’actualité mondiaux comme une parenthèse d’humanité qui a bouleversé les émotions et fait couler les larmes. À des milliers de kilomètres du Japon, au Maroc comme ailleurs, ce bébé singe serrant contre lui sa peluche, devenue mère de substitution, a réveillé quelque chose de profondément universel : le besoin d’être aimé, reconnu, accueilli par les siens.

Punch
Punch
L’histoire de Punch commence au cœur de l’été japonais. Né en juillet 2025 au zoo municipal d’Ichikawa, le petit macaque est abandonné quelques heures seulement après sa naissance. Sa mère, qui en était à sa première mise bas, ne manifeste aucun comportement maternel. Un phénomène connu chez les primates : chez les femelles inexpérimentées, le lien avec le nouveau-né peut ne pas se déclencher, surtout lorsque la mise bas a lieu dans des conditions physiquement éprouvantes. Selon les médias japonais, la chaleur estivale et l’épuisement auraient empêché l’instinct maternel de s’installer.

Privé de ce contact vital, le bébé est immédiatement pris en charge par les soigneurs. Nourri au biberon, maintenu au chaud et surveillé en permanence, il grandit sans ce qui constitue normalement le premier apprentissage social des macaques : s’agripper à la fourrure de sa mère. Chez cette espèce, ce geste n’est pas un simple réconfort, il permet au petit de développer sa musculature, de réguler son stress et d’apprendre, au contact du corps maternel, les codes du groupe.

Conscients de cette absence, les soigneurs cherchent un substitut. Des serviettes roulées sont d’abord placées dans son espace, puis plusieurs peluches. Une seule retient son attention : un grand orang-outan en tissu, dont la fourrure longue et épaisse lui permet de s’agripper comme il le ferait à sa mère. Le changement est immédiat. Punch dort contre elle, mange avec elle, la serre contre lui au moindre signe d’inquiétude. La peluche devient un repère émotionnel et physique, un point d’ancrage dans un environnement qu’il doit apprendre sans modèle.

Fin janvier 2026, une nouvelle étape commence avec son introduction progressive dans l’enclos collectif où vivent plusieurs dizaines de macaques. L’intégration est difficile. Élevé par l’homme, sans apprentissage social précoce, Punch ne maîtrise pas les codes hiérarchiques du groupe. Il s’approche, recule, observe longuement. Par moments, il est repoussé par les adultes. Chaque tentative infructueuse le ramène vers sa peluche, seul élément familier dans cet univers encore hostile.

C’est précisément cette scène fragile que le zoo choisit de montrer au monde. Sur son compte X, il publie des images du petit macaque serrant contre lui sa peluche devenue mère de substitution, accompagnées de vidéos où on le voit s’approcher des autres avant d’être fermement repoussé par le groupe, comme un enfant qui cherche sa place sans encore en connaître les règles. En quelques heures, les images deviennent virales. Reprises par les télévisions japonaises puis par les médias internationaux, elles font de Punch une bouleversante star mondiale. Un mot-dièse apparaît : #がんばれパンチ – « Courage Punch ».

En un temps record, il a conquis des millions d’admirateurs à travers le monde. Certains le soutiennent par pure solidarité, d’autres voient en lui un miroir, particulièrement au Japon où la solitude sociale est devenue une réalité largement documentée. « Je suis Punch et Punch est moi », « J’ai vécu la même chose, petit Punch », écrivent des internautes aux quatre coins du monde. L’identification est immédiate, presque instinctive. Dans ce petit corps qui cherche sa place, beaucoup reconnaissent leur propre vulnérabilité. Les psychologues parlent d’anthropomorphisme ; les réseaux sociaux, eux, laissent simplement parler l’émotion.

Cette célébrité née sur les écrans n’a pas tardé à prendre corps dans le réel. Depuis la fin du mois de janvier, l’enclos des macaques au zoo d’Ichikawa est devenu un point de passage incontournable pour des visiteurs venus de tout le Japon et d’ailleurs, appareils photo levés et regards tournés vers le petit orphelin devenu viral. Certains ne viennent que pour l’apercevoir, d’autres pour lui murmurer des encouragements à distance. L’affluence est telle que la direction du zoo évoque une affluence inédite et s’excuse pour les longues attentes à l’entrée.

Sous les regards de cette audience toujours plus nombreuse, la situation de Punch, longtemps isolé, évolue peu à peu. Introduit dans la « montagne des singes », il ne reste plus systématiquement en retrait. Il passe davantage de temps au milieu du groupe, s’en éloigne pour manger ou observer les interactions, puis revient se blottir contre sa peluche. Pour les soigneurs, cette alternance est un signal positif et essentiel. Elle montre que l’objet ne remplace plus le monde extérieur, mais qu’il sert de base de sécurité, un repère affectif à partir duquel le petit ose explorer son environnement, affirment-ils.

L’histoire prend une fin heureuse lorsque l’entreprise IKEA annonce que la peluche orang-outan de Punch, devenue le symbole de sa reconstruction affective, figure désormais parmi ses articles les plus vendus. Un succès porté par l’élan de tendresse suscité par le petit macaque, dans lequel de nombreux acheteurs voient une forme de solidarité. Le géant suédois se rend même au zoo japonais pour en offrir plusieurs dizaines, comme pour remercier Punch d’avoir, le temps d’une histoire, ravivé une part d’humanité dans le monde.

Aujourd’hui, le bébé singe n’est plus seulement un animal attendrissant filmé dans un zoo : il est devenu une histoire que l’on se raconte pour ne pas oublier que la fragilité peut aussi engendrer de la lumière. Et dans les commentaires venus des quatre coins du monde, les internautes en tirent cette leçon : « Il arrive que ce que la vie arrache d’une main, elle le rende de l’autre, sous des formes que l’on n’aurait jamais imaginées ».
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