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Pr Rachid Bezad : un conseil plus structuré en santé féminine est indispensable

La santé féminine s’impose comme un axe central des débats de l’Officine Expo 2026 (30 et 31 janvier), affirmant le rôle stratégique de l’officine dans la prévention, l’orientation et l’accompagnement des femmes tout au long de leur vie. En marge de l’événement, Pr Rachid Bezad, professeur de gynécologie-obstétrique et directeur du Centre national de santé reproductive, livre son analyse sur les enjeux sanitaires, sociaux et professionnels de cette priorité.

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Pr Rachid Bezad : un conseil plus structuré en santé féminine est indispensable
Pr Rachid Bezad



Le Matin : Pourquoi avoir fait de la santé féminine un axe central du programme d’Officine Expo cette année ?


Pr Rachid Bezad : La santé de la femme n’est pas un thème parmi d’autres. C’est un indicateur majeur du développement sanitaire, social et économique d’un pays. Les grandes conférences internationales l’ont montré depuis plusieurs décennies : il n’y a pas de progrès durable sans amélioration de la santé des femmes. Aujourd’hui, cette priorité prend une dimension encore plus stratégique. La femme est au cœur du continuum de soins, depuis la santé reproductive jusqu’aux maladies chroniques, en passant par la maternité, la santé mentale, la prévention cardiovasculaire et la ménopause. Faire de la santé féminine l’axe central d’Officine Expo, c’est reconnaître que l’amélioration des systèmes de santé passe nécessairement par une approche globale, centrée sur les besoins spécifiques des femmes.

La pharmacie d’officine est souvent le premier point de contact pour les femmes. Comment ce rôle est-il aujourd’hui repensé à travers ces débats ?

L’officine est devenue bien plus qu’un lieu de dispensation de médicaments. Elle est aujourd’hui un espace de proximité, de confiance et d’écoute, souvent le premier point de contact du système de santé. À travers Officine Expo, nous souhaitons repositionner clairement le pharmacien comme un acteur structurant du parcours de soins, capable d’informer, de prévenir, d’orienter et d’accompagner. Ce rôle est particulièrement crucial pour les femmes, qui consultent fréquemment pour des questions liées à la santé reproductive. Les débats mettent en lumière une évolution majeure : la pharmacie n’est plus en périphérie du système de soins, elle devient une porte d’entrée stratégique, complémentaire du médecin et pleinement intégrée au continuum de santé.

L’accompagnement de la femme enceinte en officine fait l’objet d’une session dédiée. Quels sont, selon vous, les principaux besoins encore insuffisamment couverts à ce niveau ?

La grossesse est une période de grande vulnérabilité, mais aussi de forte demande d’information. De nombreux besoins restent encore insuffisamment couverts. Il s’agit notamment de l’éducation thérapeutique, du conseil nutritionnel, de la prévention des complications, de l’orientation précoce en cas de signes d’alerte et du soutien psychologique. L’officine peut jouer un rôle déterminant dans l’identification précoce des situations à risque, dans la sécurisation des traitements pendant la grossesse et dans l’accompagnement quotidien des femmes enceintes. Il s’agit moins de se substituer au suivi médical que de renforcer la continuité et la sécurité du parcours de soins.



Les maladies spécifiquement féminines restent parfois entourées de tabous. L’officine peut-elle devenir un espace de parole et d’orientation plus accessible ?

Absolument. Les tabous restent un obstacle majeur à l’accès aux soins, qu’il s’agisse de troubles du cycle menstruel, de douleurs pelviennes, d’infertilité, de ménopause, de santé sexuelle ou de cancers gynécologiques. L’officine, par sa proximité et son caractère non stigmatisant, peut devenir un espace de parole privilégié. Elle permet une première expression des besoins, une écoute sans jugement et une orientation adaptée. C’est un levier puissant pour réduire les retards de diagnostic, améliorer l’adhésion aux soins et renforcer l’autonomie des femmes.

Plusieurs panels abordent les notions de prévention et de confiance. Comment renforcer la crédibilité du pharmacien comme référent de santé féminine ?

La crédibilité repose sur trois piliers : la formation, les protocoles et la coopération interprofessionnelle. Le pharmacien doit disposer d’une formation actualisée, fondée sur les données scientifiques, avec des outils concrets pour le conseil en santé féminine. Les protocoles permettent d’harmoniser les pratiques et de sécuriser les décisions. Enfin, la collaboration avec les médecins, les sages-femmes et les autres professionnels de santé est essentielle pour garantir la cohérence du parcours de soins. La confiance ne se décrète pas : elle se construit dans la durée, par la qualité du conseil, la rigueur scientifique et la capacité à orienter au bon moment.

Voyez-vous la santé féminine comme un levier d’innovation durable pour l’évolution du métier de pharmacien ?

Très clairement, oui. La santé féminine constitue aujourd’hui un formidable moteur d’innovation, avec l’émergence de multiples solutions qui transforment à la fois la prévention, le diagnostic, le suivi et l’accompagnement des femmes tout au long de leur vie. Parmi les exemples les plus emblématiques figurent la FemTech (Female Technology), qui regroupe l’ensemble des technologies spécifiquement dédiées à la santé des femmes, les dispositifs médicaux utilisés pour prévenir, diagnostiquer, surveiller, traiter ou soulager une pathologie ou un handicap, ainsi que les outils numériques qui s’appuient sur le digital pour améliorer l’organisation des soins, le suivi des patientes et la continuité des prises en charge. À cela s’ajoute la nutraceutique, qui concerne des produits issus de l’alimentation, présentés sous forme concentrée et destinés à soutenir la santé sur la base d’indications ciblées.

L’ensemble de ces innovations ouvre la voie à de nouvelles formes de services en officine, plaçant le pharmacien et les équipes de santé au cœur d’un accompagnement plus personnalisé, préventif et centré sur les besoins spécifiques des femmes. Mais l’innovation ne doit jamais être technologique pour elle-même. Elle doit améliorer la décision, renforcer la prévention et personnaliser l’accompagnement. La santé féminine constitue un terrain privilégié pour faire évoluer le métier de pharmacien vers une pratique plus clinique, davantage axée sur la prévention et créatrice d’une réelle valeur ajoutée sanitaire.

Au-delà de l’événement, quel impact espérez-vous sur les pratiques quotidiennes des pharmaciens après Officine Expo 2026 ?

L’objectif n’est pas seulement de sensibiliser, mais de transformer durablement les pratiques. Nous espérons voir émerger un conseil plus structuré en santé féminine, une meilleure orientation dans les parcours de soins, une intégration plus forte de la prévention dans l’activité quotidienne et une appropriation des outils modernes, notamment dans le cadre du self-care (autosoin) accompagné. Officine Expo 2026 doit être un accélérateur de changement, pour que les données scientifiques, les innovations et les recommandations se traduisent plus rapidement en bénéfices concrets pour les femmes. Car, au final, améliorer la santé de la femme, c’est améliorer la santé de toute la société.
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