Menu
Search
Samedi 17 Janvier 2026
S'abonner
close
Samedi 17 Janvier 2026
Menu
Search

Sécheresse oculaire en hiver : quand le froid met nos yeux à rude épreuve

Yeux qui piquent, sensation de sable, larmoiement ou fatigue visuelle : en hiver, ces symptômes sont souvent attribués à la fatigue ou à l’usage excessif des écrans. Pourtant, ils peuvent révéler une sécheresse oculaire aggravée par le froid et le chauffage. Un trouble fréquemment sous-estimé, qui mérite pourtant une attention particulière pour préserver le confort visuel. Décryptage avec Wiam El Jaï, orthoptiste.

No Image
En hiver, si l’on pense spontanément à protéger sa peau ou ses voies respiratoires, la santé des yeux reste souvent reléguée au second plan. Pourtant, cette saison transforme l’environnement en un véritable terrain hostile pour le confort visuel. Entre le froid, le vent et l’usage intensif du chauffage, les yeux sont soumis à des agressions invisibles mais bien réelles, qui favorisent l’apparition ou l’aggravation de la sécheresse oculaire.

«En hiver, l’environnement devient beaucoup plus agressif pour les yeux», explique Wiam El Jaï, orthoptiste. Le principal responsable n’est pas seulement le froid extérieur, mais surtout l’air sec généré par le chauffage intérieur. «Le film lacrymal, qui protège et hydrate la surface de l’œil, s’évapore alors plus rapidement. Lorsque cette couche protectrice devient instable, l’œil se déshydrate, s’irrite plus facilement et la sensation d’inconfort apparaît, en particulier chez les personnes déjà sensibles.»

Le chauffage intérieur, un ennemi silencieux du confort visuel

À la maison, au bureau ou dans la voiture, le chauffage fonctionne souvent en continu durant l’hiver. Un confort thermique pour le corps, mais un déséquilibre permanent pour les yeux. «Le chauffage intérieur assèche l’air en continu», souligne Wiam El Jaï. Cette sécheresse ambiante perturbe l’équilibre du film lacrymal, dont le rôle est essentiel pour protéger la surface oculaire.

Résultat : les larmes deviennent moins efficaces, laissant place à des symptômes parfois très gênants. «Cela entraîne des sensations de brûlure, de tiraillement, de fatigue visuelle et parfois une vision floue», précise l’orthoptiste. Des signes qui peuvent apparaître progressivement et être banalisés, alors qu’ils traduisent un réel déséquilibre oculaire.

À l’extérieur, le froid et le vent ne sont pas en reste. Ils accentuent l’irritation de la surface de l’œil et peuvent aggraver des troubles déjà existants. «Ils peuvent intensifier des pathologies comme les blépharites, les dysfonctionnements des glandes de Meibomius, la sécheresse oculaire chronique ou encore la fatigue visuelle», explique Wiam El Jaï.

Chez certains patients, ces conditions hivernales peuvent également renforcer des troubles fonctionnels, notamment les problèmes de convergence et la sensation de tension oculaire. Une réalité encore méconnue, alors même que ces troubles peuvent impacter la concentration et le confort au quotidien.

Des symptômes trompeurs, souvent mal interprétés

La sécheresse oculaire ne se manifeste pas toujours de manière évidente. Picotements, brûlures, sensation de sable dans les yeux, rougeurs, sensibilité à la lumière ou vision fluctuante figurent parmi les symptômes les plus courants. Mais certains signes sont régulièrement mal compris.

«Le larmoiement est souvent mal interprété», insiste l’orthoptiste. Beaucoup pensent que des yeux qui pleurent ne peuvent pas être secs, alors qu’il s’agit en réalité d’un réflexe de défense face à une surface oculaire trop irritée. La fatigue visuelle et les maux de tête, fréquemment associés, sont eux aussi largement sous-estimés.

Prévenir pour éviter la chronicité

Contrairement aux idées reçues, la sécheresse oculaire n’est pas un simple désagrément passager lié à l’hiver. Lorsqu'elle est négligée, elle peut s’installer durablement et altérer la qualité de vie, mais aussi la qualité de la vision. «Plus elle est prise en charge tôt, plus il est facile d’en limiter les effets et de préserver le confort visuel», rappelle Wiam El Jaï.

Identifier les symptômes, adapter son environnement et consulter lorsque l’inconfort persiste sont autant de gestes essentiels pour éviter que ce trouble saisonnier ne devienne chronique. En hiver, prendre soin de ses yeux est donc loin d’être accessoire : c’est un véritable enjeu de santé visuelle.

Wiam El Jaï : «Un clignement incomplet ou trop rare est une cause très fréquente de sécheresse»

Le Matin : À quel moment faut-il consulter et ne pas se contenter de l’auto-médication ?

Wiam El Jaï :
Il faut consulter dès que les symptômes deviennent réguliers, qu’ils gênent la lecture, le travail sur écran ou la conduite, ou que les gouttes ne suffisent plus à soulager durablement. Lorsque la sécheresse revient rapidement malgré l’instillation de larmes artificielles, cela indique un trouble fonctionnel qui nécessite une évaluation orthoptique.

Quel est le rôle de l’orthoptie dans la prise en charge de la sécheresse oculaire ? Peut-elle améliorer durablement le confort visuel ?

L’orthoptiste analyse la qualité du clignement, la répartition des larmes, la coordination des yeux et les habitudes visuelles du patient. Un clignement incomplet ou trop rare est une cause très fréquente de sécheresse, notamment chez les personnes qui utilisent beaucoup les écrans. La rééducation orthoptique permet d’améliorer la lubrification naturelle de l’œil, de stabiliser le film lacrymal et d’obtenir un soulagement durable.

Quels gestes simples recommandez-vous au quotidien pour protéger ses yeux en hiver ?

Il est important de cligner volontairement, de faire des pauses visuelles, d’éviter l’air chaud direct du chauffage, d’humidifier l’air des pièces, de bien s’hydrater et de protéger ses yeux du vent. Une bonne hygiène des paupières est également essentielle.
Lisez nos e-Papers